Le virage protectionniste algérien

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Youcef Maouchi – Le 19 novembre 2009. Motivé par un désir d’accompagner les entreprises locales et d’alléger la très lourde facture des importations, le gouvernement algérien a entrepris dernièrement une série de réformes et de réglementations, alors que son économie vient de se voir déclasser de deux places par le rapport Doing Business, passant ainsi à la 136e position sur 183. Elle n’occupe, d’ailleurs que la 89e place sur 133 économies dans le Global Competitiveness Report, publié par le Forum Economique Mondial. Ces réformes vont-elles améliorer la situation des entreprises algériennes qui ont de plus en plus de mal à faire face à la concurrence des entreprises étrangères, d’un côté et à un marché informel grandissant de l’autre ?

Entreprendre en Algérie : un vrai défi

Même si les indicateurs cités ci-dessus sont loin d’être parfaits, les problèmes sont bel et bien réels. En témoigne l’état du tissu économique algérien dressé de manière unanime par les chefs d’entreprises algériennes réunis au cours d’un forum à Alger en septembre dernier et qui vient confirmer la tendance de ces indicateurs.

Ainsi, à côté des difficultés de financement, résultant notamment d’un système bancaire archaïque et déphasé, les opérateurs sont contraints d’évoluer dans un environnement bureaucratique étouffant et inefficace qui, couplé aux phénomènes de corruption gangrenant toutes les sphères de la société algérienne, empêchent tout développement des entreprises. L’Algérie vient d’ailleurs d’être aussi classée de la 92 à la 111ème place sur 180 pays dans le tout nouveau rapport Transparency International, publiant l’indice de perception de la corruption.

Il est clair que dans de telles conditions les entreprises auront du mal, non seulement à rivaliser avec les entreprises étrangères, mais également à faire face à des marchés informels grandissants résultant directement de réglementations irrationnelles qui forment de vraies barrières à l’activité formelle. Cette informalité forcée freine le développement économique et empêche ainsi de s’armer contre la concurrence étrangère : les entreprises ne peuvent se développer dans l’informel.

Diagnostics erronés, solutions dangereuses :

Justifiant sa décision par un souhait d’augmenter la participation des entreprises locales dans l’économie et réduire la facture des importations, le gouvernement algérien a cru bon de répondre avec une nouvelle vague de « réformes » et de réglementations.

Mais en regardant de plus près la loi de finance complémentaire de 2009, on peut facilement qualifier ces nouvelles dispositions de suicidaires, car loin de stimuler les acteurs locaux et d’attirer de nouveaux partenaires, elles ne feront que décourager voir tuer toute nouvelle initiative.

En effet, tous les investissements étrangers à venir doivent être effectués en association avec un actionnariat algérien dont la part s’élèverait à 51%. Sachant que les entreprises locales ont des difficultés à se financer, cette règle va sans doute, étouffer de nombreux partenariats dans l’œuf. Il est également établi dans cette mesure que tout projet d'investissement direct étranger doit d'abord être approuvé par le Conseil national de l'investissement, rajoutant ainsi une couche de bureaucratie. Comme les structures pour traiter tous les dossiers manquent, cela renforcera seulement la corruption. De plus, l'augmentation de capitaux par le biais de partenariats doit découler d'une décision des services nationaux.

C’est par ailleurs une mesure d’ingérence dans les affaires privées des entreprises, car seules elles ont la capacité de savoir quels seront leurs meilleurs partenaires. Les entreprises étrangères, notamment les sociétés d'importations, doivent avoir un minimum de 30% de participations locales dans leur capital. Enfin, les paiements des importations doivent être garantis par une lettre de crédit. Ce qui aura pour effet d’augmenter les coûts de transaction avec l’étranger déjà très élevés. Ainsi, il devient clair qu’au lieu de libérer l’initiative économique, le gouvernement algérien est en train de la restreindre en bureaucratisant la décision d’investir.

Vouloir limiter la participation étrangère dans l’économie nationale en pensant que les acteurs locaux prendront le relais alors que la facilité à faire des affaires n’est pas permise, n’est pas une solution durable, ni pour les entreprises locales, ni pour les consommateurs. Ce type de mesures a déjà montré ses limites par le passé. Notamment, entre 2000 et 2005 quand les autorités algériennes ont voulu résoudre le problème de la dépendance aux importations des médicaments, en interdisant tout simplement l’importation des médicaments déjà produits localement. Malgré ces mesures, la facture des importations n’a cessé d’augmenter. L’inefficacité de telles mesures a poussé le gouvernement algérien à faire marche arrière en 2005.

Ces mesures auront aussi pour effet pervers de décourager des investissements étrangers. Ceux-ci seront moins enclins à investir dans un pays où les règles du jeu sont modifiées de façon arbitraire selon une logique politique et bureaucratique. Ce retour à un nationalisme économique empêchera la remise à niveau de l’appareil productif et la diversification des investissements en Algérie, ce qui accroîtra la dépendance de cette dernière à son pétrole et à son gaz et l’enfermera durablement dans la malédiction des ressources naturelles.

Vouloir remédier à la situation actuelle est légitime, mais il ne faut pas se tromper de cible. Au lieu de choisir des solutions court-termiste, en se tournant vers la réglementation et le protectionnisme, il faut s’attaquer aux vrais problèmes, ouvrir le chemin aux entreprises locales en assainissant l’environnement dans lequel elles évoluent et en réduisant le nombre de problèmes crées artificiellement, auxquels elles font face. Brandir l'argument de souveraineté nationale est populiste et ne peut qu'aggraver la situation et compromettre tout développement pérenne de l’Algérie.

Youcef Maouchi est assistant de recherche sur www.UnMondeLibre.org.

Commentaires

la réalité est encore plus amére

Monsieur Maouchi ne vous trempez pas de cible...
Avant de rentrer dans le débat fort intéressant du choix du modèle économique, prenant le temps d'analyser la situation politique de ce pays. car nous nous pouvons en aucun cas dissocier l'économique du politique, le second permet de mettre en œuvre le premier. L'instabilité des institutions Algériennes rend toute réforme inopérante et sans aucun effet ni a court terme ni a long terme d'ailleurs. comme vous le savez et j'en doutes pas, des institutions puissantes et correctement définies constituent la base solide pour toute économie qui se veut performante. le constat de la réalité nous amènes a penser que l'économie Algérienne est gérée du jour le jour par des personnes n'ayant aucune compétence dans le domaine et agissant pour le compte de "celle dont on ne prononce pas le nom"; ce constat amère et désolant nous interdit d'analyser la situation de l'économie Algérienne comme celle d'un État( une nation si vous préférez) mais plutôt comme une firme cherchant a préserver le taux de profit de ses actionnaires voire l'accroitre.cela dit le diagnostic que vous faites dans votre article est complètement pertinent dans le cas d'un pays mais pas dans celui d'une firme.les économistes sont en majorité d'accord pour condamner le protectionnisme et ses effets a court terme mais ceci n'est valable que sur la plan macroéconomique. Dans le cas Algérien ces mesures protectionnistes s'analysent comme faisant partie d'un plan d'action décidé par un conseil d'administration de cette fameuse firme dont le directeur exécutif se prénomme Ouyahia. c'est en se mettant sur ce terrain qu'on peut comprendre le sens de ces mesures.

Réglementation et effets néfastes.

Monsieur,
le problème que vous soulevez est une autre problème, plus large. Dans cet article j'ai essayé avec mon regard économiste d’analyser les effets néfastes de certaines réglementations, quand bien même leur designers aspiraient à un bien de la société. Voici un exemple, des résultats directs de ce type de réglementation. J’ai mis en garde contre ce type de mesure dans mon article :

http://elwatan.com/Consequences-de-la-generalisation

Le développement d’un pays doit reposer sur un terreau d’institutions
claires et stables et surtout qui facilitent le travail des entreprises
qui sont le poumon de l’économie, la force motrice du développement.

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