Aux origines de la crise grecque

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Takis Michas– Le 23 février 2010. Pour comprendre la crise grecque il faut savoir que sous l’ancien gouvernement conservateur mené par Nouvelle Démocratie (2004-2009), le secteur public a été massivement étendu. Le nombre de fonctionnaires a augmenté de 75 000, soit une augmentation de 10% approximativement, dans un secteur public déjà important et inefficace. Ce dernier compte pas loin de un million de fonctionnaires : près d’un actif sur quatre. Les salaires et les retraites s’y sont aussi envolés, de 30% sur la période.

La Grèce étant un membre de la zone euro, elle pouvait emprunter à bon marché pour financer ces coûts tant qu’il y avait de la croissance. Mais quand la Grèce a sombré dans la récession l’année dernière, cette pratique est devenue insoutenable. La crise s’est amplifiée lorsqu’il a été révélé que le gouvernement précédent avait menti sur les chiffres du déficit budgétaire. Ainsi, il avait soutenu en 2009 que le déficit était de 3,7% alors qu’on a appris plus tard qu’il était en réalité de 12%.

A un niveau plus profond, les « racines structurelles » de la crise se trouvent du côté de la nature clientéliste de la politique en Grèce. Les politiciens grecs utilisent depuis des années l’État comme un moyen de distribuer des faveurs à leurs électeurs. Offrir un poste très courtisé dans le service public (qui signifie un emploi et un revenu à vie, et un travail généralement tranquille) était une pratique répandue dont les conséquences sont payées aujourd’hui par le pays sous la forme d’un secteur public énorme, gaspilleur, inefficace et corrompu.

En Grèce comme ailleurs, si la direction d’une entreprise fournit des chiffres trafiqués sur la situation financière de l’entreprise dans le but de faire monter le cours de l’action de l’entreprise, elle risque des poursuites judiciaires. Mais en Grèce, contrairement à la majeure partie du reste du monde, si ceux qui sont responsables du maquillage sont des membres du gouvernement et si les victimes sont des xenoi (les étrangers en grec), les premiers ne craignent rien.

Bien qu’il paraisse certain désormais que l’ancien gouvernement de Nouvelle Démocratie a truqué les statistiques dans le but d’améliorer l’image économique de la Grèce auprès des investisseurs, aucune poursuite n’a été engagée à l’encontre de l’ancien Premier Ministre Costas Karamalis ou de son entourage. Pourtant la distorsion délibérée des chiffres du déficit budgétaire grec constitue une tromperie à l’égard des acheteurs de la dette grecque. Et bien que l’actuel premier ministre George Papandreou ait été assez courageux – relativement aux standards grecs – de révéler l’ampleur des manipulations financières, il s’est néanmoins abstenu de diligenter une enquête sur cette fraude.

L’absence de volonté ou l’incapacité du système juridique et politque grec pour trouver et punir les responsables de cet acte de désinformation a créé un vide moral dans lequel toutes sortes de théories de la conspiration fleurissent. Elles ont en commun d’accuser les victimes – les détenteurs de la dette grecque – pour la situation difficile actuelle du pays. Tous les jours les médias grecs relatent des histoires sur les méprisables « spéculateurs », les « profiteurs », les « banquiers », les « financiers » et autres « requins » à condamner.

Selon la théorie de la conspiration la plus en vogue, la Grèce est en ce moment engagée dans un combat pour sauver l’honneur de la zone euro… Les « attaques » des « spéculateurs étrangers » contre la Grèce constituent en effet un assaut contre l’euro par les « forces obscures » (lire : les américains) qui ne souhaitent pas que l’Europe prospère et assume sa place légitime sur la scène internationale. C’est un discours qui convient parfaitement à la majorité de la population. Depuis 30 ans, tous les partis grecs l’ont abreuvée de rhétorique « anti-impérialiste », selon laquelle la cause des malheurs de la Grèce est toujours à chercher du côté des xenois et des machinations des « profiteurs néolibéraux ».

Il n’est donc pas surprenant que ces théories de la conspiration soient si populaires. D’ailleurs lorsqu’on entend un Grec dire « nous n’avons qu’à nous en prendre qu’à nous-mêmes » pour la crise, ce que cela signifie en réalité est que les grecs se sont fourvoyés en révélant aux « étrangers » l’ampleur véritable du déficit budgétaire. Si seulement le gouvernement actuel n’avait pas révélé le maquillage au monde entier, la Grèce pourrait continuer à pomper les « stupides Francs » pour de nombreuses années encore. En d’autres termes, le problème n’est pas la taille du déficit lui-même, mais le fait que le gouvernement actuel ait choisi de le révéler au monde.

Ainsi, on le voit, le problème grec n’est pas simplement économique, il est aussi moral.

Pour le professeur George Bitros de l’Univeristé d’Athènes, « la falsification des données statistiques est une longue tradition en Grèce, et ne vient pas simplement de l’intervention du gouvernement ». Il continue : « c’est un échec sérieux et systémique qui a ses racines dans la faillite du système politique comme dans la structure et le manque de transparence du secteur public. Cela signifie que le cancer s’est répandu très loin dans la structure du système et transformerait un saint en Raspoutine ».

Ne pas punir ceux qui portent la responsabilité politique de cette tromperie massive ne fera rien pour restaurer la crédibilité de la Grèce auprès des investisseurs internationaux. Initier des poursuites à l’encontre des responsables ne calmera sans doute pas les marchés mais montrera au monde que la fraude n’est plus tolérée en Grèce – même quand les victimes sont des xenois.

Takis Michas est journaliste à l’Eleftherotypia, un quotidien grec.

Commentaires

L'article est tres sévère

L'article est tres sévère et surtout inutile. Nous sommes dans un monde de magouilles généralisées tout le monde le sait, cela n'est pas le problème. La moralité est tres discutable, l'Italie c'est une catastrophe... par exemple. Une chose est détournée sur les grecques. Le premier ministre Papandreou a été élu grace à son programme de préservation du pouvoir d'achat. Les grecques ne sont pas immorals mais se sont des gens qui en veulent toujours plus. Meme lorsque qu'il y a une embellie social, que la population arrive a vivre, l'état les aident encore alors qu'au moment X les greques en avaient plus besoin. C'est comme la PAC et les agriculteurs francais...

j'ai reçu ce mail

j'ai reçu ce mail aujourd'hui, relatant un article du daily mail. Je soupçonne beaucoup de mensonges dans ce mail (et de vérités aussi, mais c'est la moindre des choses). Quelqu'un peut-il m'eclairer? Voici les points développés dans l'article :
Dans un article très sévère pour la Grèce, le Daily Mail a énuméré quelques uns de ces gaspillages ou abus fiscaux contre lesquels le gouvernement de Papandreou tente de lutter :

>
1. Le métro d’Athènes est climatisé et offre des écrans plasma pour distraire les voyageurs. Et il est gratuit pour les cinq millions d’habitants de la capitale. Plus exactement, il ne l’est pas, mais comme il n’y a pas de barrière pour empêcher les usagers sans ticket de passer, rares sont les passagers qui se soucient d’acheter leur billet. C’est le contribuable européen qui a payé le métro athénien qui a coûté près de 1,7 milliard d’euros.
> 2. Le salaire moyen des employés de la compagnie nationale ferroviaire grecque est de 70.000 euros, ce qui englobe les ouvriers et les agents de nettoyage des trains, et qui représente le triple des employés du secteur privé grec.
> 3. Par ailleurs, le chiffre d’affaires annuel de cette compagnie est d’environ 90 millions d’euros, pour une masse salariale de près de 575 millions d’euros annuels, ce qui a même fait ironiser un politicien grec qui a remarqué qu’il eut mieux valu payer des taxis privés pour les déplacements des passagers.
> 4. En une décennie, la masse salariale du secteur public a doublé.
> 5. Plus de 600 professions bénéficient d’une retraite à 50 ans, avec une pension correspondant à 95% du salaire de la dernière année, en raison de leur caractère « ardu et périlleux ». Ces professions englobent les pâtissiers, les animateurs de radio, les coiffeurs et les masseurs des bains turcs.
> 6. Les déclarations d’impôts sont rédigées par les contribuables eux-mêmes, et sont rarement vérifiées. Ainsi, seuls 5000 personnes sur un pays de 12 millions d’habitants admettent gagner plus de 100.000 euros annuels. Or, plus de 60.000 foyers grecs détiennent pour plus de 1 million d’euros d’investissements, sans parler des montants investis à l’étranger. Beaucoup de contribuables grecs affirment ne gagner que 12.000 euros annuels, même lorsqu’ils possèdent des bateaux, des résidences secondaires sur des îles grecques et des propriétés à l’étranger.
> 7. Lorsque le percepteur s’en agace, ils lui remettent une « fakelaki », une enveloppe contenant des espèces. Il existe même une sorte de tarif informel qui vont jusqu’à 10.000 euros pour les foyers les plus riches (il se dit que la famille grecque moyenne paye 2.000 euros par an).
> 8. Les grands armateurs grecs, les plus riches de la banlieue riche de Kifissia, sont exonérés d’impôts, en raison des bénéfices qu’ils sont supposés apporter au pays. Mais les chantiers navals sont maintenant vides, seules 500 personnes restent pour entretenir les navires des compagnies maritimes déclinantes.
> 9. Seulement 300 résidents de la Kifissia (une banlieue riche d’Athènes) ont admis détenir une piscine. Le vrai chiffre est estimé à 20.000.
> 10. Au total, ces évasions fiscales coûteraient au pays la somme de 45 milliards d’euros à l’année.

> « Après avoir livré bataille avec la police anti-émeute, qui a fait usage de gaz lacrymogènes pour les disperser, des milliers de manifestants campent toujours sur la place en attendant le vote des politiciens grecs de la semaine prochaine qui doit statuer sur les mesures d’austérité imposées par l’Europe. Pourtant, ces manifestants devraient retourner leur colère contre leur pays, contre ces Grecs qui se sont damnés pendant des années pour dénier à leur Etat les sommes qu’ils lui devaient. », conclut amèrement le Daily Mail.

"Papandreou ait été assez

"Papandreou ait été assez courageux"
Ou CALCULATEUR ; comme disait Gabin à B.Blier dans "Les grandes familles" : sans vouloir vous vexer, je crois que c'est de l'intelligence (par opposition à la franchise).

La Fed lance une enquête

La grèce avait maquillé

La grèce avait maquillé son déficit grâce au concours de Goldman Sach. Sans faire l'avocat du diable, je ne pense pas que seule la Grèce a manipulé ses statistiques financières, d'autres pays européens l'ont certainement fait. Il ne s'agit pas de cautionner de tels agissements, mais pourquoi la Grèce?

Goldman Sachs est

Goldman Sachs est effectivement à blâmer ici, et ce n'est pas la première fois : l'organisation du sauvetage scandaleux de l'industrie bancaire par ses pions à Washington nous avait choqué. Rolling stone avait fait un article l'été dernier, peut-être un peu excessif, mais assez instructif. Aujourd'hui GS semble commencer à reconnaître : http://www.lesechos.fr/info/finance/020381969007-goldman-sachs-reconnait...

Le "pourquoi la Grèce"...  parce que sa performance économique est la plus faible. Dernière de l'Europe en matière de climat des affaires ; corruption, inefficacité, un gros secteur public qui visiblement n'aide pas le pays à avancer mais plutôt à s'enfoncer.

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