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En bref...

Retrait des rebelles en RDC : volonté de paix ou manœuvre stratégique ? - le 19 novembre 2008. La rébellion de Laurent Nkunda a entamé, comme elle l'a annoncé mardi, le retrait unilatéral de ses troupes sur un des fronts dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) pour permettre à la MONUC de se redéployer. Mais ce retrait est-il effectué réellement pour donner une chance à la paix ? Il s'est opéré sur trois axes du front nord, notamment celui de Kanyabayonga-Nyanzale et de Kabasha-Kiwanja, situés à environ 80 km au nord-ouest et au nord de Goma, la capitale provinciale du Nord-Kivu.
Au regard de la disproportion entre le nombre des rebelles et l'espace conquis, et de la méfiance dont Nkunda fait l'objet de la part de la population locale, le retrait unilatéral s’apparente plus à un retrait stratégique qu’à une main tendue, d’autant plus qu’il ne concerne pas le front le plus sensible, celui situé à une quinzaine de kilomètres de Goma, ville d'un demi-million de personnes et capitale de la province du Nord-Kivu.

Les talibans mettent la pression – le 18 novembre 2008. A la frontière nord-ouest du Pakistan avec l’Afghanistan, dans la province de Peshawar, les étrangers sont de plus en plus visés par les talibans et les bandes criminelles. La semaine dernière a connu une activité intense en terme d’enlèvements d’étrangers (journalistes japonais et canadiens, diplomate iranien), d’assassinat (un membre de l’USAID). Le front de la guerre se déplace au Pakistan. En Afghanistan ce sont des jeunes filles qui ont été vitriolées, pour avoir osé… aller à l’école. Et des attentats non revendiqués contre l’armée et le gouvernement afghans ont tué nombre de civils dans la province de Kandahar. Le Président Karzaï a tendu la main au Mollah Omar dimanche mais ce dernier a refusé toute discussion hier. Il semble que la campagne de la coalition anti-talibans, après sept ans, se solde pour l’instant par un échec.

Un sommet ... embrumé - le 17 novembre 2008. Au bout de deux jours de discussions, le sommet du G20 a débouché sur l'adoption d'une série de principes d'actions visant à renforcer le contrôle et la supervision du système financier mondial. Ce qui est frappant dans la déclaration finale du sommet est qu'elle attribue la crise financière actuelle uniquement à la prise par les acteurs des marchés financiers de risques excessifs. Aucune allusion n'est faite à l'épicentre de la crise, à savoir l'effondrement du marché immobilier américain en raison des responsabilités politiques dans la crise des crédits à haut risque « subprime ». La sortie de la crise passe par l'élimination de la connivence entre le politique et l'économique qui a incité les acteurs du marché financier à être moins vigilants. Par la suite, les comportements spéculatifs et la mauvaise gestion des risques ont fait le reste profitant ainsi de filets de sécurité fournis par un système financier centralisé où l'Etat et les banques centrales voleront toujours au secours des banques pour éteindre le feu. Ainsi, il serait illusoire de croire que le renforcement des régulations dissuaderait les acteurs de prendre des risques excessifs si la protection implicite apportée par les banques centrales est toujours maintenue. On est alors en mesure d'être sceptique sur l'utilité d'un sommet qui ne propose que des principes généraux d'une réforme et, de plus, omet de traiter l'origine du mal, à savoir le transfert de responsabilité des acteurs financiers vers les banques centrales et les politiciens.

Air libre - le 14 novembre 2008. Des ministres de l'Aviation de la Communauté Economique des États de l'Afrique de l'ouest CEDEAO) et de la République centrafricaine ont convenu de libéraliser le marché d'aviation. Cette décision vient couronner les travaux des assises sur la libéralisation du secteur du transport aérien tenues au Burkina Faso le 6 octobre dernier. Cette initiative s'inscrit dans la volonté des pays de la région de dépasser les difficultés qu'affrontent les compagnies de la région pour se conformer aux standards internationaux, particulièrement après la déréglementation du secteur du transport aérien aux États-Unis et en Europe. La réussite d'une telle réforme est tributaire du respect de certains préalables institutionnels, notamment l'état de droit, la libéralisation des prix, le respect des droits de propriété et la libre concurrence. C'est seulement à ces conditions que la libéralisation pourra baisser les coûts de transport et contribuer, d'une part, à démocratiser l'accès au transport aérien dans la région, et d 'autre part, à améliorer la compétitivité des économies de ces pays en facilitant leur intégration dans l'économie mondiale.

Russie : Poutine prépare-t-il son (long) retour ? - Le 13 novembre 2008. Demain sera vraisemblablement adopté à la Douma un projet de loi déposé il y a deux jours permettant l’extension du mandat présidentiel russe de 4 à 6 ans. Des sources ont indiqué que Vladimir Poutine pourrait revenir au pouvoir en 2009 grâce à des élections anticipées et ainsi pouvoir régner jusqu’en … 2021, s’il était élu par deux fois. Cependant le Président Medvedev a nié vouloir se retirer et indiqué que la loi n’était pas rétroactive. Après l’Algérie, il semble que les petits arrangements constitutionnels pour permettre « au peuple » de reconduire ses dirigeants « épris de démocratie » font florès ces temps-ci.

Birmanie : toujours l’oppression - le 12 novembre 2008. Hier 23 opposants au régime totalitaire birman ont été condamnés à … 65 ans de prison pour avoir osé déclarer leur volonté de changement. Le régime est tenu d’une main de fer par le Général Than Shwe et ne souffre pas la critique. Etat de droit et droits de l’homme y sont constamment bafoués. Lundi c’est encore un bloggeur qui a été condamné à 20 ans de prison pour avoir discuté en ligne des difficultés de la vie quotidienne en Birmanie.

Un demi million - le 11 novembre 2008. C’est le nombre d’emplois détruits aux Etats-Unis entre septembre et octobre. Dans l’automobile General Motors a annoncé hier 5500 réductions de postes. Si l’automobile US s’effondre ce seraient jusqu’à 4 millions d’emplois directs et indirects qui pourraient être touchés. On parle d’un plan de sauvegarde de l’automobile, avec des prêts spéciaux. Malheureusement, la demande n’est pas là, et l’offre n’y est pas réellement adaptée. Les plans risquent de n’avoir aucun effet de relance, et uniquement coûter de l’argent aux contribuables. La « bulle Greenspan » consistant à doper artificiellement l'économie avec une politique d'argent bon marché se paie aujourd’hui. Très cher.

Un vent de contestation souffle sur l’Iran - le 10 novembre 2008. A sept mois de l'élection présidentielle, le président Ahmadinejad est de plus en plus critiqué, particulièrement pour ses choix en politique économique. Dans une lettre ouverte, 60 économistes des universités de Téhéran et de province dénoncent les coûts générés par la politique de tension pratiquée par le gouvernement et ses choix erronés en matière de politique économique. Ainsi, les sanctions imposées par les Nations Unies ont privé l’Iran de plusieurs opportunités de commerce et d’investissements étrangers. De même, le gouvernement a dilapidé les revenus pétroliers dans des investissements peu productifs, ce qui s’est traduit par une hausse de la pauvreté, du chômage et de l’inflation. La montée des critiques, y compris au sein du camp conservateur, trouvent un écho plus grandissant en raison de la crise financière et de la chute des revenus pétroliers. Peut-être que ce contexte difficile pourrait amener les iraniens à porter bientôt au pouvoir des politiques avec des intentions plus réformatrices et moins idéologiques afin de sortir le pays de sa léthargie économique.

Massacres en RDC - le 7 novembre 2008. C’est emmurée dans l’enceinte de sa base de Kiwanda que la mission de paix de l’ONU en RDC (Monuc) a passé la nuit du 5 au 6 novembre. Pendant ce temps, les forces rebelles du Congrès National pour la Défense du Peuple mené par le général tutsi Laurent Nkunda commettaient des massacres dans la ville. Cinquante morts ? Deux cent morts ? Les sources ne sont pas claires. Le CNDP tentait de reconquérir la ville, où vivaient de nombreux Hutus congolais, en la ratissant, des opposants hutus et des forces gouvernementales s’étant fondus dans la population. Les participants au sommet de Nairobi sur le conflit en RDC (dont faisaient partie les présidents Kabila et Kagame) a sommé ce vendredi les parties belligérantes à un cessez-le-feu immédiat et réclamé la mise en place d’un corridor humanitaire au Nord-Kivu. avec les forces de l'ONU si passives, on voit mal comment ces appels pourront se concrétiser.

Le piège de la révision de la constitution au Niger - le 6 novembre 2008. La constitution nigérienne, adoptée en 1999, limite l'exercice de la fonction présidentielle à la tête du pays à deux mandats de cinq ans une fois renouvelable. Toutefois, fait inédit, les soutiens des partis politiques, des citoyens et des dignitaires religieux se multiplient pour permettre au Président Mamadou Tandja de briguer un troisième mandat, eu égard à ses compétences et à ses réalisations pendant ses deux premiers mandats. Sans vouloir remettre en cause la compétence de l’actuel président, cette requête de révision de la constitution, si elle aboutit, est risquée car si elle permet de reconduire un bon président, elle pourra dans le futur empêcher de se débarrasser de mauvais présidents. A moins que les dignitaires religieux, très écoutés au Niger, soient sûrs qu’il y a plus de chances d’avoir des présidents compétents qu’incompétents, la demande de révision pourra s’avérer être un piège pour la démocratie et le peuple nigérien.

La victoire d’Obama : un exemple à méditer pour l’Afrique - le 5 novembre 2008. 40 ans après la révolution des droits civiques, Obama accomplit le rêve du Révérend Martin Luther King. Cette performance historique est présentée comme une revanche des minorités visibles aux Etats-Unis, particulièrement les afro-américains. Mais, l’engouement mondial autour de cette élection dépasse les frontières américaines car les minorités du reste du monde se sont appropriées l’exploit d’Obama. De ce fait, les Etats-Unis ont donné une leçon au monde entier en montrant qu’il est possible de se réconcilier avec son passé par la voie démocratique. Même si l’élection d’Obama, surtout dans ce contexte de crise, ne résoudra pas tous les problèmes de discrimination, elle a néanmoins le mérite de montrer que la voie démocratique peut mener vers l’émancipation. C’est un exemple à méditer pour les pays africains (Kenya, Soudan, Tchad, etc.) où les demandes ethniques et raciales sont automatiquement et systématiquement réprimées, ce qui débouche sur des guerres pénalisant leur développement.

Chères élections... - le 4 novembre 2008. Alors que l'incertitude plane encore sur la question de savoir qui sera le prochain locataire de la Maison Blanche, la certitude c'est que ces élections américaines auront été les plus chères de l'histoire : 1,4 milliards de dollars de dépenses, dont 593 millions et 216 respectivement pour Obama et McCain. Côté pub, c'est 207 millions et 119 respectivement que ces deux candidats ont dû débourser. La demie-heure d'Obama sur les grandes chaînes la semaine dernière pourrait avoir coûté jusqu'à 5 millions de dollars. Plus de 1,5 milliards de dollars ont été levés pour les quelques 20 candidats.

Afrique du Sud : première convention de l'ANC dissident - le 3 novembre 2008. Alors qu’ils lanceront leur parti à la mi-décembre, les dissidents de l’ANC, menés par Mosiuoa Lekota (ancien ministre de la défense) et Mbhazima Shilowa (ancien premier ministre de la province du Gauteng), ont tenu leur première Convention nationale samedi 1 er novembre. N’appréciant pas les manœuvres judiciaires douteuses visant à protéger Jacob Zuma, déçus par l’éviction de l’ancien Président Thabo Mbeki en septembre, prétendant respecter les valeurs fondatrices de l’ANC, il est peu probable que les dissidents détrônent l’ANC « historique ». Cependant des alliances locales avec l’autre parti d’opposition, Democratic Alliance, et pourraient faire bouger quelques lignes de démarcation politiques.

La haine - le 31 octobre 2008. Selon le HCR, en RDC "plusieurs camps de personnes déplacées près de la ville de Rutshuru dans le Nord-Kivu, à 90 km au nord de Goma, ont été vidés par la force, pillés et brûlés". 50.000 déplacés sont au milieu des combats.Le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner estime que c'est un "massacre comme il n'y en a probablement jamais eu en Afrique qui est en train de se dérouler presque sous nos yeux, avec plus d'un million de réfugiés, avec des attaques très précises, des mutilations sexuelles qui font partie des actes élémentaires de la guerre dans cet endroit". Lamission de maintien de la paix de l'ONU semble impuissante à juguler la violence. Le président rwandais Paul Kagame, qui a démenti soutenir les rebelles, et le président congolais Joseph Kabila ont accepté de se rencontrer lors d'un sommet international pour la paix en RDC.

Les mots pour le dire... - le 29 octobre 2008. Le Président algérien Aziz Bouteflika a annoncé hier sa révision constitutionnelle, ou « enrichissement » selon ses propres termes, qui pourra désormais « permettre au peuple d’exercer son droit légitime à choisir ses gouvernants et à leur renouveler sa confiance en toute souveraineté, tant il est vrai que nul n’a le droit de limiter la liberté du peuple dans l’expression de sa volonté, car la relation entre le gouvernant élu et le citoyen électeur est une relation de confiance profonde, réciproque, basée sur le choix populaire, libre et convaincu ». Derrière le lyrisme de ces paroles sauporifiques se cache le vrai message pour le peuple : le verrou constitutionnel empêchant un troisième mandat présidentiel a sauté...

A quand la fin de l’esclavage ? – le 28 octobre 2008. Alors que la pratique de l’esclavage est encore répandue en Afrique dans des pays comme, entre autres, le Mali, la Mauritanie ou le Niger, ce dernier pays a été condamné lundi 27 octobre par la Cour de Justice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest pour n’avoir pas protégé une jeune femme de ce fléau. La jeune nigérienne de 24 ans était esclave domestique mais aussi sexuelle depuis l’âge de douze ans. Avoir osé déposer plainte dans son pays lui avait valu un emprisonnement de six mois pour bigamie implicite, la coutume locale exigeant qu’elle ait marié son ancien maître et non un autre homme qu’elle aimait. Le tribunal régional remet donc les pendules à l’heure. Alors qu’Antislavery International estime à 12 millions le nombre d’esclaves dans le monde, le cas de cette jeune nigérienne pourra faire jurisprudence. Et peut-être un pas vers le respect de l'état de droit ?

RDC : encore 20.000 déplacés – le 27 octobre 2008. Le Congrès national pour la défense du peuple mené par le général rebelle tutsi Laurent Nkunda a attaqué lundi 27 octobre la ville de Kibumba dans le Nord-Kivu. Près de 20.000 civils auraient fui la ville pour rejoindre Goma, chef-lieu de la province. Mais cette ville est l’objectif des rebelles. La mission de paix de l’ONU, la MONUC, qui compte 17.000 hommes peine à maintenir l’ordre et a été attaquée par les rebelles. Son commandant le général espagnol Vicente Diaz a donné sa démission aujourd’hui. Le Président Joseph Kabila a le même jour formé son nouveau gouvernement dirigé par Adolphe Muzito, dont la mission sera le combat et la reconstruction. Le HCR estime que 100.000 personnes ont fui depuis la reprise des combats le 28 août. La région, frontalière du Rwanda, est en proie aux tensions depuis une décennie. Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir les rebelles.

Prix Sakharov : Pékin mécontent - le 23 octobre 2008. Le prix Sakharov pour la liberté de pensée a été décernée par le Parlement européen le 23 octobre au dissident chinois Hu Jia, condamné à trois ans et demi d'emprisonnement en Chine pour subversion (écrits sur internet et interviews avec la presse étrangère de critiques du régime à l'occasion de la préparation des J.O.) depuis avril. Pékin, qui avait effectué des pressions pour que ce prix ne soit pas décerné au dissident, a exprimé son "fort mécontentement".

Empereur d’Europe ?– le 22 octobre 2008. Y-aurait-il des relents bonapartistes chez le président français Nicolas Sarkozy ? Ce dernier a en effet saisi l’opportunité de la crise pour lancer hier l’idée d’un gouvernement économique de la zone euro. Ce qui tombe bien puisque, selon le Monde, il serait volontiers prêt à assurer la présidence de la zone euro pour une année de plus. Il est vrai que son successeur à la présidence tournante européenne, en janvier prochain, le tchèque Vaclav Klaus, est très clairement un libéral eurosceptique, c’est à dire pas tout à fait la tasse de thé du président français. La perspective d’un gouvernement technocratique de plus en plus éloigné des peuples n’est pas du goût de M. Klaus et on le comprend. Mais M. Sarkozy, au prétexte de la crise géorgienne et de la crise financière, n’entend pas « revenir sur une Europe volontariste ». Il pourrait se faire élire par un forum de l’Eurogroupe. On peut craindre que tout cela ne puisse être aussi une bonne occasion de jeter aux oubliettes l’indépendance de la Banque Centrale Européenne, tant on connait les critiques que le Président français avait lancé à Jean-Claude Trichet il y a quelques mois.

L’art de la bulle - le 21 octobre 2008. Ben Bernanke n’a visiblement pas su tirer les conséquences de la crise. Alors même que les politiques d’argent bon marché entre 2002 et 2005 (au prétexte de sortir de la crise post 11 septembre) sont une des sources principales du cataclysme actuel, voilà que le directeur de la Fed remet le couvert hier : « Si le Congrès met en place un plan budgétaire, il devrait examiner la possibilité d'y inclure des mesures pour améliorer l'accès au crédit pour les consommateurs, les candidats à la propriété, les entreprises, et d'autres emprunteurs ». Après avoir baissé les taux directeurs de son institution le directeur de la Fed considère comme positive l’option de « plan de relance » du Congrès. La Fed et le Congrès américain s’entêtent à engager des politiques contra-cycliques qui ne font que… créer des nouveaux cycles et de nouvelles bulles qui seront attribuées sans nul doute « aux dérapages des marchés ». On ne guérit pas de l’addiction à la drogue en se droguant toujours plus.

La disparition d'un symbole - le 20 octobre 2008. Sœur Emmanuelle, souvent appelée la « petite sœur des chiffonniers » est décédée cette nuit. Derrière ce petit bout de femme énergique qui luttait pour aider tant de gens dans la pauvreté, il y avait un symbole. Le symbole de la solidarité. Le symbole de la puissance du lien social dans la société civile. Le confort occidental venant de la croissance économique est une très bonne chose mais il nous a sans doute rendu moins attentifs au sort des autres ; peut-être d’ailleurs parce que la nationalisation de la solidarité par les Etats-providence nous a ôté notre responsabilité individuelle, et en particulier la responsabilité d’aider son prochain, au moins de temps en autres. Mais le développement et la civilisation c’est aussi une société civile dans laquelle les individus s’entre-aident. Nos générations l’ont oublié mais il fût un temps, avant que le politique ne s’immisce dans la sphère communautaire, où il était commun d’appartenir à une amicale, une friendly society et autres organisations sociales privées, et d’y partager droits et devoirs envers les autres. Espérons que le message de solidarité de Sœur Emmanuelle puisse résister au temps.

La liberté économique au sommet de la Francophonie - le 17 octobre 2008. Alors que s’ouvre aujourd’hui le XII°ème Sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement de la Francophonie, à Québec (17-19 octobre), l’Institut Fraser [1], notre partenaire, en profitera pour présenter un rapport de la liberté économique dans le monde francophone. Cela permettra d’enrichir les débats et de fournir sans doute une base de travail pour deux des quatre sessions prévues : « démocratie et État de droit » et « gouvernance économique ».

Paul Krugman reçoit le Prix Nobel de Sciences économiques – le 13 octobre 2008. L’économiste américain a été récompensé pour ses analyses sur les formes du commerce international et sur la localisation de l’activité économique.
Par sa critique de la théorie des avantages comparatifs (à la Ricardo) comme moteur d’un commerce international inter-branche (chaque pays se spécialisant dans certaines branches en fonction de ses dotations, les pays échangeant donc des biens différents), il a permis de réhabiliter indirectement la conception du commerce international d’Adam Smith. Cette dernière, fondée sur le lien positif entre taille du marché et division du travail, permet en effet d’inclure le commerce international intra-branche (les pays s’échangent des biens similaires) et ne nécessite pas de postuler des différences de dotations entre pays ou individus pour expliquer le commerce. Tout en critiquant la justification du libre échange par la théorie « orthodoxe » (à la Ricardo), Krugman légitime lui aussi le libre échange sur la base d’une théorie du commerce intra-branche et sur des considérations autour des faiblesses de l’interventionnisme. Intervenir signifie en effet régler le problème de connaissance des « régulateurs » sur l’intervention optimale (impossible à résoudre) et résoudre problème de la formation des intérêts protectionnistes (idem). Pour autant il n’est pas un chantre du libre-échange.
Par contre, la vision des rendements croissants chez Krugman pour expliquer le commerce international est moins riche que celle de Adam Smith ou – mieux – qu’Allyn Young ou James Buchanan (Prix Nobel 1986). Il ne propose en effet pas une vision en termes de rendements croissants généralisés comme ces auteurs, restant à une conception des rendements croissants de secteurs.
Il a par ailleurs permis de réhabiliter la théorie d’Alfred Marshall sur la localisation des industries, fondée sur les économies d’échelles / rendements croissants.
Récemment il a vivement critiqué la politique du Président Bush et appelé à plus d'interventionnisme.

L'Afrique face à la crise mondiale - le 9 octobre 2008. Il y a deux jours le Président de la Banque Africaine de Développement, Dr. Donald Kaberuka a indiqué que la crise financière mondiale pourrait avoir un impact en Afrique. Il a logiquement noté que le ralentissement de la croissance pourrait réduire la demande d’exportations africaines. Bien sûr l’accès des projets africains aux capitaux sera aussi plus difficile. Ensuite l’aide des pays riches vers l’Afrique pourrait aussi diminuer, du fait des nouvelles conditions budgétaires suite à la crise dans ces pays. Le Président de la BAD n’a pas tort. Mais cela signifie que plus que jamais les pays d’Afrique doivent entreprendre des efforts pour faciliter le climat des affaires pour attirer les investissements internationaux – et pas simplement ceux qui visent ses ressources primaires. Les réformes institutionnelles vers plus de liberté sont essentielles pour la prospérité des Africains.

Ciel africain : bientôt la libéralisation ? - le 8 octobre 2008. Ouagadougou accueille depuis lundi une réunion d’experts africains de la CEDEAO et de la CEMAC. Leur mission ? Plancher sur les processus d’harmonisation et de coordination pour enfin libéraliser le secteur aérien africain. Voilà 9 ans qu’un mémorandum d’entente a été signé à Youmoussokro (Côte d’Ivoire). Dans un mois se tiendra à Accra une réunion du conseil des ministres sur la libéralisation le ciel de l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. Les rapports de la réunion des experts cette semaine servira alors de base de travail.

Algérie : la liberté de conscience menacée ? - le 7 octobre 2008. Pour avoir mangé en public en temps de jeûne durant le Ramadan, six personnes ont été condamnées chacune à 4 ans de prison et 1000 euros d’amende par le Tribunal de Biskra. La Constituion de ce pays garantit pourtant la liberté de conscience…

Spécial Crise - le 6 octobre 2008 - Le fait que la crise financière actuelle soit montrée systématiquement et uniquement comme une crise du système capitaliste - en oubliant un peu vite les responsabilités politiques dans cette crise - nous pousse à créer cette rubrique [2].

Plan B - le 4 octobre 2008. Après le rejet du plan Paulson par le Congrès américain en début de semaine, une nouvelle version est « passée » hier, avec 263 voix pour et 171 contre. Ce plan, de 700 milliards de dollars, est censé sauver le système financier américain et éviter ainsi une crise systémique. Mais ce plan n’est peut-être pas une si bonne nouvelle.

D’abord, il n’est pas du tout certain que ce plan parvienne à son objectif au vu de la complexité des instruments à mettre en place. On voit en effet déjà mal comment fixer le prix d’actifs que le marché n’est pas capable d’évaluer. D’ailleurs Henry Paulson n’a toujours pas de réponse quant à quels sont ces instruments.

Ensuite le plan va avoir des effets pervers manifestes :
- Il va récompenser des dirigeants et des sociétés qui ont effectué des choix erronés, au frais du contribuable.
- Alors que la crise est une illustration parfaite des incitations catastrophiques générées lorsqu’on annonce que les profits seront privatisés et les pertes mutualisées, le plan consacre définitivement cette option. C’est bien évidemment un signal encore plus fort pour la déresponsabilisation et la prise de risque excessive dans l’avenir. On répète les erreurs du passé (le Japon dans les années 90 par exemple).
- Ces mécanismes accroîtront inévitablement les processus de décisions politiques et donc la corruption (comme dans le cas de Fannie Mae et Freddie Mac)
- Le plan va empêcher une réallocation saine du capital dans l’économie et conduire à de nouvelles distorsions qui génèreront immanquablement des bulles.

Contrairement à ce qui est ressassé dans les médias, la crise est en grande partie due à l’interventionnisme. Il n’y a donc pas aujourd’hui un « retour de l’Etat » mais un « renforcement de l’Etat ». Une intervention a créé un déséquilibre et on appelle une nouvelle intervention pour résorber ce déséquilibre… ce qui en créera en réalité un nouveau, comme par le passé. La bulle immobilière a été générée avec la « correction » de la bulle internet par la politique monétaire. Mais ici les choses sont plus graves car il y a une subvention massive avec l’argent du contribuable.

La présidente du Congrès Mme Pelosi a déclaré « vouloir faire la lumière sur ce qui s’est passé (…) pour ne pas que cela se reproduise », expliquant qu’il fallait chercher ce qui « n’avait pas fonctionné » dans les marchés financiers.
Elle n’aura pas à chercher bien loin :
- alors qu’en début d’année lors de débats houleux sur l’opportunité d’un contrôle plus strict des pratiques de Fannie Mae et Freddie Mac (les deux géants du refinancement hypothécaire d’origine publique) des membres démocrates s’y sont opposés, demandant au contraire …un affaiblissement de la capitalisation de ces organismes. Il faut dire que ces deux organismes finançaient allègrement certaines campagnes démocrates…
- De même le Community Reinvestment Act, censé doper l’accès au crédit, avait été défendu par les démocrates.
- En 2004 c’est la Security and Exchange Commission, organisme de réglementation des marchés, qui a permis aux banques d’investissement des effets de levier de 30 fois le capital (contre 12 fois auparavant).
- Entre 2002 et 2005 c’est la Federal Reserve – pas « le marché » donc - qui maintient des taux en dessous de 2% (soit de l’argent quasiment gratuit nourrissant ainsi la bulle financière), pour ensuite remonter les taux à 5,5 %, étouffant ainsi ceux qui avaient emprunté à taux variables.
- C’est donc la Federal Reserve qui a mené une politique monétaire instable générant des cycles économiques.
- C’est aussi le dirigeant de la Federal Reserve, Alan Greespan qui expliquait régulièrement qu’il ne pouvait anticiper les bulles financière mais que la Federal Reserve interviendrait pour assurer la casse, fournissant ainsi une incitation aux acteurs du marché à prendre des risques excessifs puisque les pertes seraient mutualisées.

Il est consternant de voir à quel point les politiques nient leurs erreurs (et celles des agences à qui ils ont conféré un monopole) pour les rejeter « sur les marchés ».

531 millions...- le 3 octobre 2008. En février 2007 le taux d’inflation du Zimbabwe atteignait 50% par mois, soit le seuil définissant une hyperinflation (50% par mois correspond à 12 875 % par an). Depuis l’inflation a décuplé. Les dernières données officielles sur l’inflation datent de juin et sont largement dépassées. La Banque centrale du Zimbabwe a été même moins informative quant aux données sur la masse monétaire : les derniers chiffres officiels datent de janvier 2008. Au vu de l’absence de données officielles sur la masse monétaire et l’inflation, il est difficile de quantifier l’ampleur de la crise au Zimbabwe. Pour surmonter ce problème de mesure, Steve Hanke, chercheur au Cato Institute, a développé l'Index de l’Hyperinflation au Zimbabwe. Cette nouvelle mesure est fondée sur des données de prix de marché. Selon ce nouvel indicateur, le 26 septembre 2008, l’inflation annuelle au Zimbabwe était de 531 millions de pourcent...

Bientôt un « Fannie Mae et Freddie Mac » à la française …– le 2 octobre 2008. Il a quelques jours nous critiquions le Président Sarkozy sur son incapacité à comprendre les origines de la crise actuelle. Comme beaucoup d’observateurs, il oubliait les mécanismes interventionnistes qui avaient déresponsabilisé les acteurs (soutien public aux organismes de garantie hypothécaire, politique monétaire laxiste), offrant ainsi une explication très peu objective de la crise, et par conséquent un diagnostic très contestable. Il a confirmé hier soir son incompréhension de cette crise. En effet, aux Etats-Unis, les garanties publiques sur Fannie Mae et Freddie Mac ont incité ces organismes à couvrir des emprunteurs qui n’avaient en réalité pas les garanties nécessaires pour contracter un emprunt sur un marché libre. Par « volonté sociale » on a engrangé des « crédits pourris » à l’origine de la crise.

Voilà que L’Elysée annonce hier soir après une réunion de travail sur la situation du logement : « le Président de la République a (…) décidé d’étendre la garantie que l’Etat apporte aux crédits immobiliers des ménages via les « prêts d’accession sociale » en relevant le plafond de ressources y ouvrant droit : 60% des ménages contactant un crédit immobilier deviendront éligibles à cette garantie contre seulement 20% aujourd’hui ». C’est très clairement instituer un Fannie Mae et un Freddie Mac à la française, c'est à dire poser une bombe à retardement, fabriquer les conditions pour une bulle qui fera très mal lorsqu'elle éclatera.

L’incompréhension semble totale lorsqu’on lit cette dernière phrase : « Pour les banques, cette mesure permettra d’augmenter le volume des actifs de qualité éligibles à un refinancement à coûts bas ». Car c’est bien le contraire qui va se passer : les actifs qui seront augmentés ne seront pas de qualité justement ! Nicolas Sarkozy nous prépare une crise des subprimes à la française… Il blâmera bien sûr les spéculateurs lorsque cela arrivera…

Zimbabwe : l'accord dans l'impasse - le 1er octobre 2008. L'application de l'accord signé le 15 septembre entre Robert Mugabe et les dirigeants du MDC Morgan Tsvangirai et Arthur Mutambara semble dans l'impasse. Les négociations d'hier n'ont pas abouti, la Zanu-PF de Mugabe veuillant conserver tous les ministères importants comme la Défense, l'Intérieur, la Sécurité de l'Etat et les Finances. La formation d'un gouvernement d'union sur une base si déséquilibrée n'est pas envisageable pour le mouvement d'opposition, même si l'accord prévoyait 15 ministères pour la Zanu-PF et 16 pour les deux courants du MDC. le MDC a demandé la médiation de l'ancien Président sud-africain Thabo Mbeki, qui avait présidé à la formation de l'accord du 15 septembre.

Egypte : on ne parle pas de la santé du Président – le 29 septembre 2008. En Egypte dire que « le Président a des problèmes sans gravité de circulation sanguine » peut valoir jusqu'à 3 ans de prison. Le journaliste d'opposition Ibrahim Eissa quia propagé « la rumeur » l'été 2007 a eu la « chance » de voir sa peine de 6 mois en première instance, réduite à 2 mois en appel. Au royaume de Moubarak, on ne badine pas avec la « diffusion de fausse nouvelle de nature à mettre en péril l'intérêt général et la stabilité du pays ». Dans ce pays ou la population est oppressée et où la liberté d'expression est un crime de lèse-Majesté, de nombreux journalistes sont muselés, et des bloggeurs dont Karim Amer [3] croupissent toujours en prison.

« La crise financière n'est pas la crise du capitalisme » - le 26 septembre 2008. Lorsqu’il a prononcé cette phrase hier soir à Toulon en France, le Président Sarkozy semblait sur la bonne voie. On se disait qu’il allait mentionner le fait que la crise des subprimes trouve son origine dans le comportement irresponsable de banquiers et financiers – il l’a dit – parce que les autorités ont mis en œuvre des politiques de déresponsabilisation – il ne l’a pas dit.

On se disait en effet qu’il allait expliquer que Fanny Mae et Freddie Mac, les deux organismes qui garantissaient les prêts hypothécaires, n’étaient pas des vraies entreprises capitalistes, mais des entités hybrides entre privé et public, qui avaient pour mission de favoriser l’accès au crédit de gens qui n’y auraient pas eu accès sur un marché libre parce que ne remplissant pas les conditions d’éligibilité. On se disait donc qu’il allait rappeler que c’est le capitalisme de connivence avec le politique, c'est-à-dire l’intervention du politique dans le capitalisme au prétexte de faire du « social » (mais aussi financer les campagnes électorales !) qui avait perverti le fonctionnement des marchés. Car effectivement tout cela, ça n’est pas du capitalisme. De même, on se disait qu’il allait exposer les méfaits d'une politique monétaire laxiste où l’argent est presque gratuit, c'est-à-dire en dessous de ce qu’il serait sur un « marché monétaire libre », pour « doper l'économie » où les banquiers centraux annoncent qu’ils assureront la casse en cas de bulle spéculative, c'est-à-dire qu’ils incitent les acteurs de la finance à agir dans le sens de privatiser leurs gains mais de nationaliser leurs pertes… Mais non, tout cela le Président ne l’a pas dit. Pourtant, il n’a eu de cesse de répéter « quand on veut dire la vérité aux Français, il faut la leur dire jusqu'au bout ».

Du coup sa démonstration tourne court. « Il faut bien que l'Etat intervienne, qu'il impose des règles, qu'il investisse, qu'il prenne des participations, pourvu qu'il sache se retirer quand son intervention n'est plus nécessaire. Imaginons où en serait le monde si le gouvernement américain était resté sans rien faire face à la crise financière sous prétexte de respecter je ne sais quelle orthodoxie en matière de concurrence, de budget ou de monnaie ? ». Mais c’est exactement parce que l’Etat et les autorités monétaires américains interviennent depuis des années en ne respectant pas les principes des marchés, parce qu’ils n’ont pas suivi une orthodoxie mais préféré le pragmatisme – cher à Nicolas Sarkozy, qu’ils ont créé le chaos. « La crise actuelle est une crise structurelle » nous a dit le Président. C’est bien vrai. C’est une crise de la déresponsabilisation par le politique, c’est une crise du « pragmatisme » interventionniste.

Vous pouvez lire :

Fannie Mae et freddie Mac : les déboires du capitalisme d’Etat
[4] par Gerald O’Driscoll

Sociétés à irresponsabilité illimitée [5] par Nouh El Harmouzi et Emmanuel Martin.

La plaie de la corruption - le 24 septembre 2008. L'Organisation Non Gouvernementale Transparency International a publié hier son rapport 2008 sur la corruption dans le monde [6]. Il se fonde sur un Index de Perceptions de la Corruption, un index composite allant de 0 (très mauvais) à 10 (très bon). 180 pays sont notés dans ce classement. Le Danemark, la Nouvelle-Zélande et la Suède sont classés comme les pays les moins corrompus (score de 9.3 sur 10), suivis par Singapour. On trouve en fin de classement la Somalie (1.0), talonnée par l'Irak et la Birmanie (1.3) et Haïti (1.4). La Bulgarie, le Burundi, les Maldives, la Norvège et le Royaume-Uni ont reculé dans le classement, alors que des pays comme l'Albanie, Chypre, la Géorgie, l'île Maurice, le Nigeria, Oman, le Qatar, la Corée du Sud, Tonga ou la Turquie se sont améliorés en la matière. Le rapport montre clairement le lien entre pauvreté, institutions défaillantes et corruption.

Venezuela : Ne nous parlez pas de droits de l'homme - le 21 septembre 2008. Deux membres de la très respectée Human Rights Watch, José Miguel Vivanco (Chili), directeur du secteur « Amériques » et son assistant Daniel Wilkinson (USA) ont été expulsés du Venezuela vendredi 19 septembre. Motif ? Ils avaient présenté la veille un rapport un peu trop critique à l’égard du régime d’Hugo Chavez. Montré du doigt pour son affaiblissement « des institutions démocratiques et des droits de l’homme », le régime a donc confirmé l’accusation en arrêtant les deux hommes dans leur hôtel et en les expulsant immédiatement. Nicolas Maduro, ministre vénézuelien des affaires étrangères a expliqué que tel était le sort réservé à ceux qui ont « l’intention de venir dans notre pays pour y comploter ». Il ne fait décidément pas bon critiquer les grands « démocrates »…

Zimbabwe : sortie de crise ? - le 16 septembre 2008. Robert Mugabe a signé hier un accord de gouvernement d'union nationale avec deux représentants du MDC (Mouvement pour le Changement démocratique). Morgan Tsvangirai sera donc premier Ministre. Il a appelé à l'union nationale et Mugabe a fait de même. Il est vrai qu'avec 11 millions de pour cent d'inflation, une production en berne, et des millions de gens jetés dans la misère, les Zimbabwéens doivent plus que jamais s'unir pour faire face aux défis de la pauvreté. Avec cet accord, l'aide internationale pourra à nouveau affluer au Zimbabwe. Ce qui n'est peut-être pas une si bonne nouvelle. On sait que généralement elle ne finit pas dans les assiettes des plus nécessiteux mais dans les poches des élites, aggravant encore plus les problèmes de corruption et de manque d'état de droit. Les agences internationales ou encore l'Union européenne devront veiller à ne pas faire un cadeaux empoisonné aux millions de miséreux zimbabwéens. L'UE a d'ailleurs signalé qu'elle attendrait des signes encourageants de retour de la démocratie avant de débloquer des fonds.

Angola : dos Santos garde la main – le 09 septembre 2008. Le week-end dernier l’Angola votait pour les élections législatives, soit les premières depuis la fin de la guerre civile en 2002. Le Mouvement Populaire pour Libération de l’Angola, d’inspiration marxiste, et au pouvoir depuis l’indépendance en 1975, a été reconduit avec un score de plus de 80%. José Eduardo dos Santos dispose désormais d’une large majorité au Parlement. L’UNITA, le mouvement d’opposition a donc été laissé k.o. avec à peine plus de 10% des votes.
Il n’est pas certain que les élections n’aient pas été entachées de vices. Une plainte devant la Commission électorale a d’ailleurs été déposée par le mouvement perdant auprès de la commission électorale. Car en effet, si la Commission d’observation de la communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) a estimé que les élections ont été crédibles, pacifiques et transparentes, l’Union européenne et l’Union africaine ont en premier lieu exprimé des réserves : manque de bulletins de vote, mise en place tardive du matériel, absence de listes de listes d’émargement, délais dans le dépouillement. Et le parti d’opposition n’a eu que très tard accès aux financements publics de campagne et prétend que dans plusieurs centaines de villages, il n’a pas été autorisé à entrer et déposer ses drapeaux.
Le pays qui connaît la croissance la plus forte du monde (20% par an), qui vient de détrôner le Nigéria en tant que premier producteur africain de pétrole, est aussi un des pays les plus corrompus au monde (147° place sur 179 selon Transparency International). Les revenus du pétrole que se partage l’élite au pouvoir génèrent des inégalités criantes et insupportables pour la vaste majorité des angolais qui vivent dans une misère abjecte.

Réforme foncière en Afrique du Sud : le risque d'un deuxième Zimbabwe ? - le 2 septembre 2008 - L'Afrique du Sud prévoit une réforme foncière qui pourrait s'avérer problématique et ressembler à celle du Zimbabwe, avec les conséquences que l'on connaît. Récemment le Comité Parlementaire d'Afrique du Sud sur les réformes foncières a mis en attente une proposition de loi sur la réforme foncière censée exproprier des Blancs de leurs fermes. Il semble qu'il n'y ait pas eu assez de consultations des parties prenantes. Bien sûr il n'est un secret pour personne que peu de terres ont été mises à disposition des Noirs depuis la fin de l'apartheid en 1994. Le gouvernement ANC projette de redistribuer un tiers des terres agricoles possédées par les Blancs d'ici à 2014. La minorité blanche représente 10% de la population mais détiendrait près de 90% des terres et seuls 4% ont été redistribuées aux Noirs à ce jour. Il faudra une extrême prudence si une telle politique est mise en application, de manière à éviter la politique populiste de réforme foncière qu'un Mugabe a mise au point pour lui-même et ses amis corrompus. Par ailleurs, le risque est grand que le démembrement de terres économiquement rentables en petits lots s'avère être une mesure non économique.

Tourner la page et passer à autre chose… le 1er septembre 2008 - Le président italien, en visite à Tripoli, a annoncé que sont pays aller verser à la Libye une somme de cinq milliards de dollars sur les 25 prochaines années au titre de « dédommagements pour la période coloniale ». Cette somme sera alloué pour financer des projets de développement tel que la construction d’une autoroute côtière de plus de 1700 Km traversant la Libye d’ouest en est, c’est-à-dire, de la frontière avec la Tunisie à celle avec l’Egypte. L'accord prévoit également la construction de logements, des bourses pour permettre à des étudiants libyens d'aller étudier en Italie et des pensions pour des mutilés victimes de mines anti-personnel posées par l'Italie pendant la période coloniale. D’aucun pourraient rétorquer que le somme de 5 milliards de dollars est insuffisante voire dérisoire, mais au-delà des considérations purement pécuniaires, l'accord est venu mettre fin à 40 ans de mésentente. C'est une reconnaissance complète et morale des dommages infligés à la Libye par l'Italie pendant la période coloniale reconnait dans ses propos du chef du gouvernement italien. Cet "accord inédit" selon les dires de L'ambassadeur de Libye à Rome, aura au moins le mérite de tourner la page des années de haine et de rancunes et d’ouvrir le chemin vers une collaboration pacifique. Pourvu que certains des anciens pays colonisés ou colonisateurs, qui trimbalent et ressassent la haine et le rejet de l’autre, en tirent des leçons…

Banque Mondiale : la proportion de pauvres dans le monde recule - le 28 août 2008 - Une nouvelle étude [7] de la Banque mondiale montre que le nombre de personnes vivant dans la pauvreté a reculé de 500 millions de personnes en un quart de siècle. En effet, dans les pays en voie de développement en 1981, 1,9 milliard de personnes vivaient avec moins de 1.25 $ par jour. A l'époque cela représentait une personne sur deux. En 2005 ce sont 1.4 milliard de personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, soit une sur quatre. Les nouvelles données sont plus pessimistes que les rapports les plus récents de 2004 estimant le chiffre à 985 millions de personnes. Cela est expliqué par l'établissement du seuil de pauvreté à 1.25 $ et non plus 1 $ par jour. Les méthodes d'estimation sont aussi plus fines, intégrant l'évolution récente du coût de la vie. En dépit de ce correctif, la pauvreté a nettement reculé dans le monde en 25 ans.
En Asie de l'Est la pauvreté est passée de 80% à 18%. Alors que cette région était la plus pauvre du monde, les progrès de la chine notamment ont permis ce recul spectaculaire. Malheureusement, l'Afrique subsaharienne semble toujours autant touchée par le fléau puisque c'est toujours la moitié de la population qui en souffre. Mais du fait de l'augmentation de la population, ce ratio stable de 50% signifie donc une augmentation en termes absolus du nombre de pauvres (de 200 en 1981 à 380 millions en 2005).

Moscou reconnaît les indépendances des républiques séparatistes d'Abkhazie et d'Ossetie du Sud - le 26 août 2008 - Après que les deux chambres du Parlement russe ont invité à l'unanimité lundi 25 août 2008 le président russe à reconnaître les indépendances des républiques géorgiennes séparatistes de l'Ossetie du sud et de l'Abkhazie, M. Medvedev a annoncé aujourd'hui que la Russie reconnaît ces indépendances. Les réactions occidentales ne se sont pas faites attendre pour y voir une "décision regrettable" (France), "inacceptable" (USA), "rejetée catégoriquement" (Royaume-Uni) et "tragique" (par le Président géorgien). L'Europe des 27 qui doit tenir un sommet extraordinaire le 1er septembre devrait marquer une commune réprobation à l'encontre de la position russe. Début août la Géorgie avait attaqué la république séparatiste d'Ossetie du Sud pour la rappeler à l'ordre. Moscou avait alors engagé une contre-offensive, invoquant le "maintien de la paix". (voir notre article [8] sur le sujet).

USA : Bernanke persiste dans le pragmatisme- le 22 août 2008 - Le président de la banque centrale américaine a estimé aujourd’hui lors d’une conférence de son institution que la situation économique actuelle constituait « un des environnements économiques et politique les plus préoccupants de mémoire d’homme », du fait de la persistance de la crise financière. En effet, « ses effets sur l’économie entière deviennent de plus en plus apparents si l’on en juge par le ralentissement de l’activité économique et la hausse du chômage ». Et Bernanke a ajouté « des politiques de prêt trop conservatrices pourraient s’avérer contre-productives si elles contribuent à un environnement économique plus faible ». Des commentateurs ont interprété cela comme une indication que le taux d’intérêt directeur de l’institution serait maintenu à 2%, un taux que beaucoup estiment trop bas et qui génère inflation (5,6% de juillet 2007 à juillet 2008, taux le plus élevé depuis 17 ans) mais aussi à une mauvaise allocation des investissements (c’est à dire la création d’une nouvelle bulle).

Par ailleurs, discutant du cas de la Bear Stearns, il a de nouveau présenté sa doctrine selon laquelle des institutions financières « trop grosses pour faire faillite » devaient être secourues par les autorités (c'est-à-dire in fine par l’argent du contribuable). Ceci semble alors représenter un signal pour le cas de Freddie Mac et Fannie Mae, deux institutions en grandes difficultés spécialisées dans le crédit hypothécaire et dont la possible nationalisation a été récemment évoquée par le Trésor américain. On comprend la position « politique » de Bernanke, impliquant un certain pragmatisme. Pourtant il se pourrait bien que cela soit le pragmatisme qui ait provoqué cette crise financière : à trop vouloir décharger les acteurs de leurs responsabilités, les autorités leur fournissent de très mauvaises incitations. Et le cercle vicieux est (re)lancé.

Corruption au Cameroun : le FBI à la rescousse - le 19 août 2008 - L'Etat du Cameroun a fait appel au célèbre FBI (Federal Bureau of Investigation) des USA pour mener une enquête sur la corruption qui règnerait dans les hautes sphères du pouvoir, dans le cadre de l'opération Epervier censée mettre de l'ordre dans la gestion d'entreprises d'Etat. D'importantes sommes d'argent ont été détournées (des milliards de FCFA) pour être placées dans des banques américaines. Au delà de l'objectif de rapatrier les fonds volés (ce qui n'est pas simple), il faut aussi rétablir la justice, et quinze personnalités ont déjà été condamnées.

Cuba : les réformes se font attendre – le 14 août 2008 – Le Lider Maximo fêtait son anniversaire hier… mais la Commission nationale pour les droits de l’homme et la réconciliation nationale lui a sans doute gâché la fête en diffusant la veille un rapport sur la situation de l’île. Un rapport pas vraiment brillant. Bien que le frère Raul ait promis des réformes, et que téléphones portables, fours à micro-ondes et autres luxes de la société de consommation soient désormais permis aux Cubains, les changements de fond se font attendre. Au-delà de l’absence d’état de droit (prisonniers politiques, arrestations arbitraires, interdiction de manifestations), l’économie est toujours entre les mains d’un Etat de bureaucrates autoritaires, induisant la pauvreté des masses.

L'Afrique australe se met au libre échange - le 13 août 2008 - Samedi prochain lors d'un sommet de la Communauté de Développement de l'Afrique Australe (SADC) sera lancée une zone de libre échange entre quatorze pays de l'Afrique australe (Afrique du Sud, Angola, Botswana, Lesotho, Madagascar, Malawi, Maurice, Mozambique, Namibie, République Démocratique du Congo, Swaziland, Tanzanie, Zambie, Zimbabwe). L'ojectif est de libéraliser 85 % du commerce avec cet accord, puis 100% en 2012. Le site de de la SADC indique que "libérer le commerce dans la région créera un marché plus large, dégageant ainsi un potentiel important pour le commerce, la croissance et l'emploi". Cependant, "le manque d'infrastructure est une barrière majeure à l'intégration et au développement régionaux", comme l'a noté Mandisi Mpahlwa, Ministre sud africain du commerce et de l'industrie selon Reuters.

La France suspend son aide à la Mauritanie - le 12 août 2008 - Après que l'Union Africaine a suspendu la Mauritanie de son organisation, voilà que la France a décidé hier de suspendre son aide aux projets de développement (mais pas l'aide humanitaire et alimentaire). Après le putsch de militaires qui avaient kidnappé le 6 août dernier le premier président démocratiquement élu en Mauritanie depuis l'indépendance en 1960, Sidi Ould Cheikh Abdallahi, ainsi que des membres de son entourage, l'indignation internationale s'était faite entendre. Hier les putschistes ont libéré le premier ministre Yahya Ould Ahmed Waghf, le ministre de l'intérieur Mohamed Ould R'Zeizi, le président du conseil économique et social Ahmed Ould Sidi Baba et le directeur général de l'Agence nationale chargée de l'insertion des réfugiés Moussa Fall.

Mort d'un Zek - le 4 août 2008 - Alexandre Soljenitsyne s'est éteint hier à l'âge de 89 ans. Il faut rappeler l'importance de l'oeuvre de cet homme. Déporté en camp de redressement par le travail en 1945 par le régime soviétique, puis condamné à l'exil au Kazakhstan, l'homme n'arrêtera pas d'écrire. D'écrire sur la réalité du socialisme soviétique. D'écrire sur l'horreur de ce système. De Une Journée d’Ivan Denissovitch à L'archipel du Goulag, autant de romans témoignages qui lui vaudront d'être conspué par l'intelligensia gauchiste à l'Ouest même (en France notamment) : les "intellectuels" ne supportaient pas la vérité sur leur idéal...

France : Edvige et Cristina suscitent l'inquiétude - le 1er août 2008 - Depuis la fusion de la Direction de la Surveillance du Territoire (DST) et des Renseignements Généraux (RG) le 1er juillet dernier, une ombre plane au dessus des libertés en France. Car en effet deux fichiers de police on été "créés". Ils répondent aux doux noms d'Edvige (Exploitation documentaire et valorisation de l'information générale) et Cristina (Centralisation du renseignement intérieur pour la sécurité du territoire et les intérêts nationaux). Le premier compile les données sur les personnes de plus de 13 ans "susceptibles de porter atteinte à l'ordre public" ou exerçant un rôle "politique, économique, social ou religieux significatif". Des associations ont déposé un recours devant le Conseil d'Etat pour obtenir l'annulation de ce fichier. (il est possible de signer une pétition contre ce fichier ici : http://www.nonaedvige.ras.eu.org/ [9]). Le deuxième fichier, Cristina, est classé "secret-défense", issu de la DST et ne tombe même pas sous le coup de la Commission nationale de l'informatique et des libertés.

OMC : échec des négociations - le 30 juillet 2008 - Les négociations du cycle de Doha de l'Organisation Mondiale du Commerce à Genève engagées depuis le 21 juillet ont échoué, aucun accord n'ayant été signé. Le cycle de Doha avait été lancé à la fin 2001, et avait déjà débouché sur l'échec retentissant de Cancun en septembre 2003. Voilà donc le deuxième échec confirmé. Les Etats-Unis et l'Europe ne veulent pas supprimer leurs subventions agricoles, l'Inde demande un seuil de déclenchement de la clause de sauvegarde (qui permet des mesures protectionnistes exceptionnelles en cas de crise) considérés comme trop bas par les Etats-Unis. La France avait joué ce weekend un rôle particulièrement perturbateur, refusant de signer un accord. On comprend que le pouvoir de vote des agriculteurs induit un blocage à l'ouverture dans ce pays.

OMC : les négociations piétineraient-elles ? - le 27 juillet 2008 - Les discussions des négociations du cycle de Doha de l'Organisation Mondiale du Commerce semblent avoir piétiné toute la semaine à Genève. Il y a cependant eu une lueur d'espoir vendredi soir, au cinquième jour des négociations et hier Pascal Lamy a déclaré d'un “ensemble d'éléments” sur l'agriculture et l'accès aux marchés des produits non agricoles, une "contribution importante" selon lui.

2,2 millions %, le 18 juillet 2008 - 2,2 millions % c'est le taux d'inflation officiel au Zimbabwe. Il a été donné par le gouverneur de banque centrale du Zimbabwe il y a deux jours. Il y a quatre mois, la banque centrale avait émis un billet de ... 10 millions de dollars zimbabwéens. La politique d'inspiration collectiviste des dirigeants du Zimbabwe ruine le pays depuis des années. Trois millions de Zimbabwéens ont déjà émigré dans les pays voisins pour fuir la pauvreté généralisée et forcée. Alors que le Zimbabwe était à une époque le grenier à blé de l'Afrique australe, 80 % des Zimbabwéens vivent désormais en dessous du seuil de pauvreté.

Muhammad Yunus : lucide, le 14 juillet 2008 - Une interview fort intéressante de Muhammad Yunus dans Jeune Afrique cette semaine. Le Prix Nobel de la Paix 2006, célèbre "banquier des pauvres" et dont le dernier ouvrage s'intitule "Vers un nouveau capitalisme" (Lattès 2008), offre une analyse d'une grande lucidité et à contre-courant. Quelques extraits:
"En Afrique, les politiques d'aide au développement passent toujours par l'Etat. Pourtant, ce système n'a plus de raison d'être." (...)
"Si l'Afrique est en retard, c'est à cause de ses appareils d'Etat, pas de ses populations. La faute en revient à ce que tout passe par les administrations. Aujourd'hui, les classes dirigeantes africaines concentrent tout entre leurs mains, si bien que, si vous n'en faites pas partie, vous n'avez rien. Les Etats devraient au contraire, se cantonner à créer un environnement propice au développement, puis laisser les gens agir. Les Etats africains ne seraient pas confrontés aux problèmes qu'ils connaissent s'ils laissaient à leurs peuples un peu de marge de manœuvre."(...)
"Ce qui gêne le plus avec l'informel, c'est la difficulté pour l'Etat de prélever des taxes. Mais pourquoi en a-t-il besoin ? Pour aider les gens ? Faut-il créer un circuit spécifique pour les impôts en espérant que l'argent poncionné soit reversé aux pauvres ? Les impôts ne sont jamais reversés aux pauvres ! Dans un pays aussi aisé que la France, le peu d'argent que les plus démunis parviennent à gagner grâce au micro-crédit, ils doivent le reverser en cotisations sociales, qui peuvent représenter jusqu'à 40 % de leurs revenus. C'est une situation ubuesque : l'Etat prélève de l'argent aux pauvres pour aider les pauvres !"
Et quand on lui pose la question "Certains commencent à douter que l'aide internationale soit un levier de développement, estimant qu'elle n'a fait que renforcer la corruption. Partagez-vous cette analyse ?", le prix Nobel de la Paix répond : "Je l'approuve complètement". Jeune Afrique, n° 2478, pp. 60-62.

Les drames de l'émigration, le 12 juillet 2008 - 921: c'est le nombre d'émigrants dits "illégaux" qui, selon une organisation des droits de l'homme andalouse, sont mort en 2007 en voulant rejoindre les côtes espagnoles, pour trouver une vie meilleure. 629 d'entre eux venaient d'Afrique sub-saharienne.

Zimbabwe : Les opposants à Mugabe appellent à l'aide, le 4 juillet 2008 - Des opposants à Mugabe campent devant l'ambassade des USA. Ces opposants demandent l'aide des diplomates américains. D'autres, fuyant les violences dont ils sont victimes, s'exilent vers les pays voisins, Zambie, Mozambique, Botswana et Afrique du Sud. Le leader de l'opposition Morgan Tsvangirai a écarté la proposition faite en début de semaine par les dirigeants africains réunis en sommet, consistant à accepter un gouvernement d'union nationale. L'Union Européenne demande la tenue d'une nouvelle élection et les USA ont déposé un projet de résolution au Conseil de Sécurité.

Un coup dur pour les libertés individuelles en Suède, le 26 juin 2008 - Protéger les citoyens tout en n'empiétinant pas sur leur libertés individuelles reste un équilibre très délicat à définir.
La suède confrontée à ce dilemme a fait un choix pour le moins contestable et contesté par les défenseur des libertés individuelles.
En vertu d'un nouveau texte qui vient d'être adopté la semaine dernière (de justesse avec 5 voix d’écart) par le Parlement , l'Agence d'écoute militaire suédoise pourra, à compter du 1er janvier 2009, intercepter les courriels et les communications téléphoniques qui entrent dans le pays et qui en sortent. La surveillance s'effectuera à partir de mots-clés mais pas directement contre des personnes suspectées. Autrement dit, tout le monde, court le risque d’être intercepté. Ajoutons que cette Agence d'écoute militaire (qui était l'oreille de la Suède pour surveiller l'Union soviétique pendant la guerre froide) n'aura plus besoin d'obtenir une autorisation judiciaire pour mettre sur écoute.
La France, elle aussi, semble prendre le même chemin de la sécurité contre la liberté, avec la préparation d'une nouvelle loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (Lopsi) qui donnera des pouvoirs inquiétant à l'Etat (captations informatiques, nouveau fichier "Périclès" croisant les données d'administrations variées, et, parallèlement, limitation des pouvoirs des juges en matière de perquisition... des lieux protégés de l'Etat).
Manifestement le spectre de « 1984 », imaginé par George Orwell, risque peu à peu de se transformer en réalité. Et à ce rythme, nos pays finiront peut-être par ressembler au Yémen, à la Corée du Nord ou encore à l’ex Allemagne de l’Est.

Zimbabwe : fin de course, le 23 juin 2008 - Morgan Tsvangirai, le dirigeant de l'opposition MDC au dictateur zimbabwéen Robert Mugabe, a annoncé hier son retrait de l'élection qui doit se tenir le 27 juin. Selon lui il ne sert à rien de continuer puisque les élections ne seront ni libres, ni justes. M. Tsvangirai a pris sa décision après qu'un rassemblement de l'opposition dans un stade a été empêché par le parti au pouvoir le Zanu-PF hier, et des partisans passés à tabac. Selon le MDC 86 partisans du MDC ont été tués depuis le début de la campagne, 200.000 personnes expulsés de leurs maisons, et l'aide alimentaire n'est plus distribuée dans les zones où l'opposition est majoritaire. "nous au MDC ne pouvons demander [à nos électeurs] de voter le 27 juin, si ce vote peut leur coûter la vie". "Nous ne participerons pas à cette parodie violente et illégitime de processus électoral". Il a appelé à la prise de conscience des Nations Unies et de l'Union Africaine.

La tension monte au Zimbabwe, le 18 juin 2008. - Alors que le second tour des élections doit se tenir le 27 juin, Robert Mugabe a ouvertement intimidé ses adversaires du Mouvement pour le Changement Démocratique (MDC) avant-hier, les accusant d'être responsables des violences politiques. Il a pu déclarer : "Nous allons bientôt accuser le MDC (Mouvement pour le changement démocratique) et les chefs du parti d'être responsables de ces crimes". "Nous disons que nous allons les arrêter en plein jour. Nous les avertissons que nous n'allons pas hésiter à les arrêter". De nombreux observateurs, du leader le l'ANC en Afrique du Sud Jacob Zuma, à Ban Ki-moon, en passant par Conoleeza Rice et Gordon Brown, se sont déclarés très pessimistes quant à la tenue d'élections libres. Partageant ce sentiment, le Premier Ministre kenyan Rail Odinga, a qualifié la situation à Harare d'"horreur".

L'état de droit à Guantanamo ?, le 13 juin 2008 - Hier la Cour Suprême des Etats-Unis a émis une décision qui fera date en affirmant la prévalence de l’habeas corpus, principe essentiel de l’état de droit. L’administration Bush essayait depuis longtemps d’empêcher les tribunaux de juger ses politiques de « temps de guerre ». En enfermant des prisonniers en dehors des Etats-Unis, à Guantanamo, les avocats du Président Bush soutenaient que l’habeas corpus n’était tout simplement pas applicable à un quelconque prisonnier dans cette prison. La Cour Suprême a rejeté cette affirmation au motif que le test pour déterminer l’applicabilité de l’habeas corpus « ne doit pas être sujet à manipulation par ceux dont le pouvoir doit justement être limité par l’habeas corpus ».

Le Président et l’armée continueront à avoir de la marge pour décider initialement quels suspects de terrorisme doivent être arrêtés et emprisonnés, mais ils ne disposent plus d’un chèque en blanc pour emprisonner qui bon leur semble pour une période indéfinie. Même en temps de guerre, les principes de séparation des pouvoirs de la Constitution demeurent effectifs et, comme la Cour l’a noté, « peu d’exercices du pouvoir judiciaire sont aussi légitimes ou aussi nécessaires que la responsabilité d’entendre les contestations à l’encontre de l’autorité du pouvoir exécutif en cas d’emprisonnement d’une personne ».

La nouvelle devise cubaine : "travailler plus pour gagner plus" ?, le 12 juin 2008 - C’est une petite révolution dans l’un des derniers bastions du communisme. Les cubains auront le droit de « travailler plus pour gagner plus » pour reprendre cette expression très en vogue actuellement. Le gouvernement de Raoul Castro, a ainsi mis un terme à 49 ans de politique communiste-égalitariste de plafonds salariaux, mise en place par Fidel Castro, et qui a été pour le moins stérile et ruineuse. Il faut rappeler que les employés de "l’Etat employeur", quel que soit leur degré d’études, de motivation ou de rendement, touchaient strictement la même rémunération : environ 20 dollars par mois. Concrètement un ingénieur en informatique motivé et très rentable touchait le même salaire qu’un serveur dans un bar désert de province.

« La tendance était que tout le monde recevait la même chose, et cet égalitarisme n'est pas opportun » affirme le vice-ministre cubain du Travail, Carlos Mateu, dans le quotidien Granma. Cette pratique est « injuste, car s'il est nuisible de donner à un travailleur moins que ce qu'il mérite, il est également nuisible de lui donner ce qu'il ne mérite pas ». Le ministre assure que cette nouvelle politique est « un outil qui contribuera à obtenir de meilleurs résultats en matière de productivité ». Il confirme l’abolition de la doctrine inspirée du slogan marxiste (certes attrayant mais économiquement ruineux) selon lequel « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ». La devise cubaine est désormais « de chacun selon ses capacités, à chacun selon son travail ». Les défenseurs des la liberté ne peuvent que se féliciter de cette évolution - concession - du régime.

Le régime vient aussi d’autoriser les cubains à se procurer un téléphone mobile, un micro-ondes, un lecteur DVD, un ordinateur portable, à louer une voiture ou à prendre une chambre d’hôtel ! Ces assouplissements concédés par un régime verrouillé, ultra-centralisé et sclérosé restent timides voire marginaux au vu de l’immensité des chantiers et des réformes nécessaires pour sortir l’économie cubaine d’une situation de faillite généralisée. Mais, il n’est jamais tard pour « mieux » faire et mieux vaut tard que jamais.

Kadhafi ne veut pas de l'Union Pour la Méditerranée, le 11 juin 2008 - "Nous ne sommes ni des affamés ni des chiens pour qu'ils nous jettent un os". C'est en ces termes que le "guide" libyen Mouammar Kadhafi a rejeté hier le projet d'Union Pour la Méditerranée de Nicolas Sarkozy lors d'un mini-sommet arabe à Tripoli. Le colonel argue du fait que l'Europe ne doit pas passer un accord avec simplement quelques pays, car cela risquerait selon lui de déchirer la Ligue Arabe ou l'Union Africaine. L'initiative du Président français aurait au moins eu le mérite d'ouvrir sensiblement plus les pays en question, où la liberté n'est pas toujours chose acquise.

Les nouvelles du Zimbabwe ne sont pas rassurantes, le 4 juin 2008 - Il y a quelques jours Mugabe menaçait les soldats de « son » armée de voter pour lui aux prochaines élections ou de quitter les rangs. Des ONG telles que Care ou Save the Children UK ont vu leurs activités suspendues par le pouvoir la semaine dernière pour cause « d’engagement politique ». Le fait que Mugabe soit venu hier à Rome au sommet de la FAO sur la sécurité alimentaire alors que depuis des années ce dictateur affame son pays (qui était jadis le grenier à blé de l’Afrique australe), tient de la très mauvaise blague. Aujourd’hui, c’est son rival Morgan Tsvangirai qui a été arrêté à un barrage, accusé d’avoir pris la parole à un meeting sans y avoir été autorisé.

Les droits humains dans le monde : un combat incessant, le 30 mai 2008 - Le dernier rapport d’Amnesty International (Avril 2008) dresse un bilan négatif de la situation des droits humains dans le monde. Les chiffres sont éloquents :

En Égypte, près de 250 femmes ont été tuées par leur mari ou par un membre de la famille (crime d’honneur) durant le premier semestre de 2007 et deux femmes ont été violées toutes les deux heures ;

Des cas de torture et de traitement cruel, dégradant et inhumain ont été enregistrés dans 81 pays en 2007 ;

L’égalité devant la loi est toujours bafouée dans 23 pays qui appliquent des lois discriminatoires à l’égard des femmes, dans 15 pays ayant des lois discriminatoires à l’égard des migrants et au moins 14 lois discriminatoires à l’encontre des étrangers ;

A Guantanamo 270 personnes sont toujours privées de liberté, sans inculpation, et en dehors toute procédure légale, et dans l’Égypte de Moubarak près de 18000 prisonniers sont détenus sans inculpation au prétexte (le désormais classique) de combattre le « terrorisme » ;

Les libertés de pensée, de conscience et de religion continuent d’être bafouées dans 45 pays. La liberté d’expression et de presse est soumise à des restrictions dans 77 pays ;

Le rapport rappelle que la situation en Afrique reste extrêmement fragile. Le Kenya et le Zimbabwe ont connu de graves violences électorales. Les immigrés en Afrique du Sud subissent l’hostilité, la xénophobie, et l’extrême la violence des Sud-Africains. Des millions d’individus sont pris au piège des conflits en Somalie, au Tchad, Darfour, Soudan, en RDC ; des violences sources de précaire et de désespoir ;

C’est pour ces millions d’individus qui sont sans espoir que les bonnes volontés ne doivent pas perdre espoir.

Accepter l'apostasie : débat en cours, le 28 mai 2008 - Le procureur de Tiaret, dans l'ouest de l'Algérie, a requis la semaine dernière trois ans de prison ferme contre Habiba Kouider, 37 ans, convertie au christianisme et jugée pour exercice illégal d'un culte non-musulman. Il est à déplorer que dans les pays où domine une lecture rigoriste et littéraliste (salafiste) du Coran, il est strictement interdit aux fidèles musulmans de changer de religion. Notons cependant que la cour suprême de Malaisie, pays connu pour son islam moderniste, a ouvert une brèche en reconnaissant à une citoyenne Malaisienne le droit de changer sa religion. Exception ou tendance inévitable ?

Egypte : une nouvelle "année d'exception"
, le 25 mai 2008 - Les égyptiens devraient continuer à subir l’état d’urgence décrété depuis 27 ans après l’assassinat en 1981 de l’ancien président Sadate. Le pouvoir impose cette mesure sous prétexte de lutte contre le « terrorisme ». Cette situation d’urgence constitue une atteinte aux libertés civiles fondamentales. Elle permet entre autres d’effectuer des arrestations arbitraires, d’empêcher les manifestations et de détenir des personnes sans jugement. Le pouvoir, qui a méticuleusement verrouillé la société Égyptienne et qui maintient la population sous surveillance et sous pression, vient de confirmer que « le provisoire et l’exceptionnel » sont faits pour durer en Égypte.

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[8] http://www.unmondelibre.org/node/474
[9] http://www.nonaedvige.ras.eu.org/