Afrique : Stratégies d’accélération de la croissance

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Oasis Kodila Tedika – Le 18 octobre 2011. Depuis plus d’une décennie, la croissance africaine semble persister. La croissance du PIB y a, il est vrai, ralenti à la suite de la crise financière internationale, passant de 4,9% en 2008 à 1,6% en 2009. Mais, elle est vite revenue à la hausse. Cette annonce positive ne devrait pas détourner l’attention des efforts considérables qu’il reste cependant à faire. Selon les projections, avec un rythme des taux de croissance proches de 10 % et une croissance démographique proche de 2 % l’an, il est envisageable que d’ici à 2050 l’Afrique ait, en moyenne, le même niveau de revenu que les derniers pays entrés dans l’Union européenne. Mais pour cela, il faut améliorer le contexte institutionnel africain.

Des taux de croissance qui réduisent la pauvreté sensiblement sont ceux qui sont soutenus. Et étant donné la gravité de la pauvreté africaine, il faut accélérer la croissance. On parle maintenant presque conventionnellement d’«accélération» lorsque, pour une année donnée, le taux de croissance par habitant sur cinq ans dépasse d’au moins 2 points celui des cinq années précédentes et s’il est égal ou supérieur à 2 %, et que, en outre, le revenu per capita est plus élevé après l’accélération que le meilleur niveau enregistré auparavant. Pour le cas africain, les économistes s’accordent à dire que ce continent reste loin de son potentiel. Ce qui, d’une certaine manière, est une bonne nouvelle.

En effet, à titre illustratif, Simon Johnson, Jonathan D. Ostry et Arvind Subramanian rapportaient déjà en 2007 que la qualité moyenne des institutions économiques, mesurée par le risque d’investissement, pour le groupe des pays à résultats prometteurs africains (PRPA) – Burkina Faso, Éthiopie, Ghana, Mali, Mozambique, Ouganda, Sénégal et Tanzanie – s’élèvait à 7,9, soit déjà supérieure à celle des pays qui ont connu une croissance soutenable (PCS) au milieu des années 80 dont la moyenne était de 6,4. L’Afrique sub-saharienne et même ses pays prometteurs font mieux en termes de contraintes à l’exécutif que les PCS, en dépit du fait que leur note soit inférieure à celle du monde en développement. L’Afrique a d’autres atouts.

Comme on le sait maintenant, il n’y a pas de soutenabilité de la croissance sans une amélioration des institutions. Catherine Pattillo, Sanjeev Gupta et Kevin Carey écrivent : « En fait, l’indice de l’évaluation de la politique et des institutions nationales, de la Banque mondiale, qui apprécie de manière générale l’orientation de la politique économique, est resté stable ou s’est amélioré durant les périodes d’accélération ». Donc, autrement dit, l’Afrique ne peut guère échapper à cette loi d’airain. C’est ainsi par exemple que l’Afrique sub-saharienne devra porter une attention particulière au coût de création d’une entreprise, qui est deux fois supérieur à celui du monde en développement et sept fois supérieur à celui des PCS. La situation des PRPA est encore pire : dix fois supérieur aux PCS.

Il faut donc un tissu institutionnel permettant de dynamiser l’entrepreneuriat. L’Afrique doit impérativement améliorer le climat des affaires, mettre en place un environnement plus propice afin que les entreprises puissent s’établir et prospérer. Ce qui permettra d’encourager l’investissement privé, sans lequel la viabilité de la croissance reste discutable.

Au-delà de l’amélioration des institutions, des études récentes ont mis à jour d’autres éléments qui font de pair avec la soutenabilité de la croissance. Parmi ces éléments, on compte une gestion macroéconomique prudente ou saine. S’il est vrai que l’Afrique a relativement réussi à réduire l’inflation, la question de sa volatilité n’est guère résolue complètement. Le solde budgétaire devrait aussi préoccuper les autorités. Là où le bât blesse encore davantage, c’est au niveau du taux de change. Simon Johnson, Jonathan D. Ostry et Arvind Subramanian estiment que la monnaie serait réellement surévaluée de 17,4%, alors que les pays en développement hors Afrique vivraient avec une sous-évaluation (-6,1%).

Ces études mettent aussi en évidence le rôle majeur du commerce comme moteur important de ces accélérations. Cela se concrétise par une hausse des exportations et d’une libéralisation des échanges. Or, le ratio exportations/PIB demeure faible en Afrique, surtout si l’on considère les exportations de produits manufacturés, relativement aux autres nations en développement. C’est à ce niveau que l’Afrique devra gagner le pari de la diversification, afin de stimuler les exportations de produits manufacturés. Car celles-ci nécessitent une forte intensité de main-d’œuvre (réduction du chômage garanti, etc.), bénéficient à un grand nombre, placent l’économie dans un cercle « vertueux » et favorisent même l’amélioration des institutions. Le rôle de la croissance de l’agriculture, surtout de sa productivité, est indéniable, étant donnés les effets d’entraînement de longue durée qu’elle exerce sur l’économie.

L’autre levier sur lequel s’appuyer est l’éducation. Le taux de scolarisation reste encore très faible, comparativement à ce qui se passe dans le monde en développement. La situation est rendue encore plus complexe quand on aborde la qualité de cette éducation, qui est fortement affectée par la corruption discrète.

En somme, il existe une gamme de politiques qui devront être mises en place par les gouvernements africains pour permettre à l’Afrique de faire complètement usage de son potentiel, et donc d’accélérer sa croissance, en dépit de son côté partiellement imprévisible, et améliorer les conditions de vie des africains.

Quelques references

Hausmann, Ricardo, Lant Pritchett, and Dani Rodrik, 2004, “Growth Accelerations,” NBER Working Paper No. 10566 (Cambridge, Massachusetts: National Bureau of Economic Research).

Pattillo, Catherine A., Sanjeev Gupta, and Kevin Carey, 2005, “Sustaining Growth Accelerations and Pro-Poor Growth in Africa,” IMF Working Paper 05/195.

Simon Johnson, Jonathan D. Ostry, and Arvind Subramanian, 2007, The Prospects for Sustained Growth in Africa: Benchmarking the Constraints, IMF Working Paper /07/52.

Abdoul’ Ganiou Mijiyawa, 2008, Sustained Economic Growth: Do Institutions Matter, and Which One Prevails?, Cato Journal, Vol. 28, No. 3, pp. 385-420.

Jones, Benjamin F. and Benjamin A., Olken, 2005, “The Anatomy of Start-Stop Growth,” Working Paper 1152.



























Commentaires

Comment je mesure le

Comment je mesure le progrès économique?comment comprendre le développement? Evidement la question a tout son sens et je vois bien que vous l'avez prise à bras le corps et cela est tout à votre honneur quand vous posez de manière quantitativiste les indices de croissance tels que le PIB, le RNB,le niveau du travail et de qualification des travailleurs avec des reférences outillées et détaillées... la liste est non exhaustive et on peut en citer à l'échelle.Je me reprend...votre travail là dessus est fort intéressant.
Cependant contrairement à vous et à votre travail remarquable je crois que ces indicateurs économiques soient plus des passerelles vers l'émergence économique et ne sont pas assez cohérentes pour traiter de cette lourde problématique;J'aurai aimé que votre analyse soit portée plus sur des indices modernes et fondamentaux qui semblent à mon sens plus représentatifs dans la perspective mondialisée du développement en Afrique.Vous l'aurez compris il s'agit de l'indice de développement humain (IDH)! ou encore du PIB par tête qui tous deux sont des indicateurs reconnus par les organismes internationaux qui traitent de la complexité de la croissance et du développement à savoir le PNUD et autre OCDE...Certainement celà mériterait de faire l'objet d'une autre étude menée par vos soins!En tout ças j'aimerai bien vous lire là dessus.

1. Le débat que vous lancez

1. Le débat que vous lancez serait sans fin si on ne précise pas des concepts. C'est là l'intérêt de la chose. En sus, vous introduisez un autre concept que vous définissez pas clairement "émergence économique"...
Attention, quand vous écrivez que ce sont pas des passerelles pas assez cohérentes, j'aimerais aussi comprendre. Là encore on revient à la case du départ.
2. IDH n'est pas plus moderne croissance économique. Et en parlant de la croissance, de manière usuelle et très généralement, quand les économistes du développement ou de la croissane parlent de la croissance ils regardent d'abord le PIB par tête ou sa variation (croissance). Donc, mon analyse n'est pas hors propos. Je me focalise pas sur la croissance de l'économie seulement, c'est ailleurs beaucoup plus vers celle du PIB per capita.
3. Si vous lisez les deux références que je vous ai données, vous aurez la réponse sans problème à vos questions très cher.

Monsieur Kodila Tedika votre

Monsieur Kodila Tedika votre enquette sur la croissance soutenue ou soutenable de notre continent m'interpelle particulièrement car il se trouve que je m'intéresse depuis peu aux differentes formes de mécanismes qui la rendrait possible.Ainsi je vous fais mention de ce que j'estime vrai même si sur le fond et sur l'éssentiel je présente peu de désacords avec votre analyse par exemple lorsque vous identifiez le rôle primordial des institutions dans le processus de croissance économique.Si il reste vrai que l'inovation ,le réseautage, le libre jeu du marché conccurentiel,les pôles de compétitivités,la recherche technologiques et la stabilité des systèmes politiques et économiques sont des facteurs indispensables à la croissance il est également vrai que ce qui importe dans le progrès économique c'est la perspective du développement...Et c'est là dessus ou j'ai moins de compatibilités avec votre analyse!
Votre enquette insiste énormement sur la croissance sans en démontrer les débouchés! la croissance pour la croissance ne servirait à rien puisque l'objectif est la transformation des modes de civilisation sociaux politiques économiques et culturels...L'objectif d'une croissance soutenue devrait être un dépassement d'une certaine structure vers une infrastructure, une nette amaliration des situations économiques des pays à bas revenus, une espérance de vie meilleure pour les population gage de la croissance et atrait pour les IDE(Investissement Directs Etrangers), une amélioration des systêmes sanitaire, une réduction du niveau de l'analphabétisation par une éducation plus proche et de qualité ...bref pour faire court l'atteinte des huit objectifs du millenaire pour le develloppement.Voilà tout l'enjeu à mon sens d'une nécéssité de la croissance durable de L'Afrique!

Qu'est-ce que vous entendez

Qu'est-ce que vous entendez par progrès économique? Vous le mesurez comment?

Sans multiplier les références scientifiques, la croissance est fortement corrélée au bien-être. Cette étude Charles I. Jones & Peter J. Klenow, 2010. "Beyond GDP? Welfare across Countries and Time," NBER Working Papers 16352, National Bureau of Economic Research en est la preuve. Je peux aussi vous fournir des milliers de référence qui lient la croissance à plus d'instruction, bonne santé, etc.

Je ne dis pas que la croissance est la finalité de toute chose; elle n'est qu'une condition nécessaire au développement lato sensu. Elle reste un élément clé, surtout pour l'Afrique. Voici la conclusion d'une autre étude très intéressante :
"Ce texte s'interroge sur ce que les pays à faible revenu peuvent attendre de la croissance en termes de bien-être. Interprétant les données internationales disponibles, il observe que conformément au paradoxe d'Easterlin, plus le revenu est élevé, plus les individus se déclarent heureux, excepté dans un cas : le lien entre croissance de long terme du revenu national et augmentation du bien-être reste vivement débattu ; essentiellement, il s'agit de savoir si le coefficient de corrélation est trop faible pour être considéré comme significatif ("too small to matter").
Les explications de la faible corrélation entre croissance du revenu sur le long terme et bien-être subjectif tiennent à la nature même de la croissance (effets secondaires négatifs tels que la pollution) et à l'importance psychologique des phénomènes de comparaisons et d'adaptation. Les données disponibles contiennent deux enseignements importants : les comparaisons de revenu semblent bien affecter le bien-être subjectif, même dans les pays très pauvres ; cependant, l'adaptation est sans doute un phénomène plus spécifique aux pays riches.
Nous pensons que les données disponibles ne permettent pas d'écarter l'idée que la croissance accroîtra le bonheur dans les pays à faible revenu. D'une part, les analyses longitudinales internationales reposent sur des mesures agrégées, qui sont moins fiables que les mesures individuelles. D'autre part, le développement est un processus qualitatif qui implique des décollages et des seuils. De tels changements de régime peuvent être suivis à la trace à travers les mesures de satisfaction subjectives. Le cas des pays en transition est particulièrement remarquable à cet égard : les scores moyens de satisfaction suivent étroitement l'évolution du PIB pendant les dix premières années du processus de transition, jusqu'à ce que le régime se stabilise. Si des mesures subjectives de bien-être étaient disponibles dans les pays à bas revenu, elles aideraient certainement à évaluer les différents stades et dimensions du processus de développement des pays à faible revenu."
La référence est là : Andrew E. Clark, Claudia Senik (2010) Will GDP growth increase happiness in developing countries?, Paris School of Economics Document N° 2010-43.

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