Bouclier fiscal : la parole aux contribuables ?
Emmanuel Martin – Le 15 avril 2010. Le bouclier fiscal a été une des mesures phares du début du quinquennat Sarkozy (même s’il avait en réalité initié par Michel Rocard il y a une vingtaine d’années). Ce bouclier « protège » les contribuables de sorte à ce qu’ils ne payent pas plus de 50% de leur revenu en impôts directs (impôt sur le revenu, taxe foncière, taxe d'habitation). Bien sûr, si on réintègre les impôts indirects, tels que la TVA, desquels le bouclier ne « protège » pas, les taux de taxation sont bien plus élevés. Mais même si l'on peut penser qu’il faudrait aller bien plus loin dans la réforme de l’État et donc de sa fiscalité, le bouclier est au moins sans doute déjà un pas dans la bonne direction.
Sus au bouclier
Cependant, avec l’augmentation des déficits et le poids croissant de la dette et de son coût financier, beaucoup d’hommes politiques lorgnent vers les revenus les plus élevés et réclament la suppression ou « l’assouplissement » du bouclier fiscal. Plutôt que d’engager un audit complet de l’État et supprimer ou diminuer les dépenses inutiles, redondantes, voire scandaleuses, c’est à dire la seule voie responsable, les hommes politiques préfèrent, comme à l’accoutumée, la voie de la facilité : augmenter les impôts. En maquillant au passage cette irresponsabilité en parlant de nécessité de justice sociale.
En effet, ce type de discours fonctionne très bien, dans un pays où la moitié des ménages ne payent pas l’impôt sur le revenu … au nom de la justice sociale. Faire payer les riches, politiquement c’est vendeur (d’ailleurs le bouclier fiscal n’avait été mis en place que parce qu’il aurait été très difficile politiquement de supprimer l’impôt sur les grandes fortunes, par exemple supprimé par les socialistes en Espagne…). Économiquement, c’est plus problématique : cela fait fuir ceux qui s’enrichissent qui contribuent alors moins aux finances publiques. Mais, de manière plus fondamentale, cela encourage les gens à ne pas s’enrichir. On insuffle donc l’idée que l’enrichissement doit être pénalisé : quel signal pour l’entrepreneuriat !
Le bouclier fiscal n’est donc qu’une mesure de substitution à une réforme sérieuse de la fiscalité (vers la simplification et l'isonomie), qui elle-même repose sur une réforme en profondeur des dépenses publiques. Il a cependant au moins le mérite d’exister. Pour autant, le débat fait rage pour le supprimer. Mais des contribuables crient « assez ! ».
Les contribuables entendent reprendre le pouvoir
L’association Contribuables Associés passe régulièrement au crible les dépenses publiques inutiles et la fiscalité française – d’une complexité étouffante. Cette association, par le biais de son site, de son magazine, et de ses actions auprès des parlementaires, permet de faire prendre conscience au public et aux politiques que l’état de droit c’est aussi un respect du contribuable. Son action est donc essentielle pour le fonctionnement de la démocratie française.
Pour mieux faire passer le message, l’association organise désormais des petits-déjeuners près de l’Assemblée avec des parlementaires. Le 14 avril, invités par Alain Dumait directeur du mensuel de l’association (Le Cri du Contribuable), les parlementaires de la majorité Philippe Dominati (sénateur UMP de Paris) et Philippe Vigier (député Nouveau-Centre d'Eure-et-Loire) se sont exprimés sur le bouclier fiscal. Si Philippe Dominati, lui même entrepreneur, s’est opposé à sa suppression, Philippe Vigier réclame un aménagement : sortir la CRDS et la CSG de son calcul. Ce qui ramènerait le bouclier à 60%... La droite est donc divisée. Et une bonne moitié n’a visiblement pas compris le message qui lui a été donné lors des régionales en mars : « des vraies réformes de fond ». Le président de Contribuables Associés, Alain Mathieu n’a donc pas manqué de rappeler devant ces parlementaires quelques vérités de base (M. Vigier a expliqué qu’il était souvent difficile de retirer un « fromage » dans l’administration…).
Incertitude juridique
Au delà du signal en termes de désincitation à l’enrichissement, il faut rappeler qu’une suppression du bouclier accroîtrait un peu plus l’incertitude juridique et institutionnelle, extrêmement nocive pour l’investissement et l’entrepreneuriat, et donc pour la croissance, l’emploi, et le recul de la pauvreté. A changer en effet les règles du jeu en permanence (en particulier dans le « mauvais sens »), les joueurs refusent de « jouer » après un certain temps. Les hommes politiques ont du mal à le comprendre : ils oublient les incitations que génèrent leurs législations coûteuses et leurs changements incessants, et prennent la base fiscale comme un donné. Il est temps qu’ils prennent leurs responsabilités dans un pays champion de la dépense publique (54% du PIB), idéalement en remettant sérieusement en cause le fonctionnement dispendieux de l’État pour que ce dernier soit enfin réellement au service des citoyens.
C’est le message que la société civile, par le biais ici de Contribuables Associés, entend faire passer. Il serait heureux qu’au pays de la révolution de 1789 davantage d'initiatives citoyennes similaires se mettent en place, à côté de Contribuables Associés ou encore de l'Institut de Recherches Économiques et Fiscales ou l'Institut Français Pour la Recherche sur les Administrations et les Politiques Publiques.
Emmanuel Martin est analyste sur www.unMondeLibre.org.












Commentaires
Merci de votre
Merci de votre commentaire,
Effectivement le monde dans lequel vous raisonnez est fini : les riches sont riches et le resteront, les pauvres sont pauvres et le resteront. L'enrichissement n'est que pour les riches.
Donc évidemment dans un monde fermé et statique comme celui-là il ne peut y avoir que conflit, lutte de classe, et la solidarité doit être organisée brutalement pour redistribuer les richesses définitivement réparties de manière inégalitaire. Fin de l'histoire. Les pauvres y sont une espèce "abrutie" incapable de se sortir de la pauvreté, condamnée à son sort et qu'il faut donc assister "par le haut" grâce à l'intelligence infinie des experts sociaux planificateurs et autres énarques.
C'est votre point de vue, pas le mien : http://www.unmondelibre.org/node/433.
J'ai un tout petit peu plus confiance en l'homme ordinaire et beaucoup moins dans l'expert planificateur.
Si je prêche pour la diminution des dépenses publiques, ce n'est pas pour moins de services essentiels (mais même plutôt davantage : voir les niveaux d'investissement public absolument ridicules), mais moins de dépenses inutiles, de "niches" bureaucratiques, d'achat de votes, de "mille-feuille" incontrôlable.
Cordialement,
EM
Bonjour, Emmanuel, vivez
Bonjour,
Emmanuel, vivez vous dans un monde infini? La Terre est un espace fini (En nourriture, en eau, en oxygène...?). C'est la base de votre erreur de raisonnement, d'où vous faites découler un processus d'accumulation et d'enrichissement qui ne cause pas de dommage à autrui, un processus de compétition qui ne produit pas de dégât.... C'est pour cela que vous ne pouvez pas expliquer le fonctionnement de l'enrichissement ou d'accumulation (voir nos autres discussions) sans dévoiler qu'il est d'une part inégalitaire mais surtout qu'il va à l'encontre des thèses libérales. Car, pour que ce système d'accumulation perdure il est nécessaire que des actions qui accentuent les inégalités soient mises en oeuvre toujours plus (type bouclier fiscal). Comment voulez vous que les plus démunis se sortent de la pauvreté si vous encouragez des actions qui les y maintien et les y enfonçent ?
Je suis également un homme ordinaire et je suis comme vous contre la corruption.
(Vous devriez publier mon premier commentaire, d'autres peuvent se joindre à la réflexion).
Cordialement,
Rheteur9
Merci de contribuer au
Merci de contribuer au débat,
Je parle du monde "social" ici. (Mais quoi que le monde physique soit fini, socialement ce sont les hommes qui décident de ce qu'est ou pas une ressource en fonction de leurs besoins. Et je fais confiance à l'homme, l'ultime ressource comme disait Bauer, pour s'adapter, trouver des solutions etc).
Je pense expliquer le mécanisme d'enrichissement et d'accumulation, qui est évidemment inégalitaire. L'inégalité dans un monde ouvert est un moteur du progrès - pour tous "paradoxalement". C'est sa dynamique même. Je n'ai jamais dit le contraire. Je dois sans doute faire un article pour clarifier ma pensée sur les
bienfaits de l'inégalité dans un monde ouvert justement, puisque j'ai bien conscience que la proposition peut paraître choquante au premier abord.
Votre premier commentaire avait été publié ( en fait je réalise que l'ordre de publication varie en fonction de comment on répond aux posts précédents).
Bon weekend,
EM
Bonjour Emmanuel, Et mes
Bonjour Emmanuel,
Et mes remarques sur le bouclier fiscal?...... Plouf…
Le monde social repose sur le monde physique. Il est évident que ce sont les Hommes qui vont pouvoir décider de leur avenir en commun. Position humaniste étonnante de votre part, vous qui faites confiance aux marchés et à la main invisible !!
Si "ce sont les Hommes qui décident de ce qu'est ou pas une ressource en fonction de leurs besoins.", il est alors normal qu’ils en fixent le prix ensemble, non ?
Concernant votre prochain article, où nous vous retrouverons défendant une position « choquante » sur l'inégalité et ses bienfaits J, n’oubliez pas d’utilisez une inversion de sens.
Momtrez que l'inégalité conduit à l'enrichissement de certains dans un premier temps, mais que dans un deuxième temps les riches donnent aux pauvres qui finissent donc par s'enrichirent.... Concluez en énonçant le paradoxe ainsi résolu: l'inégalité nous rapproche de l'égalité ! ou mieux encore : l’inégalité enrichie les pauvres !
Je suis, comme d'habitude, dans l'attente de votre article.
Cordialement,
Rhéteur9
Bonjour M. Martin, Le
Bonjour M. Martin,
Le bouclier protége et dédouane les plus aisés de plus en plus de participer aux prélèvements fiscaux. De ce fait, les rentrées fiscales sont réduites, cela creuse le déficit et la dette de l’État. Bien évidemment, je suis d’accord avec vous on peut toujours améliorer le fonctionnement et faire des économies. Mais quand les dépenses augmentent, c’est aussi parce que la qualité augmente, il est donc nécessaire d’augmenter les impôts. Oû est le problème si cela permet de fournir aux citoyens des services de qualité peu chers ?
Votre raisonnement est intéressant, car on est en pleine pétition de principe !! Vous dites que retirer ou assouplir le bouclier c’est plus problématique, car cela fait fuir ceux qui s’enrichissent, qui contribuent alors moins aux finances publiques…. :)) mais, il fuient justement parcequ’ils ne veulent pas contribuer aux finances publiques !!
Quel signal pour la solidarité, car nous parlons de personnes aisées, fortunées qui gagnent des millions… et qui auront très très largement de quoi continuer à vivre très très correctement si le bouclier fiscal est supprimé.
La suppression du bouclier serait-elle un signal de désincitation à l’enrichissement ? C’est faux ! Avant le bouclier, il y avait bien enrichissement. Le retrait du bouclier n’empêche pas l’enrichissement, c’est la vitesse d’enrichissement qui est différente.
D'autre part, vous prétendez que l’enrichissement permet l’investissement qui permet l’emploi, qui permet le recul de la pauvreté… ! L’enrichissement des uns ne permet l’enrichissement des autres. Car, encore une fois, comme nous vivons dans un monde fini, l’enrichissement, l’accumulation des uns catalysée par la compétition se fait au détriment des autres. La répartition dans un monde fini est la solution pour réduire la pauvreté.
Dans le cas du bouclier, l’enrichissement se fait sur le dos des plus pauvres qui verront la qualité des services diminuée et les impôts augmenter. La deuxième conséquence, c’est que les impôts vont servir à rembourser la dette accentuée par la baisse des recettes : pas bête la dette ! Les créanciers sont par exemple : ceux qui ont bénéficié du bouclier….
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