Une revue de livre de Guillaume Vuillemey - Le 24 septembre 2009. Peu de sujets sont aussi tabous que celui de l’aide au développement. Mettre en cause le bien-fondé des milliards d’euros déversés chaque année en Afrique est sacrilège pour la grande majorité des dirigeants politiques occidentaux. Pourtant, une économiste zambienne – Dambisa Moyo – vient de publier un ouvrage à charge, désormais disponible en français aux éditions JC Lattès, dénonçant non seulement l’inefficacité de l’aide mais aussi ses conséquences néfastes. Elle appelle de ses vœux un modèle de développement fondé sur le commerce et le marché.
Au cours des cinquante dernières années, le montant total de l’aide au développement transférée des pays riches vers l’Afrique s’élève à plus d’un trillion de dollars (mille milliards). Ceci inclut des dons directs ainsi que des prêts à taux réduits. A l’heure actuelle, l’aide représente environ 15% du PIB de l’Afrique. Ceci a-t-il permis de faire reculer la pauvreté ? Non, répond l’auteur.
Au contraire, l’aide au développement encourage la corruption et permet à des régimes de se maintenir artificiellement. En raison des montants importants qu’elle engage, elle attise des convoitises et peut aviver des tensions ethniques, pouvant parfois conduire à la guerre civile. Sur le plan économique, l’aide nuit à la compétitivité des secteurs productifs, réduisant leur capacité à exporter. Elle contribue aussi au maintien de secteurs publics pléthoriques qu’il conviendrait de réformer en profondeur.
Ce n’est donc pas un hasard si, selon l’auteur, entre 1970 et 1998, c’est-à -dire durant la période au cours de laquelle l’aide au développement était au plus haut, la pauvreté a augmenté de 11% à 66%. Au fond, l’aide souffre d’un défaut essentiel : elle détruit les incitations à évoluer, à se réformer et à se développer. Pour autant, leur suppression n’aggraverait-elle pas la situation ? Au contraire, il s’agit d’une condition essentielle pour que l’Afrique trouve le chemin d’une croissance durable.
A la base de cette idée se trouve un constat simple : tous les pays qui ont connu un développement important, que ce soit en Europe, en Amérique ou en Asie, doivent leurs performances non pas à l’aide extérieure mais à leur capacité à créer des richesses. « Il y a trente ans, rappelle Dambisa Moyo, le Malawi, le Burundi et le Burkina Faso disposaient d’un revenu par habitant supérieur à celui de la Chine ». Depuis des années, la Chine connaît une croissance soutenue, parce qu’elle a réussi à gagner en compétitivité et à attirer à elle des investissements étrangers. Ce n’est pas encore le cas de nombreux pays africains.
La moitié de l’ouvrage offre des solutions possibles pour l’Afrique. Première piste de l’auteur: s’ouvrir au commerce extérieur et aux investissements directs étrangers. A l’heure actuelle, l’Afrique ne représente que 1% des échanges mondiaux alors qu’elle est proche d’un marché de taille, le marché européen. Une réelle insertion dans le commerce international suppose un contexte politique et juridique stable, ainsi que des droits de propriété garantis.
Autre piste : supprimer les subventions massives que les gouvernements américains et européens accordent à leurs agriculteurs. . Les paysans africains pourraient ainsi accéder aux marchés mondiaux et vivre de leur production ce qui serait beaucoup plus efficace que de leur octroyer des aides au développement.
Enfin, plutôt que de se financer par des prêts à taux réduits, l’économiste suggère que les Etats africains se financent par émissions d’obligations sur les marchés de capitaux. Ceci les pousserait à respecter une discipline plus stricte : ils devraient convaincre les investisseurs de leur solidité financière.
Derrière l’ensemble des propositions avancées par Dambisa Moyo transparait une priorité unique : le respect des droits de propriété. Selon elle, cette recette fonctionne, ainsi que l’illustre le cas du Botswana, qui fait figure d’exception en Afrique. Entre 1968 et 2001, la croissance moyenne y a été de 6,8% en raison des politiques favorisant la liberté économique : ouverture des marchés à la concurrence internationale, politique monétaire non inflationniste, pression fiscale modérée. Il n’y a donc pas de fatalité concernant l’Afrique. Avec précision et clarté, Dambisa Moyo montre la voie à suivre pour permettre un réel développement.
Dambisa Moyo, L'aide fatale : Les ravages d'une aide inutile et de nouvelles solutions pour l'Afrique, éditions JC Lattès 2009.
Guillaume Vuillemey est analyste à l'Institut économique Molinari. Cette article reprend la revue de l'ouvrage en anglais, du 3 juillet 2009.
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Ce livre a le grand mérite
Ce livre a le grand mérite d'offrir un point de vue inhabituel dans le débat sur le développement de l'Afrique. Certains des arguments mériteraient probablement d'être davantage étoffés ; il n'en demeure pas moins que cet ouvrage apporte un éclairage nécessaire. Il est illusoire de croire l'aide au développement efficace.
Sur la question de la remise en cause des donations, Dambisa Moyo a raison d'affirmer que cela a très peu été le cas par le passé et que l'aide a permis à des régimes peu fréquentables de se maintenir. En ce sens, l'aide s'est souvent retournée contre les populations qu'elle était censée aider. S'il y a eu une petite inflexion récemment, il s'agit davantage de déclarations d'intentions que de véritables décisions politiques. Il faut donc être prudent à ce sujet.
Ce livre, contrairement Ã
Ce livre, contrairement à ce que l'auteur répète, ne montre rien. Il est rempli de répétitions, contradictions et comparaisons qui n'ont aucun sens. Aucune objectivité. L'auteur affirme ainsi que les donateurs ne remettent jamais en question leur politique d'aide au développement mais elle a la malhonnêteté de ne pas même mentionner une seule fois La Déclaration de Paris (2008) ou le Sommet d'Accra (2008) qui, comme toute personne qui s'intéresse un minimum à l'actualité de la coopération au développement le sait, reflètent la remise en cause que se sont imposé les donateurs en vue d'accroître l'efficacité de l'aide, notamment via l'appui budgétaire, également absent de cet ouvrage, et qui vise justement à une plus grande appropriation de l'aide par les gouvernements locaux, en la basant sur les politiques de développement de lutte contre la pauvreté locales.