Sept milliards d'humains ? pas de panique !
Le chiffre de sept milliards d'habitants n'a pas de quoi impressionner, quand on sait que la population mondiale a été multipliée par plus de cinq depuis 1850. Les théories malthusiennes ont toujours eu beaucoup de succès, mais ont été constamment démenties par les faits.
Bien entendu non seulement le ridicule rejoint l'ignorance mais aussi la mauvaise foi des vendeurs de peur. Le ridicule : comment identifier sans rire le nouveau-né qui marque l'événement (7 milliards d'habitants !) alors que les statistiques sont approximatives... à quelques dizaines de millions près ? Prenons un peu de recul et considérons les évolutions démographiques et économiques depuis 1850.
- La population mondiale a connu une croissance remarquable passant d'environ 1,3 milliard d'habitants en 1850 à 7 milliards, soit une multiplication par plus de 5. En bonne logique malthusienne on aurait pu s'attendre à une pénurie de matières premières et de nourriture et à une réduction drastique du niveau de vie de chacun d'entre nous.
- L'abondance est au rendez-vous que l'on peut mesurer par l'évolution des prix des ressources en examinant les statistiques publiées depuis sa création par "The Economist". Il publie un indice prenant en compte 25 produits importants dont l'aluminium, le cuivre, les céréales, le café, le caoutchouc, le sucre, le soja... Sur une base 100 en 1850, les prix en dollars constants sont tombés à 20 en 2004 (mais à environ 30 en 2011).
- La consommation de chaque humain a connu une croissance remarquable depuis 1850 : elle a été multipliée par un facteur proche de 10 dans les pays développés et même les habitants des pays pauvres ont connu et connaissent une hausse importante de leur niveau de vie puisque le prix réel des produits a baissé d'environ 70 %.
Les prédictions catastrophiques depuis Malthus (Jevons, Club de Rome, Global 2000, Earthwatch, Goldsmith,...) ont toujours été démenties par les faits : ainsi, en 1968, un auteur à succès, Paul Ehrlich, faisait cette prédiction : "Au cours des décennies 1970 et 1980, des centaines de millions d'humains mourront de faim en dépit des programmes d'urgence." Après tout, quoi de plus logique ? Nous vivons dans un monde de ressources limitées et la population mondiale explose : l'idée selon laquelle nous devrions être confrontés à des pénuries de ressources naturelles et donc à une augmentation du prix desdites ressources semble tout ce qu'il y a de plus raisonnable.
Cependant, en 1980, un professeur d'économie nommé Julian Simon lança un défi à Ehrlich : il s'agissait de parier sur le prix de cinq matières premières choisies par Ehrlich à la date que celui-ci voudrait. Si, à la date choisie, les prix (ajustés de l'inflation) des ressources naturelles sélectionnées étaient effectivement plus élevés qu'en 1980, l'économiste devrait payer la différence et, dans le cas contraire, c'est Ehrlich qui devrait payer Simon. Ehrlich accepta le pari et, le 29 septembre 1980, misa 1.000 dollars sur la croissance des prix du cuivre, du chrome, du nickel, de l'étain et du tungstène au cours de la décennie à venir. De 1980 à 1990, la population mondiale augmenta de 800 millions d'individus, mais le 29 septembre 1990 - quand le pari arriva à son terme -, les prix des cinq métaux sélectionnés par Ehrlich avaient baissé - tous, sans aucune exception. Ehrlich avait perdu son pari et honora son contrat en postant un chèque de 576,07 dollars à l'ordre de Simon. Il refusa en revanche de renouveler le pari. Les thèses malthusiennes ont toujours fait vendre énormément de livres tout en se révélant fausses a posteriori. Habituellement défendues par des biologistes, physiciens ou autres géologues parfaitement compétents dans leurs domaines respectifs mais ignorant tout du fonctionnement d'une économie, leurs prédictions apocalyptiques ont toujours été démenties par deux mécanismes très simples : quand une ressource se raréfie et que son prix monte, la hausse des cours incite les producteurs à produire plus ou à développer une alternative et les consommateurs à adapter leur consommation, pour autant que l'on opère dans une économie de marché.
Quid de l'environnement ? Tout indique que, malgré les prévisions apocalyptiques, sa qualité s'améliore au fur et à mesure que le niveau de vie augmente, et cela non seulement grâce aux réglementations publiques mais aussi et surtout aux progrès technologiques, aux mécanismes de marché et aux droits de propriété qui s'opposent au libre accès aux ressources et donc à leur destruction.
On pointe souvent du doigt l’Afrique pour y montrer les ravages de la surpopulation. Mais ce sont en fait les ravages du sous-développement qu’il faut condamner, pas une quelconque surpopulation face à une rareté des ressources. C’est bien un cadre institutionnel délétère qui étouffe la liberté des peuples d’Afrique, une liberté qui pourrait permettre leur épanouissement. « Il n’y a de richesses que d’hommes » écrivait Jean Bodin.
Résumons-nous : depuis 1850 une population cinq fois plus importante, jouissant d'un niveau de vie de plus en plus élevé dans un environnement en voie d'amélioration. L'avenir est donc à l'optimisme et la perspective de 10 milliards d'habitants n'entraînera pas de catastrophes pourvu que nous adaptions nos institutions et résistions à la dictature écologique. Comme le faisait justement remarquer Julian Simon, tout nouveau-né est doté d'un cerveau et de mains qui contribueront à la richesse et à la beauté du monde. Pas besoin d'une autre planète ! Pourquoi ne pas ouvrir un pari ?
Max Falque - Le 15 novembre 2011.
Max Falque, délégué général de l'International Center for Research on Environmental Issues. (www.icrei.org). Cet article a paru originellement dans la Tribune.













Commentaires
@ Didier Barthès « La
@ Didier Barthès
« La seule chose à faire à mon sens est de lutter autant que faire se peu pour réduire notre fécondité »
Cette remarque ne vaut pas pour l'Europe, l'Amérique du Nord et le Japon, dont la démographie naturelle (c'est-à-dire, pour l'Europe et l'Amérique du Nord, sans les flux migratoires) est catastrophique...
Article bien étonnant.
Article bien étonnant. Dire que la qualité de l’environnement s’améliore alors que la part du CO2 dans l’atmosphère ne cesse de monter, que nous avons éliminé 97 % des tigres depuis 1900 et près de 50 % depuis l’an 2000 ! Que la France bétonne l’équivalent d’un département tous les 10 ans et que les forêts primaires disparaissent partout, que les poissons font de même ! C’est une étrange conception de l’amélioration !
La protection de l'environnement et de la biodiversité en particulier est une question sérieuse. Je n'ai jamais trouvé de réponse argumenté au fait que l'expansion du nombre des hommes conduira de fait à l'extinction des espèces animales. Où mettrons-nous les grands animaux et les prédateurs dans un monde de 10 milliards d'hommes ? Il n'existe pas d'alternative sur ce plan à une certaine modestie démographique. Même la densification des zones urbaines que réclament certains écologiste m'a l'air bien triste réponse. Faut-il entasser les hommes ? Et quid de toutes des immenses territoires pour les nourrir et fabriquer tout ce qu'ils réclament pour vivre ?
Quant à Malthus, il n’a pas été démenti par les faits, il a eu juste raison un peu trop tôt. Le progrès technique a certes, masqué les choses un temps, mais il faut comprendre que ce progrès n’a pas apporté de richesses supplémentaires à la planète, il a essentiellement permis d’exploiter plus vite c’est à dire à un rythme plus élevé les ressources naturelles de notre Terre. Nous allons le payer au cours de ce siècle avec en premier lieu la fin du pétrole (imaginez une seconde nos sociétés en panne d’énergie.
Quant à un monde de 10 milliards d’hommes ! Enfin pouvez vous honnêtement que ce monde que nous avons tant de mal à gérer et à nourrir à 7 milliards sera plus facile à gérer à 10 ? C’est improbable. J’ajoute qu’un monde où il y aurait des hommes partout, sans plus d’espaces vierges et sauvages (ce qui est inéluctable à 10 milliards) est un monde qui me fait horreur.
Non le temps n’est pas à l’optimisme, vraiment pas. La seule chose à faire à mon sens est de lutter autant que faire se peu pour réduire notre fécondité, sans cela, nous allons vers l’abîme.
Une objection tout de
Une objection tout de même : le jugement de ce qui est bon ou mauvais est subjectif et qualitatif. Un individu peut préférer vivre dans une société moins peuplée et avoir plus d'espace pour vivre, plutôt que d'avoir une assiette plus remplie, mais vivre dans un appartement au lieu d'une maison, dans un enfer urbain au lieu d'une ville à taille humaine, entouré de béton au lieu de verdure, etc. C'est en cela, aussi, que l'on peut critiquer l'explosion de la population humaine, et je n'ai encore jamais lu de réponse à cette objection qualitative.
Vous avez tout a fait
Vous avez tout a fait raison, vous rejoignez ce que j'écrivais dans une tribune libre il y a quelques années au sujet de l'écologie politique:
"Il faut noter particulièrement, avec monsieur Vaclav Klaus, président Tchèque, et monsieur Simmons qu'il cite dans son merveilleux petit ouvrage « Planète bleue en danger vert », que ce ne sont pas les ressources naturelles qui peuvent manquer comme beaucoup de Verts malintentionnés ou rémunérés pour ce délire nous le promettent quotidiennement, ce qui risque de manquer, c'est une volonté générale de s 'assumer comme espèce vivante et d'imaginer et de créer ces ressources qui manquent aux individus sclérosés. Je ne peux résister à citer le professeur Simmons: « l'age de Pierre ne s'est pas terminé par manque de pierres ... ». Tout au long de son existence, jusqu'à aujourd'hui, Sapiens a toujours su s'adapter à l'évolution de la nature. Ce serait ironique, avec toutes les technologies que nous maîtrisons, que la nature nous échappe maintenant. Nous avons aussi l'exemple de notre ancêtre. La seule vraie question que l'on doit se poser maintenant est de savoir si comme nos ancêtres plus ou moins lointains, nous aurons le courage de relever encore le défi de la nature ou si nous préférons céder aux sirènes des Verts défaitistes, soutenus par une majorité de nos politiciens en abdiquant notre génie au profit d'une décroissance dans tous les domaines, assortie de taxes multiples qui marqueraient notre allégeance à ces nouveaux et sinistres « guides ».
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