General Motors : l'horreur économique ?

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Emmanuel Martin – Le 20 juillet 2010. A Strasbourg, les salariés de l’usine General Motors ont voté à 70 % pour le maintien de l’activité sur le site en contrepartie d’efforts sur les salaires et les heures, pour réduire de 10% la masse salariale. C’était le compromis proposé par la nouvelle direction de l’entreprise américaine, à 60 % publique. Des efforts avaient été demandés, sous peine de devoir fermer le site en délocalisant au Mexique où les coûts du travail sont inférieurs. Certains y voient un chantage et dénoncent le nivellement des salaires vers le bas. Qu’en conclure ?

D’abord, si l’on soutient que les délocalisations sont une si mauvaise chose, il faut alors convenir que General Motors n’aurait jamais dû délocaliser sa production… en France ! Mais personne à Strasbourg ne semble s’en être plaint à l’époque. Ensuite General Motors a risqué la faillite il y a peu et est désormais détenue à 60% par le contribuable américain. Au vu des efforts consentis aux USA, il n’est sans doute pas si injuste que les salariés français contribuent aussi à l’effort d’entreprise.

Salaire : nivellement par le bas ?

D’une part la stratégie pour les entreprises multinationales consistant à réduire les coûts salariaux est loin d’être une stratégie unique et systématique. Comme le rappelle Suzanne Berger dans « Made in monde », satisfaire le client ne rime pas forcément avec réduction des coûts salariaux. Il faut en effet prendre en compte toutes une série de coûts auxquels font face les entreprises lorsqu’elles délocalisent vers les pays à bas salaires : manque de compétences locales, taux élevés de défectuosité sur la chaîne de production, faiblesse de l’infrastructure, notamment en matière de possibilité de réparations sur la chaîne de production, délais allongés, risque de vol de secrets de fabrication ou de copie, éloignement du marché de vente….

D’ailleurs, lorsque l’on regarde les chiffres on constate que les pays riches envoient leur investissement étranger essentiellement vers les pays riches. Sur 14 000 milliards d’Investissements directs étrangers dans le monde en 2008 (provenant pour quasiment 13 000 milliards des pays développés), 10 000 se dirigent vers les pays développés.

D’autre part, le fait qu’il y ait des délocalisations est aussi une bonne chose. D’abord parce que cela permet de réduire effectivement le coût de production et les prix, ce qui dégage un revenu, donc une demande supplémentaire potentielle pour des biens ou services « chez nous ». Se priver de ces avantages revient quelque part à s’étrangler soi-même. Ensuite, si les populations dans les PVD se dirigent vers les emplois des multinationales, c’est qu’ils sont très souvent mieux rémunérés que dans les entreprises locales. L’idée n’est pas simplement que les gens dans ces pays y trouvent leur compte, relativement à leur environnement local, c’est aussi que cette dynamique permet le développement de leur pays, par les hausses de revenus qui vont avec.

C’est ce qui s’est passé pour les Dragons asiatiques il y a quarante ans et c’est ce qui se passe pour un bon tiers de la Chine par exemple depuis quelques années. Peu à peu ces pays perdent leur avantage comparatif en termes de bas salaires, puisque ces derniers y augmentent. D’ailleurs ceux qui soutiennent qu’il y a une « nivellement des salaires vers le bas » expliquent que les entreprises ayant une stratégie de minimisation des coûts du travail se déplacent dès que les salaires dans un pays augmentent : ils reconnaissent donc bien que les salaires augmentent effectivement ! Et en réalité, le fait que des partenaires deviennent plus riches est une bonne nouvelle pour les pays riches : de nouveaux débouchés, de nouvelles opportunités.

Développement et commerce international : 
« Made in Monde »

Le processus de développement est intrinsèquement lié à l’échange international. Il opère comme une fragmentation, une division du travail à l’échelle planétaire des différentes fonctions ou étapes de production dans la chaîne de valeur. De telle sorte que « Made in France » n’a plus de sens : nos jeans ont peut-être été designés à Paris, confectionnés au Viêt-Nam, le tissu fabriqué en Tunisie et les rivets en Chine. Le « eux » contre « nous » ne tient plus.

Ce processus de développement prend du temps : il n’y a pas de changement à coup de baguette magique. D’où le danger de l’illusion d’optique à court terme et de raisonnement en statique. Il faut garder à l’esprit que ce processus est ouvert, qu’il génère des opportunités, des nouveaux types d'emplois, et que la « taille du gâteau » n’est pas fixée : il grossit et l’histoire le démontre amplement.

Ensuite, si ce processus tend vers le haut, il est vrai qu’il génère aussi des micro ajustements (sans que parler de micro ajustement pour 2000 personnes licenciées ne paraisse insultant) parce qu’il nécessite des réallocations de capital. Comme avec la « concurrence de la machine » par le passé, il faut se méfier alors de l’ « effet de position » qui nous laisserait croire que parce qu’une délocalisation a entrainé des licenciements dans notre entreprise, alors c’est que la mondialisation génère le chômage. Preuve du contraire encore une fois : GM s’était installée en Alsace. Il ne faut pas oublier le tableau général en se concentrant uniquement sur une petite partie.

Bien entendu il n’est pas question de rester insensible à la détresse sociale de certains. Mais plutôt que de blâmer un processus qui a fait ses preuves en matière de développement, il est plus fructueux de se tourner vers certains blocages qui empêchent justement de réaffecter des travailleurs à de nouvelles entreprises. Notamment parce que leur embauche est rendue extrêmement coûteuse du fait de certaines réglementations qui, par exemple, rendent le licenciement très coûteux et donc … l’embauche très coûteuse. Ces législations sociales sont en réalité anti-sociales. Il faut aussi reconnaître que dans un monde qui bouge sans cesse, l’emploi à vie est devenu un dangereux blocage mental et une illusion, et qu’il faut effectivement se préparer à changer d’emploi.

Ceux qui prônent le protectionnisme pour éviter ces réallocations, doivent aussi avouer qu’il condamne le développement des pays pauvres, mais aussi celui de leurs propres pays.

Emmanuel Martin est analyste sur www.UnMondeLibre.org.

Commentaires

Bonjour Emmanuel, Ça fait

Bonjour Emmanuel,
Ça fait plaisir de voir que vous n’avez pas changé et que votre raisonnement est toujours cohérent et profondément humain, loin de l’horreur économique, en route vers un monde libre…
 
Quelques réfléxions quand même :)
 
Les coûts de production sont réduits par une baisse des salaires, est-ce vraiment une bonne chose ? Pour vous oui, car les prix sont diminués pour « nous ». Une compression des salaires las-bas entraîne une augmentation de la demande potentielle ici : on est donc bien dans un rapport du « eux » contre « nous » : pour que nous puissions vivre mieux, il faut qu’ils aient un salaire inférieur au notre. Finalement, plus leur salaire diminue, plus notre pouvoir d’achat augmente ! Pas cool pour eux.
 
Vous dites, que « les populations dans les PVD se dirigent vers les emplois des multinationales » et qu’il apparaît par la suite des hausses de salaire. Pouvez-vous expliciter ce processus d’augmentation des salaires que vous laissez sous silence ? je suis curieux.
 
Vous dites :
« ceux qui soutiennent qu’il y a une « concurrence des salaires vers le bas » expliquent que les entreprises ayant une stratégie de minimisation des coûts du travail se déplacent dès que les salaires dans un pays augmentent : ils reconnaissent donc bien que les salaires augmentent effectivement ! »
C’est comme si je vous disais : « Il fait beau aujourd'hui, car le soleil brille » et que vous me répondiez : « donc, vous reconnaissez que le soleil brille! » …. Vous ai-je dit le contraire ? Ce qui est dénoncé c’est la relation : quand les salaires augmentent, les entreprises partent chercher moins cher ailleurs, c’est ça la : « concurrence des salaires vers le bas ». Ce processus contribue à comprimer les salaires pour faire venir les entreprises.
 
« Et en réalité, le fait que des partenaires deviennent plus riches est une bonne nouvelle pour les pays riches : de nouveaux débouchés, de nouvelles opportunités » comment peuvent-ils devenir plus riche si les entreprises partent si les salaires augmentent ?
 
Je remarque que, quand il y a licenciements, ce sont des ajustements, un processus dynamique qui va vers le mieux. Quand il s’agit d’embauche, c’est couteux, c’est lourd, avec des blocages et des illusions…. Etes-vous pour les licenciements ?
 
Le protectionnisme raisonné permet de mieux gérer la répartition des richesses au niveau mondial, ce que ne veulent évidemment pas les capitalistes pour qui l’objectif est toujours l’accumulation.
 
 
Nota : tiens, d’après la Tribune, GM renoue avec les profits ! ça va surement faire plaisir aux salariés et à leur détresse sociale…

Bonjour Christophe, ça

Bonjour Christophe, ça fait un bail.

1. "pour que nous puissions vivre mieux, il faut qu’ils aient un salaire inférieur au notre". Quel est leur salaire avant l'arrivée des multinationales ? Est-ce la paradis ? L'âge d'or ? Un peu comme le sort des paysans dans le paradis sur terre avant l'arrivée du vilain capitalisme... Non : avant l'arrivée des multinationales c'est effectivement la misère. Après l'arrivée, il y a développement. Alors ça prend du temps. Encore une fois il n'y a pas de baguette magique. Mais le fait est qu'en échangeant avec nous, à partir d'un salaire très inférieur, ils voient peu à peu sur une génération les salaires augmenter. Vous voulez casser ce processus ? Très bien. Mais n'allez pas critiquer le vilain marché après.

2. Processus d’augmentation des salaires. L'économie se complexifie, il y a de plus en plus de division de travail, plus de productivité, hausse de revenus. c'est le processus de développement qu'ont connus tous les pays qui ne dorment pas sur une nappe de pétrole. Les salaires en Chine n'ont-ils pas légèrement augmenté ces dernières années ? (vous allez me dire : ils ont baissé récemment, durant la crise: vrai, mais pourquoi ? Un lien avec labaisse du commerce international peut-être ?)

3. Des entreprises se déplacent effectivement pour chercher des salaires plus bas. Mais elles ne partent pas toutes du premier pays, qui entre temps a amorcé son développement et qui attire d'autres entreprises. Ce n'est pas 100% des entreprises où les salaires ont augmenté  qui délocalisaient toutes ensemble dans un deuxième pays à salaires moins élevés.

4. Je suis effectivement pour les licenciements quand ils sont nécessaires. Je ne vois vraiment pas où est le problème. L'entreprise n'a pas pour fin de rendre service à ses employés, mais à ses clients. En interdisant les licenciements comme le prônent certains, on empêche le processus de réallocation des ressources en capital et humaines qui est fondamental  pour que l'entreprise joue son rôle de satisfaction de ses clients. En rendant le licenciement plus cher on bloque ce processus de réaffectation : on crée le chômage. Parce qu'un licenciement qui coûte cher, c'est une embauche qui coûte cher. Si vous défendez un licenciement coûteux, vous génerez du chômage.

Le "protectionnisme raisonné"... Beau programme. Qui va le mettre au point ? Sur quel critère ? Qui va décider de quoi ?  Qui a la connaissance parfaite pour l'établir ?

Si GM renoue avec ses profits, elle pourra sans doute rembourser les contribuables américains qui l'ont renfloué. 

1-Toujours cette

1-Toujours cette justification, comme au temps de la colonisation, qui permet de s’acheter une bonne conscience (à bas coût ?) : avant ce n’étaient que des miséreux, des sauvages maintenant ils sont plus riches et plus développés.
Les entreprises ne vont pas dans ces pays pour y réduire la misère, mais pour profiter des salaires moins élevés, pour réduire les coûts et augmenter les profits. Sinon, pourquoi ne donnent-elles pas le même salaire qu’en Occident ?
De plus, les produits qu’ils fabriquent ne leur sont, dans une très large majorité, pas destinée : ils travaillent pour les pays riches ce sont « les ateliers du monde ».

2-Les salaires augmentent grâce aux grèves (comme très récemment dans une usine de pièces détachées du constructeur japonais Honda qui ont obtenu une hausse de 24% de leurs salaires). Ou encore avec les tristes événements de l’usine Foxconn et ses 11 suicides (!!) qui auront « permis » que les salaires des ouvriers soient augmentés de 70% !! Ces illustrations ne sont que la partie visible des conditions de travail. Une exploitation de l’Homme qui le pousse au suicide, est-ce cohérent par rapport aux principes libéraux ?
Alors quand vous dites que le processus d’augmentation des salaires est dû à la complexification de l’économie à plus de productivité, je crois que vous vous êtes un tout petit peu égaré… et qu’une certaine main invisible vous cache la vue.

3-Je suis d’accord avec vous. Même si les salaires augmentent, les entreprises ne partent pas forcément dans un premier temps, car d’autres coûts (charges sociales, réglementations écologiques…) peuvent y permettre un profit plus élevé qu’ailleurs.

4-Les entreprises qui licencient et qui font d’énormes profits (pharmaceutique, pétrole…) est ce normal ?
L’entreprise qui licencie le fait car elle est en difficulté financière ou alors, car elle veut augmenter sa rentabilité. Dans les deux cas, elle ne va pas embaucher. Le licenciement « couteux » permet aux salariés d’avoir de quoi se retourner, de continuer à vivre.
D’autre part, le client est client, car il a un salaire qu’il obtient de son travail. Si vous facilitez les licenciements, vous incitez les entreprises à licencier pour augmenter leur profit immédiat, mais vous restreignez également le nombre de clients potentiels et donc les ventes. (une partie du problème actuel)

5- Un protectionnisme raisonné doit être tourné vers l’Homme et non vers le marché. Il doit être mis en place par les Hommes. Les critères sont fonction de leurs besoins et des différences de répartition (eau potable, terre cultivable, énergie fossile…)qui existent sur Terre. Ceci ne peut se faire que par un processus démocratique, car personne n’a de connaissance parfaite pour l’établir. Vous remarquerez la différence avec la doctrine libérale qui prétend que la société s’organise au mieux sans intervention. Que les marchés se régulent au mieux si on y touche pas… Qu’il existe un absolue, quelque chose de religieux au-delà des Hommes qu’il ne faut pas altérer sous peine de dérégler la mécanique.
Pour ce faire, il est évidemment nécessaire de s’affranchir de la vision capitaliste de la société et de son mode de fonctionnement basé sur la compétition où seuls les plus forts survivent.

Cordialement,
Rheteur9

Nota : euh…. vous devez confondre, je ne m’appelle pas Christophe :)

1. Les entreprises ne vont

1. Les entreprises ne vont pas dans ces pays pour y réduire la misère, mais
pour profiter des salaires moins élevés, pour réduire les coûts et
augmenter les profits. Sinon, pourquoi ne donnent-elles pas le même
salaire qu’en Occident ?
De plus, les produits qu’ils fabriquent ne leur sont, dans une très
large majorité, pas destinée : ils travaillent pour les pays riches ce
sont « les ateliers du monde ».
> OUI. JE NE VOIS PAS OU EST LE PROBLEME.

2-Les salaires augmentent grâce aux grèves...
> LES GREVES PEUVENT CONTRIBUER A FAIRE SPORADIQUEMENT AUGMENTER LS SALAIRE ICI OU LA. OUI IL Y A DES CAS EXTREMES. MAIS LES SALAIRES AUGMENTENT DU FAIT DE LA PRODUCTIVITE GENERALE QUI VIENT EFFECTIVEMENT DE L'AUGMENTATION DE LA DIVISION DU TRAVAIL. JE NE SAIS PAS TROP QUI S'EST EGARE...

4-SI DES ENTREPRISES JUGENT QU'ELLES N'ONT PLUS BESOIN D'UNE PARTIE DES SALARIES POUR FAIRE LEURS PROFITS, JE NE VOIS PAS CE QU'ON A Y REDIRE. JE NE SUIS PAS UN DICTATEUR. JE NE VOUDRAIS PAS NON PLUS QUE VOUS ME FORCIEZ A ACHETER TEL OU TEL SERVICE SOUS PRETEXTE QU'IL ME RESTE DE L'ARGENT A LA FIN DU MOIS. EVIDEMMENT DES GENS AU CHOMAGE CA FAIT TOMBER LA DEMANDE. A CECI PRES QU'IL Y A DES OPPORTUNITES PERMANENTES QUI PERMETTENT LE RATTRAPAGE. A MOINS QUE DES GENS DE VOTRE OPINION EMPECHENT LES REAJUSTEMENTS...

5. "personne n'a de connaissance parfaite pour l'établir"... MERCI DE LE RECONNAITRE ! MAIS JE NE VOIS PAS TROP COMMENT LA PROCEDURE DEMOCRATIQUE VA RESOUDRE CE PROBLEME DE CONNAISSANCE, BIEN AU CONTRAIRE... LES MARCHES SE REGULENT LE MOINS MAL POSSIBLE SI Y PERMET LA RESPONSABILITE, CE QUI SUPPOSE UNE INTERVENTION EN TERME DE RESPECT D'ETAT DE DROIT, DE GARANTIE DES CONTRATS ETC.

Bonjour Emmanuel, 1-c’est

Bonjour Emmanuel,
1-c’est très étonnant Emmanuel que vous ne voyez pas le problème alors que des personnes travaillent dans des conditions inadmissibles (sécurité, cadences, horaires, sous payés…) et que le projet d’un Monde Libre « passe immanquablement par la condition de liberté, c'est-à-dire le respect des droits individuels » !

2-Pourriez-vous me remettre dans le droit chemin en m’expliquant comment la division du travail, qui augmente la productivité augmenterait-elle, in fine, les salaires ?

4-Les opportunités permanentes sont bien inférieures aux licenciements, c’est ce qui fait monter le chômage. Comme la plupart des entreprises font le jeu des marchés (augmentation de la rentabilité, des actions) les licenciements et le non-renouvellement des départs en retraite sont monnaie courante : il y a très peu de réaffectation du capital. Il n’y a pas de rattrapage : le chômage explose et les personnes en chômage de longue durée sont en forte croissance. Vous êtes dans l’illusion d’un système qui inciterait à réaffecter…vous êtes encore loin de l’essence du capitalisme qui est l’accumulation du capital et donc l’inverse de la réaffectation.

5-La démocratie permet l’expression du plus grand nombre, c’est l’intérêt général qui s’exprime le plus largement. Les marchés représentent les intérêts particuliers de certains. Comment savez-vous que les marchés se régulent le moins mal possible ? Vous admettrez d’ailleurs que l’objectif des marchés n’est pas d’éradiquer la faim dans le monde ou de diminuer la pauvreté… mais de faire de l’argent en délocalisant (par exemple) dans des pays à bas coût, ce qui n’est pas très responsable.
Comment voulez-vous q’un système laissé sans règle tienne compte des disparités existantes et tende vers le mieux général alors que sa donnée d’entrée n’admet pas la démocratie ?

Cordialement,
Rheteur9

J'espère que vous

J'espère que vous m'excuserez de m'inviter à cette intéressante discussion, mais je pense pouvoir répondre à vos questions :

1-Un droit individuel essentiel est justement la liberté de choisir son emploi parmi les opportunités existantes. Si ces gens sont forcés à accepter par la contrainte ou la menace de violer leurs droits (porter atteinte à leur intégrité physique, les enfermer ou les voler), UnMondeLibre et avec lui tous les libéraux s'y opposeront évidemment.

S'ils acceptent ces travaux, c'est qu'eux trouvent que ces conditions sont admissibles au regard de la récompense qu'ils en retirent. Dans ce cas-là, de quel droit interdiriez-vous à ces gens de pratiquer un travail dans des conditions qu'eux trouvent admissibles. S'ils trouvent mieux ailleurs ils partiront (s'ils en sont laissés libres, ce que je ne doute pas que nous souhaitions tous), mais en attendant que ce soit le cas, qui êtes-vous pour leur imposer le chômage s'ils lui préfèrent cet emploi ?

2- Plusieurs réponses à cette question :

- En raisonnant au niveau de la société, toutes choses égales par ailleurs, plus de productivité = plus de richesses produites = plus de richesses à répartir, quelle que soit la méthode (marché ou redistribution coercitive).

- Un employeur ne peut rémunérer durablement ses employés au-delà de la richesse qu'ils produisent. Il ne pourra pas augmenter les salaires au-dessus d'un certain point s'il n'y a pas d'amélioration de productivité. C'est une condition nécessaire.

- Au cours de ma carrière, mon salaire est spontanément augmenté par mon employeur sans que j'aie besoin de faire grève ni même qu'il soit soumis à une pression syndicale quelconque. Pourquoi ? Parce que j'apprends, et je deviens de plus en plus capable de mener de plus en plus efficacement des opérations de plus en plus rentables pour lui. Ma productivité a augmenté, mon patron peut donc augmenter mon salaire en conséquence. Et il y a intérêt, sinon je partirai offrir ma productivité à un employeur concurrent (qui aura tout intérêt à m'employer tant que le salaire que je demande ajoute, même marginalement, au profit qu'il réalisera) ou, si j'en suis capable, je me mettrai à mon compte (tant que je peux justifier d'une productivité suffisante pour garantir un retour sur investissement, je pourrai trouver ces financements sur le marché).

- Si les patrons payent trop peu leurs employés pour qu'ils puissent acheter leurs produits (la fameuse théorie du déficit de la demande), ils se retrouveront avec un surplus de stocks qu'ils ne pourront donc vendre qu'en baissant leurs prix. Même si les salaires nominaux sont maintenus, les prix baissant, les salaires réels augmenteront avec l'augmentation de la productivité.

Vous me répondrez qu'il peut aussi choisir de diminuer son activité pour restreindre l'offre et faire monter les prix sans augmenter les salaires. Mais en agissant ainsi, il ouvrirait la porte à un autre entrepreneur qui, sachant qu'il peut produire des voitures pour moins cher qu'il ne les vendra, viendra augmenter l'offre et réduire les parts de marché. Évidemment tout cela n'est possible que si – on ne garantit pas par la force un monopole à un fournisseur donné – on n'augmente pas artificiellement les coûts de production (charges sociales, réglementations, etc.) au-delà du seuil qui permet à l'entreprise de rester rentable.

4-Dans un système capitaliste, l'accumulation ne peut se faire que par l'échange, et donc la réallocation permanente. J'achète à celui qui me fournit le service qui me convient aux conditions qui me conviennent le mieux, et le seul moyen pour lui de s'enrichir est de me le fournir. Il devra ensuite, pour continuer à accumuler, continuer à allouer le capital ainsi obtenu dans des investissements productifs qui lui permettront de produire ce dont moi j'ai besoin/envie, au point que je suis prêt à payer pour.

Le chômage explose moins (ou quand il le fait, il le fait moins durablement) dans les pays où l'économie est plus libre. Les salaires y augmentent donc plus. L'exception française en matière de chômage en est un des nombreux exemples. Notre fameux modèle social aura entretenu des décennies d'un chômage record dans les pays développés (ceux où les salaires sont élevés, tous capitalistes, soit dit en passant). Le fameux oreiller de la crise aura en fait été son boulet, multipliant l'inertie de ses conséquences sociales : le chômage y a augmenté moins vite, mais plus durablement (et avant que vous ne rebondissiez là-dessus, non la crise ne prouve pas l'inanité du capitalisme : le fait est largement documenté et le discuter trop avant entrainerait ce débat trop loin de son point de départ mais il s'agit au moins autant d'une crise de l'interventionnisme que d'une crise du capitalisme)

5-Le marché, c'est tout simplement l'agrégation des désirs de tous les individus qui le composent, exactement comme la "démocratie" (je mets des guillemets car une conception d'une démocratie qui s'opposerait au marché, et donc à la liberté et à la propriété est forcément dévoyée, bien que malheureusement très répandue), sauf que dans le cas du marché :

- les gens ne peuvent dépenser que les ressources qu'ils possèdent, et pas celles que possèdent les autres. S'ils veulent obtenir la coopération d'autrui, ils ne peuvent le forcer à coopérer contre sa volonté, même s'ils l'ont décidé à cinquante contre un. Ils peuvent en revanche lui fournir un service productif en échange (la monnaie nous évitant d'avoir à passer par ce troc et nous permettant, quand elle garde une connexion avec la valeur produite, de s'échanger des biens et services indirectement).

- il n'y a pas un seul pas à régler sur le choix de la majorité. Ce n'est pas elle qui décide pour la minorité, c'est chaque individu qui décide pour lui-même. S'il choisit d'acheter tel produit avec son argent, il n'empêche personne d'en choisir un autre.

Le marché fait plus qu'admettre la démocratie (dans son sens originel à la fondation des démocraties libérales où liberté et prospérité ont émergé : protection de la liberté, de la personne et de la propriété des individus par le pouvoir, sanctionné de ses éventuels abus par le scrutin populaire ; et non méthode de légitimation d'atteintes à la liberté et à la propriété par bulletin de vote interposé), il en est consubstantiel. Il n'est pas anti-humain, il est au contraire basé sur le respect de ce qui les rend humain, leur volonté libre, leurs choix d'achat, de vente ou de production (entre autres). Il repose sur cette règle, et elle seulement. Comment pouvez-vous l'y opposer ?

De plus comment voulez-vous éradiquer la faim dans le monde si vous ne créez pas d'emplois là où les gens ont faim ? Coup de chance, il se trouve que les entreprises libres et fortunées se dirigent naturellement pour investir dans les régions défavorisées (quand ils n'en sont pas empêchés par des mesures protectionnistes ou un État qui ne joue pas son rôle de protection, deux facteurs qui ralentissent toujours considérablement le processus), y créant de l'emploi, ce qui tire les salaires vers le haut. Dès que l'État a su y créer des conditions favorables au commerce (respect sinon de la liberté, au moins de la propriété), c'est ce déséquilibre qui a entrainé le rattrapage fulgurant des économies des pays émergents. Ce changement du libre-échange international s'est-il fait selon un principe de vases communicants, comme semblent le prétendre les altermondialistes, plongeant les occidentaux dans la misère à mesure qu'il en extrayait les Coréens ou les Chiliens ? Même pas, sauf crises économiques ayant malheureusement toujours survenu, les taux de chômage sont restés stables (soit au plein emploi dans les plus libéraux d'entre eux) et les salaires réels ont continué à y augmenter.

Cordialement,

Samahell.

La même chose est arrivée

La même chose est arrivée récemment en Italie, les temps changent et les gouvernements omnipotents doivent accepter de changer leurs politiques économiques désastreuses. Des fois je ne sais pas si je dois avoir pitié de la France, ou me réjouir du malheur de ce pays..Je me demande ce que Bastiat aurait pensé de son pays au jour d'aujourd'hui..les socialistes et leurs sympathisants des autres partis pseudo-républicains ont entraine ce pays dans le désastre économique..Martine Aubry et ses 35 heures en sont un exemple fort illustratif...Merci Mr Martin encore une fois...

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