L’accès au point d’achèvement de l’initiative PPTE renforcée : Un cadeau à la RDC ?

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Gabriel Mbuyi Kalonji - Le 30 septembre 2010. Le 1er juillet 2010, La République Démocratique du Congo (RDC) a accédé au point d’achèvement de l’initiative PPTE renforcée. Cela lui donne accès à deux avantages : l’annulation de 83% du stock de sa dette extérieure (10,8 milliards de dollars US) et l’augmentation des ressources libérées par ces annulations pour les dépenses pro-pauvres. Cette décision conjointe du Fonds monétaire International (FMI) et de la banque mondiale (BM) coïncide avec la fête du cinquantenaire de l’indépendance, à laquelle était invité le Directeur général du Fonds monétaire international et le secrétaire général de l’ONU. Est-ce donc un cadeau fait à la RDC par les Institutions de Bretton Woods ?

L’examen attentif de l’évolution de sept déclencheurs (ou repères) du point d’achèvement de l’initiative PPTE renforcée prouve qu’il n’en est rien.

De l’approbation du DSCRP à la stabilité macroéconomique

En effet, depuis juin 2006, la RDC a réalisé la version finale de son Document des Stratégies pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté (DSCRP). Celui-ci renferme des objectifs quantitatifs à atteindre et des réformes à mener pour accéder au point d’achèvement de l’initiative PPTE. Il a été approuvé par les conseils d’administration de ces deux institutions une année plus tard (juillet 2007) comme document de référence de la politique gouvernementale et base de la coopération avec les partenaires au développement (FMI et BM) en matière de relance de l’économie et de la lutte contre la pauvreté.

Le cadre macroéconomique a été relativement stabilisé : taux de croissance économique moyen de 5,37% au cours de trois dernières années ; le taux de change nominal à l’incertain a connu une appréciation de 1,23% au terme du premier semestre 2010. En outre, le taux d’inflation cumulé au terme de ce semestre est de 6,53 % contre 13,50% pour la période correspondante de 2009 et 27,47% en décembre 2009. Ceci indique le maintien d’une performance macroéconomique satisfaisante au cours de cette période intérimaire au point d’achèvement. Cette stabilité du cadre macroéconomique s’est réalisée en grande partie, par le biais de la maîtrise des déficits budgétaire.

De la gestion des dépenses pro-pauvres et des finances publiques

En outre, L’utilisation de l’épargne budgétaire au titre des dépenses pro-pauvres a suivi globalement le cadre fixé dans le DSCRP. Elle s’est focalisée dans le secteur de l’éducation, des infrastructures, du développement rural et de la santé au cours des exercices 2008-2010. Cet effort du gouvernement de la RDC est une bonne réaction aux recommandations de l’audit externe organisé en 2007 sur la gestion des ressources PPTE qui concluait que « la quasi-totalité des dépenses sur les ressources PPTE pour les exercices 2003-2004 et 2005 ont été irrégulièrement gérées et ce en dehors du respect de la définition de dépenses pro pauvres et des règles de passation des marchés publics d’application légale en RDC ». Sur un total de dépenses engagées de 81,5 milliards de francs congolais (FC) au cours des exercices 2003-2004 et 2004-2005 au titre des dépenses PPTE, seulement 45,1 milliards de FC étaient jugé éligibles, soit 55,34% du montant total.

En ce qui concerne la gestion des dépenses publiques (quatrième déclencheur), la performance de la RDC est discutable. Elle a fournit des efforts louables dans la gestion des déficits publics et un effort en termes de mesures adoptées a été noté sur les 3 axes de déclencheur : la tenue de la comptabilité publique en partie double, la publication trimestrielle des rapports d’exécution budgétaire et la mise en place et le suivi de la chaîne des dépenses (système budgétaire moderne). Cependant une bonne part des dépenses urgentes payées ne passent pas par la Chaîne.

De la gouvernance et de la gestion de la dette publique

Le 5ème et 6ème déclencheur ont trait respectivement à la qualité de la gouvernance, à l’offre des services dans les secteurs prioritaires et à la mise en place des stratégies de développement sectoriel. En ce qui concerne la gouvernance, quelques réformes menées sur ce point sont à signaler. Une grande partie de celles-ci fût dans le secteur d’infrastructures et celui des marchés publics (notamment, la publication du code des marchés publics). Néanmoins, le climat des affaires est encore déplorable : l’indicateur Doing business classe la RDC à la 182ème position sur 183 pays en 2010. En outre, la RDC s’est améliorée du côté corruption, avançant à la 162ème position en 2009 (contre 171ème en 2008) dans l’indice de perception de la corruption de Transparency International.

La stratégie de revitalisation du système de santé (SRSS) a été exécutée. Le projet de la stratégie nationale sur le secteur de l’éducation a été adopté depuis fin Août 2008. La stratégie pour le secteur de développement rural a été adoptée fin 2006. Néanmoins quelques mesures devaient être parachevées pour soutenir la dynamique communautaire.

Le 7ème déclencheur concernait la gestion de la dette publique. Celle-ci a été améliorée notamment par la mise en place d’un système informatique permettant non seulement la gestion mais aussi le suivi régulier de la dette publique dans toutes ses composantes. En 2001, le ratio encours total de la dette sur PIB représentait 247% (IMF, DRC, 2003). Ce ratio a été amélioré en 2004, 2008 et 2009 respectivement au niveau de 201%, 160,4% et 158 %.

Globalement, depuis l’atteinte du « point de décision » en juillet 2003 (étape ayant permis d’être éligible à l‘IPPTE), La RDC a lutté pour atteindre le point d’achèvement de l’initiative PPTE. Cette marche a été plus longue que prévue (sept années au lieu d’une), émaillée de chutes et rechutes, comme le non aboutissement aux résultats escomptés de son Programme économique du Gouvernement (PEG I) et le programme relais de Consolidation (PRC) et certains repères n’ont pas été complètement atteints. Mais de réels efforts ont été fournis et l’atteinte de cet objectif n’a pas été un « cadeau » reçu des institutions de Bretton Woods.

Gabriel Mbuyi Kalonji est Assistant à l’université de Kinshasa, Superviseur des études et formations au Mra_consulting (RDC).

Commentaires

Merci pour cet article,

Merci pour cet article, cependant il me semble que vous avez omis de faire mention de l'élément déclencheur du point d'achévement en juin. Car selon un journal de la place que j'ai lu, cet élement 'est le dépassement du budget à juin qui a permis l'atteinte du point d'achévement initialement prévu en decembre(soit une année d'exécution).

en fait je voudrais savoir

en fait je voudrais savoir que peut il se passer si un pays ayant atteint le point d'achèvement et ayant suivi le programme soutenu avec les inst de bretton woods , parvenait à mettre en place des politiques contraires à celle dictées par les institutions de bretton woods alors qu'il est déjà parvenu à un allègement à titre d'initiative ppte?
la partie de stock de la dette qui lui reste pourrait subir quel type de conséquences ?
la dette reviendra-t' elle a son niveau initial ou il n'y aura aucune modification.
bref je voudrais savoir si le l'effacement de la dette est une situation irrévocable.
Merci bien.

Felicitation Mr Kalonji, ton

Felicitation Mr Kalonji, ton papier a l'insigne de l'objectivité et de la coherence des propos. Néanmoins, je voudrais savoir la différence entre Initiative PPTE et PPTE renforcé ?

Bien merçi pour vos

Bien merçi pour vos félicitations.
La différence entre l'initiative PPTE et l'IPPTE renforcée tient au faite que l'IPPTE fixait l'allegement de la dette restructurée jusqu'à 80% du montant total (G7 de lyon). Cette initiative a été renforcée en augmentant la part de la dette à alleger jusqu'à 90% pour la rendre soutenable (G7 de juin 1999). Au faite,cette décision de renforcement de l'initiative a été provoquée par une pétition ("le jubilé de l'an 2000") signée par les pays éligibles à l'IPPTE qui s'étaient coalisés pour denoncer le faite "selon eux" que la part d'allegement prévu par l'IPPTE soit faible en réalité.

Gabriel Mbuyi Kalonji

En fait par rapport au 7

En fait par rapport au 7 déclencheurs pour l'atteinte du point d'achevement, devraient-ils seulement servir à déclencher un processus et laiser cela de cette sorte là?
En effet cette réduction de la dette devait en quelques sortes générer des nouveaux éspaces deans le budget de l'etat et ces epaces devaient servir pour l'amélioration de la vie commune des congolais c'est en fait ce que nous attendons voir dans le budget prochain qui nous croyons doit deja ou dans un certain delai faire l'objet des debats au parlement .
en fait nous pensons que de tous les 4 objectifs d'une politique économique découle l'objectif fondamental "promouvoir le bien etre de la population"
nous ne devons pas cependant sembler etre en train d'applaudir le gouvernement muzito pour ce fait!
il faut plutot voir si ceci n'est pas une sorte de seduction dans un cadre un peu politique.
nous disons cecie parceque nous avons le souci de voir aprés cette atteinte un changement dans le vécu quotidien des congolais qui en ont jusque là payé chèr!
par raport à la question fondamentale de cet article, voici la question qui nait en nous:
les institutions de bretton woods qui ont accépté de réduire la dette congolaise n'ont elles pas une contre partie dans cette affaire!
en effet nous vivons dans un monde ou les plus grands sont pour la plupart des capitalistes;tout le monde vise ses propres intérets !
comment expliquer alors que ces institutions puissent accepter de réduire une partie importante de cette dette!
certes d'une part ceci n'est pas un cadeau à cause des efforts fournis par la RDC mais à l'autre rive, pour que nous ne considerions pas ça comme un cadeau, il faut que les parts soient bien réparties si les institutions de bretton woods(soit les pays membres les plus actifs) ne gagnent rien dans tout ça, c'est donc un cadeau!
de toute les façons lorsqu'on octroie un pret on doit à tout pris attele remboursement !
ceçi n'est pas de la philanthropie!!!!!!!!

Il est intéressant que la

Il est intéressant que la stabilité du cadre macroéconomique soit maintenue pendant une longue période. Cela pourrait permettre probablement l’amélioration du niveau de bien être de la population. Comme souligné dans mon article, cela requiert des efforts des autorités de la RDC.
En outre, l’analyse contenue dans cet article retrace la marche pénible de la RDC vers le point d’achèvement de l’initiative PPTE. Cette marche a commencée dépuis 2003 (avec l’accès du pays au point de décision de l’IPPTE) ; ce qui n’a rien à voire avec le premier ministre actuel.
Du reste, rassurez-vous que les membres les plus actifs des IBW (G7) y gagnent. En effet, l’atteinte du point d’achèvement permet que les ressources PPTE soient utilisées pour financer les dépenses pro pauvres. Ce qui facilite l’atteinte du premier objectif des OMD. Celui -ci fixe à l’horizon 2015 la réduction en la moitié de la proportion des personnes vivant dans l’extrême pauvreté.
Bien merci pour ta réaction.

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