Le fatalisme, obstacle au développement
L’influence de la culture sur le
développement n’est plus à démontrer. Ponctualité, respect de la parole donnée, confiance sont autant de dispositions culturelles qui favorisent les échanges, notamment anonymes, et qui permettent la constitution d’une « grande société ». Il est un aspect psychologique et culturel qui est aussi crucial pour le développement : la conscience d’avoir son destin entre ses propres mains et d’être responsable - une attitude qui peut être bloquée dans certaines cultures.
Les psychologues parlent du « locus (lieu) de contrôle » interne et externe pour faire la différence entre les individus qui pensent que le « lieu de contrôle » de leur vie réside en eux-mêmes, se sentant maître de leur propre destin, et ceux qui pensent que ce lieu est extérieur, en dehors d’eux, croyant que ce sont donc des forces externes qui conditionnent leur vie. En un mot, c’est la différence entre les individus proactifs et les fatalistes. Voilà un premier niveau d’analyse pertinent pour la problématique du développement : l’esprit proactif se voit acteur du changement. Or, c’est ici une composante essentielle de l’esprit d’entreprise, qui est au cœur de la dynamique du développement : l’entrepreneur, du vendeur de coin de rue à Steve Jobs, par son action, « change les choses », innove, apporte des services là où ils manquent. En bref, il crée de la valeur. Et sans esprit entrepreneurial, du fait d’une attitude fataliste, pas de développement.
La deuxième conséquence de l’attitude fataliste est toute aussi importante et se combine avec la première. C’est l’idée que n’étant pas maître de mon destin, je n’en suis donc pas responsable. Or, le concept de responsabilité est aussi fondamental pour une société d’échanges anonymes basée sur les contrats. Si, lorsqu’un contrat est passé et qu’il n’est pas respecté par l’une des parties, cette dernière arguant que « ce n’est pas sa faute », et se dégageant ainsi de manière trop facile de sa responsabilité, c’est évidemment une incitation très forte pour la partie adverse à ne plus faire confiance. Il y a un lien fort entre le fait que dans une communauté les individus soient responsables (qu’ils assument leurs erreurs et cherchent à les corriger sans se défausser sur « la faute à pas de chance ») et le fait que ces individus éprouvent un sentiment de confiance les uns envers les autres. Or, la confiance permet de tisser des réseaux au-delà de nos connaissances familiales ou amicales, un ingrédient essentiel du développement. Et le fait que l’on nous fasse confiance dans un cadre où notre responsabilité est engagée, nous pousse à être d’autant plus responsable, de sorte à ne pas éroder ce capital-confiance. Responsabilité individuelle et confiance mutuelle se renforcent donc mutuellement, et favorisent le développement.
De ce point de vue, on trouve dans la culture de certains pays en développement, qu’ils soient à dominance chrétienne ou musulmane, l’expression « si Dieu veut » ou « Inchallah », qui peut devenir problématique. A l’origine, cette expression participe d’une humilité et d’une modestie face à la volonté de Dieu. Elle signifie ainsi : « je m’engage à effectuer quelque chose, mais sachant que la volonté de Dieu est plus forte ». Ceci n’implique en aucun cas ici fatalisme ou irresponsabilité : la volonté divine au sens de validation n’exclut pas la volonté humaine, sinon Dieu n’aurait pas de raison pour juger les humains puisque tout ce qui leur arrive serait de Son œuvre. La volonté divine laisse ainsi une marge de manœuvre à la volonté humaine et à la responsabilité individuelle. Malheureusement, cette attitude d’humilité a été détournée. On a fait de l’expression un prétexte pour échapper à ses propres responsabilités, ne pas assumer ses engagements et développer une espèce de fatalisme irresponsable. Ce dernier inhibe l’esprit d’entreprise et sape, par le biais de l’absence de responsabilité, la confiance mutuelle, deux attitudes essentielles pour le développement.
Pourtant, au vu des gains (en termes de développement) qu’il y aurait pour les individus à adopter une attitude proactive et responsable, pourquoi assiste-t-on à certains endroits à ce retranchement fataliste ? La culture à elle seule peut-elle expliquer sa propre puissance ? En fait, bien souvent la prévalence d’institutions informelles (les traits culturels) peut s’expliquer en grande partie par les institutions formelles (codifiées par le politique). Ces dernières fournissent les incitations à se comporter de telle ou telle manière. Dans les sociétés dans lesquelles les incitations à l’attitude proactive (par exemple, où la liberté économique est très faible) sont réduites à néant par le pouvoir, c’est-à-dire des « sociétés sans espoir », les individus se tournent peu à peu vers le fatalisme. Les mauvaises institutions informelles et formelles se renforcent ainsi mutuellement pour tirer les populations vers le bas.
Il est alors d’autant plus difficile de réformer les institutions formelles que les institutions informelles ont été dégradées. Nul doute d’ailleurs que le pouvoir, ayant étouffé l’espace de responsabilité des individus par des politiques supprimant leurs libertés, les jetant dans les bras du fatalisme irresponsable, trouve alors dans ce dernier un prétexte pour diriger d’une main de fer toujours plus dure une population qu’il considère comme apathique. L’instrumentalisation du fatalisme à des fins politiques permet d’ailleurs un meilleur contrôle social.
Pour sortir de ce cercle vicieux il faut d’une part que les croyants retrouvent une interprétation intelligente de la Parole de Dieu qui leur commande de s’épanouir pour faire le bien, ce qui implique de se débarrasser de ce fatalisme irresponsable. D’autre part, il faut que les décideurs politiques soient mis en face de leurs responsabilités, par leurs pairs dans les pays libres comme par la société civile internationale (qui doit aussi faire pression sur ces derniers). La « société sans espoir » ne doit plus être une fatalité.
Emmanuel Martin et Hicham El Moussaoui – Le 5 novembre 2010. Emmanuel Martin et Hicham El Moussaoui sont analystes sur UnMondeLibre.org.













Commentaires
Bonjour Hicham, « on ne
Bonjour Hicham,
« on ne peut parler de capitalisme responsable ou moral, ça n’a pas de sens de, car le capitalisme est un système et non pas une personne », si cela à du sens, car c’est le fonctionnement du système, ces règles qui sont mises en cause : ces règles peuvent être, dans le cas qui nous concerne, immorales et irresponsables puisque ce sont les Hommes qui les font.
« tricheurs, des voyous, des gens qui ne respectent pas les règles » sont les conséquences du système capitaliste tourné vers la recherche de profit effrénée.
Pourquoi opter pour un système favorise l’irresponsabilité et fait payer les irresponsables plutôt que de valoriser un système qui « produit » des gens responsables ?
« Je vous retourne la question : fait-on un bon choix uniquement lorsqu’on prend moins de risque ? », dans un système où le « bon choix » sera vu comme celui qui ramène le plus d’argent alors la responsabilité (écologique, sociale…) sera mise de côté. Donc, pour répondre à votre question : non ce n’est pas exclusif… mais le système ne permet pas de choisir : pour survivre, il faut prendre un maximum de risque.
« Pourquoi éliminer la croyance en Dieu résoudrait le problème de fatalisme ? » Je réponds par rapport au sujet de votre article qui : la fatalité du croyant. Mais pour répondre à la fatalité en général, je pense que oui : éliminer la croyance en Dieu résoudrait le problème de fatalisme. Car tous les autres cas « fatalistes face au marché, à la mondialisation, au chômage, etc. » que vous avez cités sont « argumentable », c'est-à-dire que je peux établir un dialogue pour modifier la croyance, la façon de voir de l’autre en présentant et défendant une alternative. Mais comment vais-je m’y prendre face à quelqu’un de religieux qui interprète la religion comme la présence d’une force supérieure qui pilote sa vie, face à un fataliste? comment intervenir sur son Dieu? alors que je peux intervenir, mobiliser, expliquer pour modifier l’action de l’Etat, modifier l’organisation économique, etc..
« Même si vous éliminez la croyance en Dieu, le problème reste entier, car le fatalisme ne réside pas uniquement dans une croyance religieuse » :même chose : je ne peux pas argumenter contre la croyance de quelqu’un qui pense que sa vie est dirigée par une divinité, des esprits, des fantômes…
D’autre part Hicham, l’analogie de Dieu en prof qui fait passer un concours est purement votre interprétation de votre religion…. C’est une des interprétations possibles, C’est l’interprétation d’Hicham qui dit : « il vous met devant des épreuves, des événements auxquels vous devez réagir, et en fonction de votre réaction, il émet son verdict. » un autre religieux fataliste pourrait vous dire : «non pas du tout, il vous met devant des épreuves, des événements PREDEFINIS auxquels vous devez réagir, et en fonction de votre réaction, il émet son verdict. » ….
Vous le dites-vous même : « Donc le problème ne réside pas dans : être ou ne pas être croyant dans une religion, mais l’interprétation que l’on fait de cette religion. » MAIS, qui vous dit que l’autre interprète de façon erronée ? qui vous dit que l’interprétation fataliste est erronée ?
Le problème est donc de croire dans l’interprétation d’une religion….donc dans une religion. Eliminez la croyance en Dieu élimine de facto la fatalité.
Cordialement,
Rheteur9
Bonjour Hicham, Au sujet de
Bonjour Hicham,
Au sujet de la responsabilité, vous indiquez, qu’il s’agit d’« assumer les conséquences de ses propres choix ». Évidemment, mais le souci vient du fait que les choix ce font en fonction du profit possible et comme dans un système concurrentiel le risque fini par être un élément déterminant dans la probabilité d’augmenter son profit rapidement, les questions relatives aux conséquences et donc à la responsabilité deviennent (très) secondaires : livreur qui brûle les feux pour aller plus vite, labo qui sort un médicament sans avoir validé tous les tests, …
Les choix possibles sont minces, car c’est la course aux profits. Le système capitaliste invite à risquer toujours plus, car c’est la façon la plus rapide d’augmenter les profits et donc d’être compétitif. Comment voulez-vous que le capitalisme puisse être responsable alors que son but est l’accumulation de capitaux ?
Vous dites que « c'est là où réside la responsabilité capitaliste : assumer les bénéfices lors des bons choix, et les pertes lors des mauvais choix. » C’est quoi un mauvais ou un bon choix dans le système capitaliste? un choix rapporte de l’argent, non ? c’est à dire, un choix qui a pris plus de risque.
« Si l'on suit votre raisonnement, tous les non-croyants sont des hommes responsables » Le mot prête à confusion. Je dis que les non-croyants sont responsables de leurs actes ; ils en ont la responsabilité. Ils ne peuvent pas se « défiler », comme peuvent le faire les croyants en s’appuyant sur Dieu.
Si vous éliminez cette croyance en un Dieu, vous éliminez de fait la possibilité à refiler la responsabilité à une force divine. Vous remarquerez qu’à la différence des tribunaux antiques, l’argument théologique n’a plus court actuellement. Avez-vous déjà vu un avocat défendre son client en disant « non, c’est ne pas lui, c’est Dieu qui a modifié son action » ??C’est pour cela que je vous dis que Dieu et fatalité sont étroitement liés. Si vous voulez lutter contre la possibilité de refiler la responsabilité à Dieu (comme c’est le cas dans votre article), il faut lutter contre la croyance en un Dieu.
« Parfois, il peut renverser le résultat de votre action, pour vous tester, mais ça reste des épreuves. Il vous jugera seulement sur votre réaction » en conséquence : parfois vous n’êtes pas responsable du résultat de vos actions et parfois oui ! Les Hommes (surtout les croyants) ne sont parfois pas maîtres de leurs actions alors ? …. Vous comprenez dans ce cas que le croyant puisse donc logiquement imputer la responsabilité à Dieu ? Vous scinder d’ailleurs vous même les croyants en deux groupes : le fataliste et le responsable. Les non-croyants sont aussi en deux groupes : lamentation et persévérance… mais la lamentation ne pourra pas se passer d’une argumentation qui permette de la crédibiliser alors que la fatalité si.
D’ailleurs Hicham, comment sais-je que Dieu est intervenu, puisque c’est parfois ? parfois quand ?
En dernier, vous dites que les Hommes sont libre de juguler ou de subir les événements… pas vraiment puisque Dieu « peut renverser le résultat de votre action, pour vous tester ». Alors, une liberté conditionnée par l’aval d’une autorité supérieur, est-ce réellement de la liberté pour vous ?
Cordialement,
Rheteur9
Bonjour, Au sujet de la
Bonjour,
Au sujet de la responsabilité, vous indiquez, qu’il s’agit d’« assumer les conséquences de ses propres choix ». Évidemment, mais le souci vient du fait que les choix ce font en fonction du profit possible et comme dans un système concurrentiel le risque fini par être un élément déterminant dans la probabilité d’augmenter son profit rapidement, les questions relatives aux conséquences et donc à la responsabilité deviennent (très) secondaires : livreur qui brûle les feux pour aller plus vite, labo qui sort un médicament sans avoir validé tous les tests, …
Les choix possibles sont minces, car c’est la course aux profits. Le système capitaliste invite à risquer toujours plus, car c’est la façon la plus rapide d’augmenter les profits et donc d’être compétitif. Comment voulez-vous que le capitalisme puisse être responsable alors que son but est l’accumulation de capitaux ?
D’abord, on ne peut parler de capitalisme responsable ou moral, ça n’a pas de sens de, car le capitalisme est un système et non pas une personne. Et c’est là où souvent on se trompe car on attribue à un système les torts des acteurs qui y interviennent. Ce n’est pas perce qu’il y des tricheurs, des voyous, des gens qui ne respectent pas les règles, bred des irresponsables qu’il faudrait en déduire que le système encourage l’irresponsabilité. Car vous oubliez rapidement que grâce au capitalisme et son système de profit/perte, il y a eu des innovations qui ont fait avancé l’humanité, réduit la pauvreté et amélioré la vie de plusieurs millions de personnes. Car pour augmenter son profit ou éviter des pertes, les entrepreneurs doivent satisfaire au mieux les besoins des leurs clients et répondre au mieux à leurs attentes. Le livreur peut bruler les feux qu’il veut, mais un jour soit il payera la prune soit il payera de sa vie, il assume les conséquences de ses choix. Le labo peut tricher pendant un moment, mais son arnaque finit par être découverte et il sera sanctionné par le marché. Donc, on ne peut pas demander qu’il n’ y a pas de d’erreurs, de tricherie, mais que ces erreurs ne restent pas sanctionnées pour longtemps et que les irresponsables payent pour leurs erreurs.
Vous dites que « c'est là où réside la responsabilité capitaliste : assumer les bénéfices lors des bons choix, et les pertes lors des mauvais choix. » C’est quoi un mauvais ou un bon choix dans le système capitaliste? un choix rapporte de l’argent, non ? c’est à dire, un choix qui a pris plus de risque.
Je vous retourne la question : fait-on un bon choix uniquement lorsqu’on prend moins de risque ? fait-on un bon choix uniquement lorsque l’on gagne moins d’argent ou lorsque l’on fait des pertes ? On peut parfaitement faire des choix responsables, sans léser l’intérêt des autres, tout en prenant des risques et en maximisant son profit. Tous les inventeurs, les grands entrepreneurs, s’ils n’avaient pas pris le risque, ne serait que de s’exposer psychologiquement aux tracs de l’échec, on n’aurait pas pu profiter de beaucoup de choses.
« Si l'on suit votre raisonnement, tous les non-croyants sont des hommes responsables » Le mot prête à confusion. Je dis que les non-croyants sont responsables de leurs actes ; ils en ont la responsabilité. Ils ne peuvent pas se « défiler », comme peuvent le faire les croyants en s’appuyant sur Dieu.
Pourquoi des non-croyants seraient-ils plus responsables que des croyants ? comme je l’ai expliqué avant ce n’est pas le faite de croire ou ne pas croire qui fait la différence, c’est votre perception de votre interaction avec l’environnement. Même si certains ne sont pas croyants en Dieu, ils croient en d’autres choses, ne seraient qu’en eux-mêmes.
Si vous éliminez cette croyance en un Dieu, vous éliminez de fait la possibilité à refiler la responsabilité à une force divine.
Pourquoi éliminer la croyance en Dieu résoudrait le problème de fatalisme ? On trouve plein de gens qui sont non croyants et ne sont pas pour autant proactifs, ils sont au moins résignés que d’autres croyants. S’ils sont convaincus que c’est l’Etat qui doit résoudre tous leurs problèmes, ils croient que le lieu de commandement de leur action, leur destin n’est pas entre leurs propres mains. Ils sont résignés, fatalistes face au marché, à la mondialisation, au chômage, etc.
Vous remarquerez qu’à la différence des tribunaux antiques, l’argument théologique n’a plus court actuellement. Avez-vous déjà vu un avocat défendre son client en disant « non, c’est ne pas lui, c’est Dieu qui a modifié son action » ??C’est pour cela que je vous dis que Dieu et fatalité sont étroitement liés. Si vous voulez lutter contre la possibilité de refiler la responsabilité à Dieu (comme c’est le cas dans votre article), il faut lutter contre la croyance en un Dieu.
Même si vous éliminez la croyance en Dieu, le problème reste entier car le fatalisme ne réside pas uniquement dans une croyance religieuse, car il y a plein d’autres fatalistes qui transfèrent la responsabilité aux autres, à l’Etat, etc. La solution réside dans la modification de leur perception de l’objet de leur croyance. Comme pour les musulmans, ce n’est pas sérieux de leur dire renoncez à votre religion et vous allez devenir responsables. Les protestants n’ont pas abandonné leur religion, ils l’ont réformé et ont pu créer un système capitaliste qui n’est pas parfait, mais qui est meilleur que le système communiste ou socialiste.
« Parfois, il peut renverser le résultat de votre action, pour vous tester, mais ça reste des épreuves. Il vous jugera seulement sur votre réaction » en conséquence : parfois vous n’êtes pas responsable du résultat de vos actions et parfois oui !
Au contraire, vous restez toujours responsable car par définition vous passez une épreuve ou si vous préférez, vous faites un choix par rapport à la situation en question.
Les Hommes (surtout les croyants) ne sont parfois pas maîtres de leurs actions alors ? …. Vous comprenez dans ce cas que le croyant puisse donc logiquement imputer la responsabilité à Dieu ? Vous scinder d’ailleurs vous même les croyants en deux groupes : le fataliste et le responsable. Les non-croyants sont aussi en deux groupes : lamentation et persévérance… mais la lamentation ne pourra pas se passer d’une argumentation qui permette de la crédibiliser alors que la fatalité si.
D’ailleurs Hicham, comment sais-je que Dieu est intervenu, puisque c’est parfois ? parfois quand ?
Donc le problème ne réside pas dans : être ou ne pas être croyant dans une religion, mais l’interprétation que l’on fait de cette religion. Le problème pour les musulmans par exemple est une fausse interprétation de la notion de responsabilité.
En dernier, vous dites que les Hommes sont libre de juguler ou de subir les événements… pas vraiment puisque Dieu « peut renverser le résultat de votre action, pour vous tester ». Alors, une liberté conditionnée par l’aval d’une autorité supérieur, est-ce réellement de la liberté pour vous ?
La vie est faite de tests et de choix quotidiens, et puisque vous faites un choix vous assumez votre part de responsabilité. L’intervention de Dieu revêt deux aspects si vous voulez : il vous met devant des épreuves, des événements auxquels vous devez réagir, et en fonction de votre réaction, il émet son verdict. Et ce deuxième aspect est souvent mal compris par les individus qui l’assimilent à une intervention exogène indépendante de leurs choix. Si l’on admet qu’il y a paradis et enfer, donc profit et perte, et que dieu est juste, on ne peut pas sanctionner des actes sans que les individus soient responsables de leurs actes. Donc, Dieu ne détermine pas vos actions au sens où il choisit à votre place, il vous met dans une situation dont le résultat n’est pas prédéterminé et dont l’issue dépend de vos propres choix.
Bonjour Hicham, Pour que la
Bonjour Hicham,
Pour que la responsabilité s’exprime, il est nécessaire que le système n’incite pas à la prise de risque sinon elle s’efface devant le risque. « La responsabilité est au cœur du système capitaliste » : non pas du tout, ce qui est au cœur c’est l’accumulation de capital. Cette accumulation se fait par prise de risque : plus le risque est élevé, plus vous avez de probabilité d’accumuler du capital. D’autre part, le système est tellement pernicieux, que cette accumulation permettra de vous dédouaner de vos responsabilités si un problème survient.
Puisque vous dites que Dieu « est capable de modifier le cours des événements s'il le veut de manière à influencer la nature du résultat de votre action », il est donc tout à fait normal de penser que mes actions ne sont pas de mon propre fait. Ce qui induit donc une certaine fatalité : est-ce moi qui pilote ma vie ? ou suis –je le «jouet » de Dieu ? D’où ma conclusion : c’est cette croyance en Dieu qui introduit le fatalisme dont vous parlez.
A contrario, si je ne crois pas en Dieu ou à une force qui influence mes actions, je suis seul pilote de mes actions, je suis conscient que mes actions sont les miennes : je suis libre et responsable.
Un peu après, vous soutenez un point de vue différent (!!) en disant : « Je pense qu'aussi bien dans la religion chrétienne que musulmane, l'homme est responsable de tous ses actes » alors que je vous rappelle que vous postuliez que Dieu « est capable de modifier le cours des événements s'il le veut de manière à influencer la nature du résultat de votre action ». Comment est-ce possible Hicham? comment les Hommes peuvent-ils être responsable de leurs actes si Dieu est capable d’influencer leurs actions ??
Vous prenez l’exemple d’une personne qui devient handicapé suite à un accident… et vous dites qu’elle est libre de choisir entre la lamentation et l’acceptation de son destin. Mais… accepter son destin et donc le fait que quelque chose nous pousse vers une certaine fin, c’est être fataliste !
Vous proposez pour finir : « la marge de liberté que détiennent les hommes réside dans leur liberté de choisir la manière de réagir face aux événements et au destin de leur vie. » Du coup, je vous repose ma question en prenant appui sur vos dires : les Hommes sont-ils libre en réagissant aux événements ?
Cordialement,
Rheteur9
Pour que la responsabilité
Pour que la responsabilité s’exprime, il est nécessaire que le système n’incite pas à la prise de risque sinon elle s’efface devant le risque.
Cela signifie pour vous que pour être responsable il faut que les individus ne prennent pas de risque. Vous savez, les fonctionnaires, les entreprises qui sont protégées par des droits de douane, ou qui sont subventionnées, ne prennent pas de risque, est-ce qu'elles sont responsables pour autant? Les dictateurs et les bureaucrates prennent-ils des risques ? Non. Sont-ils pour autant responsables? rendent-ils des comptes ? Non. Responsabilité, signifie, répondre aux événements de la vie, rendre des comptes à ceux qui nous ont délégué une tache et surtout assumer les conséquences de ses propres choix, mais certainement pas ne pas prendre de risque.
Le capitalisme signifie accumuler du capital, mais pour l'accumuler il faudrait réaliser des bénéfices. Or, la vie d'un entrepreneur n'est pas faite uniquement de bénéfices, mais également de pertes. Et c'est là où réside la responsabilité capitaliste : assumer les bénéfices lors des bons choix, et les pertes lors des mauvais choix.
A contrario, si je ne crois pas en Dieu ou à une force qui influence mes actions, je suis seul pilote de mes actions, je suis conscient que mes actions sont les miennes : je suis libre et responsable.
Si l'on suit votre raisonnement, tous les non croyants sont des hommes responsables. Le problème ce n'est pas croire ou ne pas croire, mais dans la mauvaise croyance ou si vous voulez la croyance limitante, en l'occurrence que je n'ai aucune influence sur le cours de ma propre vie. Toutes les forces de la nature influencent d'une manière ou une autre nos actions. on est influencés même par les choix des autres. Mais ce n'est pas une raison pour croire qu'on a aucune prise sur notre vie. On est conscient de ce que l'on peut faire ou pas, de ce qui est possible ou pas. Mais, cette conscience que notre pouvoir n'est pas illimité n'implique pas une résignation ou une dé-responsabilisation de notre part. Donc ce n'est pas tout noir ou tout blanc : soit je suis croyant et je me sens le "jouet" de Dieu, soit je suis non croyant et je me sens maitre de mon destin.
comment les Hommes peuvent-ils être responsable de leurs actes si Dieu est capable d’influencer leurs actions ?
Si l'on considère la vie comme une grande épreuve, Dieu est comme un Prof qui vous passe le teste et les êtres humains les candidats à tester. Si le Prof peut influencer le résultat de l'étudiant, ce n'est pas une raison d'exempter le candidat de sa responsabilité le jour de l'examen.
Dieu vous influence dans le sens où il vous met dans des épreuves tous les jours: Parfois, il peut renverser le résultat de votre action, pour vous tester, mais ça reste des épreuves. Il vous jugera seulement sur votre réaction. Imaginez que vous prépare un concours, vous avez travaillé dur et vous êtes quasi-sur de réussir votre concours. Mais le jours de l'examen, vous étiez pris d'une crise de stress qui vous a bloqué totalement et vous avez raté le concours. Pour un non croyant, il peut soit se rebeller et dire que c'est une injustice et se lamenter pourquoi ça lui arrive qu'à lui et à ce moment là, etc ; Ou il considère que c'est juste un échec et essaye d'en tirer les enseignements afin de mieux gérer son stress la prochaine fois. Pour un croyant fataliste, il dira tout simplement que c'est la volonté de Dieu et ça s'arrête là. Pour un croyant responsable, d'abord, il prend conscience qu'il s'agit d'une épreuve et que parfois même en travaillant dur on n'a pas le résultat escompté et accepter le verdict de Dieu. ensuite, tirer les enseignements de cet échec pour minimiser le risque d'échec. Donc reconnaitre la volonté de Dieu n'implique pas forcément résignation. Tous les spécialistes de développement personnel vous le diront, accepter n'est pas se résigner. Au contraire, l'acceptation des événements de sa vie est un tremplin pour agir. Car quelqu'un qui n'accepte pas d'être handicapé passera son temps à lutter contre lui- même, voir mettra un terme à sa vie. Au contraire de quelqu'un qui a accepté son handicape, mobilise toute son énergie pour vivre autrement.
les Hommes sont-ils libre en réagissant aux événements ?
Il n' a pas de liberté absolue au sens d'absence de contrainte. Car le fait même d'avoir soif, d'avoir faim, on n'est pas libres au sens absolu. Donc réagir à des événement ne signifie pas les subir. On a la liberté de les juguler ou de les subir.
Bonjour Emmanuel, Comme
Bonjour Emmanuel,
Comme déjà discuté: le système capitaliste n’encourage pas à la responsabilité puisqu’il s’agit de prendre des risques pour faire augmenter la plus rapidement les profits. Par conséquent, cette dynamique tend à rendre les Hommes de moins en moins responsables.
Vous introduisez une nouvelle composante dans votre analyse : Dieu. Et vous dites que l’expression : « si Dieu veut », signifie :« je m’engage à effectuer quelque chose, mais sachant que la volonté de Dieu est plus forte ».
Alors, c’est donc bien Dieu qui introduit ce fatalisme puisque selon vous : « la volonté de Dieu est la plus forte ». C’est cette croyance qui introduit une limitation de la liberté des Hommes.
Vous prétendez que « La volonté divine laisse ainsi une marge de manœuvre à la volonté humaine et à la responsabilité individuelle » pouvez-vous détailler qu’elle est cette « marge de manœuvre » ? Quelle est donc la part de liberté que détiennent les Hommes selon vous ?
Bien cordialement,
Rhéteur9
Même si le commentaire a
Même si le commentaire a été adressé en premier à mon collègue, je me permets d'intervenir pour éclaircir quelques points :
le système capitaliste n’encourage pas à la responsabilité.
Si le système capitaliste n'encourage pas la responsabilité, que dire du système communiste ou socialiste. La responsabilité est au cœur du système capitaliste comme elle est au cœur du libéralisme. Si vous êtes libres de faire les choix qui vous conviennent vous êtes aussi responsable des conséquences. Vous devez assumer les pertes comme vous bénéficiez des profits.
Alors, c’est donc bien Dieu qui introduit ce fatalisme.
Justement vous faites la même interprétation qu'une grande partie des musulmans. Vous savez, lorsque l'on fait une action on 'est pas toujours sur d'obtenir le résultat escompté. Il y des variables contrôlables et d'autres incontrôlables dans chacune de nos actions. Pour les gens qui croient en Dieu, celui-ci est omnipotent, ce qui veut dire qu'il est capable de modifier le cours des événements s'il le veut de manière à influencer la nature du résultat de votre action. C'est une simple croyance ou un mythe pour vous, mais c'est un fait pour quelqu'un qui croit en Dieu. Mais le problème n'est pas entre croyants et non croyants. Le problème est dans l'interprétation que l'on fait. Si vous en faites une interprétation littérale vous serez tentés d'en déduire que c'est Dieu qui est à l'origine de ce fatalisme puisque c'est sa volonté qui est déterminante. Mais, ce n'est pas perce que vous reconnaissez, par humilité, l'existence d'une puissance plus forte que vous que vous êtes résignés, que vous renoncer à faire quoi que ce soit. Le but de cette reconnaissance, pour les croyants, est de ne pas tomber dans le piège de l'arrogance et de la mégalomanie,ce qui finit par les éloigner de Dieu, car à un moment donné, ils finissent par se prendre pour des Dieux. Malheureusement, cette reconnaissance a été mal interprétée et devenue une excuse pour opérer un transfert de responsabilité des croyants vers Dieu. Au final, au lieu d'avoir des croyants pro-actifs et humbles, on eu le droit à des croyants résignés et complètement passifs.
Quelle est donc la part de liberté que détiennent les Hommes selon vous ?
Je pense qu'aussi bien dans la religion chrétienne que musulmane, l'homme est responsable de tous ses actes. Il y a certains évènements exogènes qui constituent des épreuves qui ne dépendent pas de l'action et des choix des individus. ces derniers ne sont pas responsables de ces événements, mais de leur réaction vis-à-vis de ces événements.Si l'un subit un accident et devient handicapé, il est libre de choisir, soir de se lamenter sur son sort toute sa vie, soit d'accepter son destin et de trouver des moyens pour vivre et s'épanouir autrement. Donc, accepter son sort ici n'est pas synonyme de résignation. Au contraire, ça libère l'énergie de l'individu et au lieu de la cristalliser dans la haine et la frustration, il la canalise pour surmonter son handicape. Donc la marge de liberté que détiennent les hommes réside dans leur liberté de choisir la manière de réagir face aux événement et au destin de leur vie.
Bonjour Rhéteur9, La
Bonjour Rhéteur9,
La liberté d'écrire un commentaire comme celui-là par exemple ?
Sans plaisanter, je (nous) n'ai pas introduit Dieu dans mon analyse au sens où j'aurais une vision "providentielle" du capitalisme. Je ne suis pas particulièrement religieux pour ma part (ce qui n'est pas le cas de mon collègue). Mais des milliards de gens croient en Dieu et adoptent une interprétation fataliste de leur religion. Il nous semblait important d'en parler. La part de liberté que détiennent les hommes en général est très largement déterminée par les hommes politiques qui les gouvernent. Nous pensions là des pays comme l'Égypte par exemple.
La fatalité n'existe pas
La fatalité n'existe pas ,il n'y a pas de chance ni de malchance ,il y a le plan du diable comme le montre le Livre de JOB ,et le Plan de Dieu .Acceptons le Plan de Dieu par Jesus Christ qui a porté tous les pechés du Monde et nous serons tous sauvés .
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