Diversité : quid du marché ?
Steven Horwitz – le 18 mars 2010. L’une des causes les plus défendues, entre autres dans l'enseignement supérieur, est celle de la « diversité ». La diversité dans la main d’œuvre, dans le corps étudiant ou parmi nos dirigeants, dit-on, permettra de créer de meilleurs résultats pour tous les intéressés. Faire refléter la diversité de la population globale au sein de ces groupes est presque sans conteste un objectif primordial.
Il ne s’agit pas de le contester, ni de répondre à la question de savoir si la meilleure ou la seule mesure de la diversité est l’apparence physique (par opposition à la pensée par exemple). Au lieu de cela, on peut suggérer que si les partisans de la diversité la souhaitaient vraiment, ils devraient être beaucoup plus favorables au libre-marché qu'ils ne le sont généralement.
Non seulement les marchés dépendent de la diversité humaine déjà existante, mais en accomplissant ce qu’il faut bien appeler un miracle, ils mènent aussi à une plus grande diversité. Le premier de ces arguments est fondamental en économie. Les marchés reposent sur l'échange, et l'échange exige la propriété privée. Ce qui rend l'échange de notre propriété privée (y compris celle dont nous disposons sur notre travail) aussi productif, c'est que nous avons tous des compétences et des talents différents qui nous permettent de nous spécialiser dans la production de certaines choses, mais pas d’autres. C'est la diversité de ces compétences et talents qui alimente la productivité du marché.
Très tôt dans l'histoire de l’humanité, ceux qui étaient doués pour l’agriculture rendaient service à ceux qui étaient doués pour autre chose, grâce à la possibilité d'échanger. Le tisserand qui faisait des vêtements rendait service à la communauté de la même manière. Mais ces échanges mutuellement avantageux sont plus faciles dans un monde où la propriété privée est protégée et où une monnaie est utilisée. C'est ce processus que les économistes appellent la spécialisation par « avantage comparatif ». C'est juste une autre manière de dire « diversité ».
Plus profondément encore, les « avantages comparatifs » mettent en évidence que même la personne qui n'est pas aussi bonne que les autres pour quoi que ce soit peut encore trouver un domaine pour lequel elle a comparativement un avantage (parce que les autres se sont déjà spécialisés là où ils excellent le plus), et contribuer ainsi à une augmentation de la richesse sociale. Le marché peut satisfaire non seulement différents types de compétences, mais aussi les différents niveaux de compétences. Sur un marché vraiment libre, toute personne qui produit quelque chose ayant de la valeur pour d'autres peut trouver sa place. Ludwig von Mises a élargi ce principe à toutes les formes de la coopération de l'homme en la nommant la « loi de l'association » : là où les gens se spécialisent dans la production et l'échange pour obtenir ce qu'ils veulent, ils vont créer des interdépendances entre eux qui sont des formes d'association et de coopération qui définissent ce qu’est une « société ». La spécialisation et l'échange ne nous isolent et ne nous divisent pas, ils nous permettent de tirer parti de notre diversité au profit de nous tous.
C’est avec beaucoup de piété que cette idée a été exprimée par le rabbin britannique Jonathan Sachs, qui écrit : « C'est à travers l’échange que la diversité devient une bénédiction, et pas une malédiction ». La diversité humaine est ce qui fait fonctionner l'échange en tant que processus créateur de richesses.
Mais ce n'est qu’une partie de l’histoire. Les marchés ne se nourrissent pas simplement de la diversité préexistante ; ils sont également essentiels dans la création de davantage de diversité qu’il n’y en aurait autrement. Si l'on considère que la diversité couvre uniquement « l’origine » ou « l'ethnie », alors il est à noter que la richesse que le marché a rendue possible a permis aux êtres humains d'interagir, tant en personne que par voie électronique, avec une variété d'autres humains plus large que jamais. La diversité humaine à laquelle même les plus pauvres et les plus isolés géographiquement des Américains ont accès aujourd’hui est incomparable avec les petites bulles homogènes dans lesquelles vivaient leurs ancêtres il y a à peine deux générations. Les mariages et amitiés entre origines et ethnies différentes, sans parler des relations professionnelles, sont d'autant plus courants grâce au marché, qui a abaissé les coûts autrefois nécessaires pour rencontrer des personnes venant du monde entier.
Au fur et à mesure que les marchés créent plus de richesse, le travail est de plus en plus spécialisé : une autre manière par laquelle les marchés conduisent à une plus grande diversité dans d'autres dimensions. L'éventail des emplois offert aux hommes est beaucoup plus large qu’il y a une centaine d'années, créant non seulement plus de richesse, mais aussi plus de possibilités de rencontrer des gens qui sont fondamentalement « différents ». Pensez à tous les métiers qui existent aujourd'hui qui n'existaient pas il y a un siècle. Leur nombre est beaucoup plus grand que le nombre de métiers qui ont disparu pendant cette période. Une spécialisation accrue, bien sûr, signifie un recours accru à l'échange, qui nous rend à son tour de plus en plus interdépendants.
Si ceux qui préconisent une plus grande diversité sur le lieu de travail, à l’école, à l’université, ou dans la classe politique, le font parce qu'ils pensent que davantage de diversité, d’interdépendance, et d’interactions avec ceux qui sont différents représente une bonne chose, ils devraient consacrer au moins autant d'attention à libérer les marchés de bon nombre de politiques dirigistes étouffantes. Rien dans l’histoire de l’homme n’a plus fait pour diversifier l'humanité et magnifier les avantages de la diversité que le marché.
Steven Horwitz est Professeur d’économie à la St. Lawrence University aux USA.
Cet article a été publié originellement en anglais sur
www.freemanonline.org.












Commentaires
Bonjour M. Martin, Vous le
Bonjour M. Martin,
Vous le dites vous même la concurrence est un processus « de sélection » et «certains sont éliminés». Comment la diversité peut-elle être créée au passage de la diversité, si elle est détruite par la suite ? Car plus le temps passe et plus la compétition est difficile. La concurrence est ici synonyme d’accaparement (part de marché). Dans un tel processus, la fin de l’histoire c’est un monopole ou une oligarchie, car le fait de gagner des clients pour l’un, c’est en prendre pour l’autre. Vous raisonnez dans un monde infini, qui permettrait à de nouveaux compétiteurs de venir encore et toujours alimenter le processus de compétition. Le monde dans lequel nous vivons est limité en ressource… par conséquent, le nombre de compétiteurs tend à se réduire au fur et à mesure que la compétition dure.
Encore une fois, je pense qu’il est nécessaire de faire très attention à ce type de raisonnement. Il s’agit d’une inversion de sens (c.f Orwells, 1984), qui consiste à substituer au sens propre des mots leur contraire. Pour reprendre Orwell, cela se traduit par des slogans comme « La liberté c’est l’esclavage », « L’ignorance c’est la force » ou « la guerre c’est la paix » et dans le cas qui nous intéresse : « la concurrence c’est la coopération ».
Oui, j’interagir avec mon boucher, mais je ne suis pas en compétition avec lui, pour lui, je suis « une part de marché »…
« Le commerce français s'est fortement transformé depuis une trentaine d'années. Le nombre de petites épiceries a été divisé par six, celui des boucheries par trois. Une commune sur deux n'a plus aucun commerce de proximité » (source INSEE, http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip831)
Quelle bonne analyse!Rien à
Quelle bonne analyse!Rien à dire si ce n'est la perfection...
Vatilo
C'est vrai, c'est la
C'est vrai, c'est la perfection dans le fanatisme idéologique. A ce niveau, il aurait été bon de finir par un: "et Dieu créa les marchés"...
Le fanatisme
Le fanatisme idéologique... Ah..rheteur.. arrêtez...:)
Personne ne dit que les marchés sont parfaits dans le texte. Le petit Jésus n'est pas là non plus, même si un rabbin est cité. On dit simplement qu'ils se nourrissent de la diversité et permettent plus de diversité, et que dans le débat sur la diversité, c'est un élément imporant. Au passage, vous ne mangez jamais chinois ou italien ? Vou sn'écoutez pas de rock ? Le cinéma allemand ?
Les marchés parfaits ça n'existe pas, si ce n'est dans la tête de quelques néoclassiques obnubilés par la physique.
Un rabbin est effectivement
Un rabbin est effectivement cité en renfort. Le problème tient dans cette phrase : "ce qu’il faut bien appeler un miracle, ils mènent aussi à une plus grande diversité".... Un miracle pourquoi?
Quelle diversité ?, les marchés tendent à uniformiser la société. Mêmes enseignes de restaurations, de magasins... quasiment partout. La diversité est broyée (cinéma indépendants, petits commerces, filières d'enseignements...) car les marchés valorisent ce qui fait de l'argent; ce qui ne fait recette n'a presque aucune chance de voir le jour. Dans l'article, ils sont présentés comme un échange miraculeux qui crée de la diversité.... La diversité citée (par ex. pour les emplois) n'est pas le fruit des marchés mais de la répartition des richesses durant le 20e siècle, qui a permis de créer dans des domaines qui ne peuvent pas se développer sinon (les sciences sociales, la culture,...). Les marchés eux, concentrent et valorisent les activités fortement rémunératrices, de ce fait ils ne peuvent nourrir la diversité qui ne peut aller de paire avec la concurrence.
Quant à l'échange, tout le monde peut il échanger ? Pourquoi certains ne peuvent pas ou plus échanger si les marchés sont si miraculeux ? De plus en plus (entreprises, particuliers) sont exclus des marchés, est ce signe de développement de la diversité ?
Pour répondre sur mes préférences, j'aime la cuisine japonaise, italienne aussi. J'apprécie un bon rock également.....
Ah... toute traduction est
Ah... toute traduction est une trahison. L'auteur en anglais parle de magie. Mais on reste dans le même domaine j'imagine. Donc, un miracle ou une magie parce que les marchés coordonnent des milliards de décision. Il n'y a effectivement rien de miraculeux ou de magique quand on comprend le fonctionnement qui mène à cette coordination. C'est effectivement "une façon de parler". Mais ces marchés tirent quand même le développement de milliards d'êtres humains qui y ont accès. Alors finalement on n'est peut-être pas si loin du miracle.
A côté des grandes enseignes, combien de petites ?
Effectivement la société de marché tend à être dominante. Peut-être parce que les gens la préfèrent au fond ? En Afrique, les gens crèvent- littéralement -pour avoir droit à cette satanée société de marché (moderne, puisque l'Afrique est profondément une société de marché traditionnelle, mais étouffée par le pouvoir - souvent par ses liens avec des multinationales corruptrices, je le concède volontiers - on a pas mal écrit sur la Françafrique sur ce site).
Je veux bien que de nombreux domaines aient été financés par l'État, mais le moteur principal de la spécialisation c'est quand même le privé. Essentiellement le privé marchand. Mais le rôle des fondations privées (pas en France... évidemment) a été aussi majeur pour financer l'innovation dans divers domaines.
La concurrence est porteuse de diversité :c'est même elle qui la génère : je veux faire mieux que mon voisin.Je veux rendre un service meilleur. Bien sûr c'est le profit qui motive ça sur les marchés.
Non, ceux qui sont exclus politiquement des marchés ne peuvent échanger. Voir l'Afrique encore. Il y a aussi des exclusions qui ne sont pas à mettre sur le dos des marchés à 100% me semble-t-il. Même si la société de marché a parfois des ratés et peut générer l'exclusion. Pas de perfection en la matière, malheureusement. Cependant, il me semble surtout que quand il n'y a pas de marchés, il n'y a pas de prospérité, et que tous sont des exclus. Je crois qu'il y a des jolis exemples encore - malheureusement - autour de la planète.
Mais le marché ça n'est pas tout. C'est de l'échange économique. Il n'y a pas que ça dans la vie. Il y a toute cette sphère communautaire de l'échange non marchand (qui pourrait être si riche si on lui foutait la paix - je pense aux fondations ici par exemple). Il y a bien sûr aussi le politique.
C'est un article sur les marchés et leur lien avec la diversité. Pas sur le fait -absolument faux - que tout se résumerait au marché.
Bonjour, OK, alors restons
Bonjour,
OK, alors restons centrés sur la diversité.
Comment voulez-vous que la concurrence qui « élimine » les moins performants puisse-t-elle être porteuse de diversité ? Elle réduit les compétiteurs, la concurrence réduit donc la diversité !
Pour contrer cette incompatibilité, cet illogisme qui existe d’entré, Steven Horwitz utilise le champ lexical de la coopération (l’inverse de la compétition) et l’applique aux marchés, à la concurrence : « échanges mutuellement avantageux », « loi de l'association », « association et de coopération », « a permis aux êtres humains d'interagir », « plus de possibilités de rencontrer des gens ».
Alors que les marchés et la concurrence, c’est tout le contraire : c’est la lutte pour les parts de marché, c’est la rivalité, le désir de gagner plus que l’autre, car sinon on coule, de profiter de l’autre pour « performer », dans ce type de système : la fin justifie les moyen, l’interaction entre êtres humains se fait sur un mode d’exploitation et de recherche du meilleur retour sur investissement… Bref, c’est encore une fois : la loi du plus fort
En fait, avec son raisonnement, M. Horwitz réalise une belle escroquerie intellectuelle.
La concurrence est un
La concurrence est un processus d'innovation et de sélection. Effectivement il n'y a plus de carosses à chevaux... la vilaine conurrence des vilains marchés a "sélectionné" un autre mode de transport.
Evidemment le processus de concurrence fait que l'on se bat pour gagner des clients. Et certains sont éliminés. Mais au passage le processus (j'insiste sur ce terme, par différence avec "état") de concurrence a généré de la diversité. Sur la concurrence comme mélange de compétition et de coopération, je me permets de mentionner l'excellent ouvrage de GB Richardson : "Information and Investment". Un gros coup de pied salutaire dans ce monument de débilité qu'est la concurrence pure et parfaite (vous avez aussi Hayek, "The meaning of competition" pour cette version procédurale de la concurrence).
Si vous n'avez pas l'impression d'interagir et de coopérer avec votre boucher, votre boulanger, le maçon, le pompiste etc... eh bien... je ne peux rien vous dire de plus. J'imagine qu'il y a une main invisible qui vous met un pistolet sur la tempe à chaque fois que vous passez un contrat, même le plus petit possible. C'est bien triste.
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