Océans : la propriété au service de l'environnement ?

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Sylvie Dugas – Le 11 octobre 2010. Peut-on protéger les océans contre les ravages des déversements pétroliers? La marée noire provoquée par l'explosion de la plateforme Deepwater Horizon a été qualifiée de pire catastrophe environnementale aux États-Unis. Le coût de nettoyage des côtes de la Floride, souillées par quatre millions de barils de pétrole selon certaines estimations, a été évalué à 625 millions $.

Certes, le gouvernement Obama a envoyé une facture à la compagnie pétrolière britannique British Petroleum (BP), détentrice des droits d'exploration, ainsi qu'à Transocean, qui exploitait la plateforme, pour leur faire payer les dommages. BP a déjà déboursé d'importantes sommes pour venir en aide aux membres de la communauté qui dépendent des produits de la mer. Mais tout compte fait, cette coûteuse catastrophe n’aurait-elle pu être évitée si les océans avaient fait l'objet d'une protection environnementale basée sur les droits de propriété ?

À preuve, le gouvernement américain n'a pas été en mesure d'empêcher la marée noire causée par BP au début de l'été. L'explosion de la plateforme Deepwater est non seulement due à la négligence de Transocean et de BP, mais aussi à la supervision inadéquate du Minerals Management Service (MMS), le service gouvernemental responsable de la protection de la ressource.

D'après une enquête de l'Associated Press, le MMS aurait omis d'assurer 25 % des inspections mensuelles. La plateforme Deepwater, qui avait déjà connu de nombreux problèmes, aurait été autorisée à fonctionner sans les documents de sécurité nécessaires. « Le laxisme du MMS serait tel que depuis longtemps les compagnies instaureraient elles-mêmes leurs propres normes de sécurité. Comble de l'ironie, l'année dernière, le MMS aurait félicité Deepwater sur ses mesures de sécurité », rapporte Sylvie Chayette, du journal Le Monde.

Des solutions boiteuses

Alors, comment faire? Les Américains et les Européens sont favorables à une meilleure surveillance des compagnies pétrolières et à un renforcement de la réglementation à cet égard. Pourtant, le MMS lui-même n'a pas respecté sa propre réglementation, ce qui laisse à penser qu'il pourrait en être de même par la suite. Actuellement, le gouvernement loue aux entreprises leurs droits d'exploration, comme dans le cas de BP. Mais cette façon de faire déresponsabilise les compagnies pétrolières, qui n'ont qu'à se conformer à une réglementation qu'elles peuvent elles-mêmes alléger, grâce au copinage entretenu avec les représentants des législateurs.

Même la création d'un organe indépendant de surveillance du secteur pétrolier n'améliorera pas les choses. Car « lorsque les entrepreneurs et les fonctionnaires ont des contacts réguliers, ils développent une relation de complicité qui s'avère dommageable pour la société et l'économie », souligne Ian Murray, du site National Review Online.

La réglementation actuelle, qui a poussé les compagnies à des kilomètres des côtes, a également été contreproductive. Les risques de marée noire sont de fait beaucoup plus grands au large que sur les côtes, où il est très difficile pour les compagnies d'obtenir un permis d'exploration en raison d'un moratoire sur l'exploitation en terre ferme. Mais les gens qui vivent de cette industrie s'opposent maintenant à ce moratoire, notamment en Louisiane où l'industrie pétrolière et gazière fournit plus de 320 000 emplois et représente plus de 12,7 millions $ du revenu des ménages. Il faudrait songer à lever ce moratoire, croit Pierre Desrochers, professeur de géographie à l'Université de Toronto.

Le droit de propriété à la rescousse des océans?

Bien qu'aucune solution ne permette d'être complètement à l'abri des déversements pétroliers, celles associées au droit de propriété auraient sans doute plus de chance d'assurer une réelle protection de nos océans. Actuellement, les océans n'appartiennent ni au gouvernement chargé de les protéger, ni aux entreprises qui les exploitent. C'est pourquoi personne n'était réellement prêt à les défendre contre une marée noire comme celle de BP. Pourtant, il existe plusieurs façons de propriétariser les océans, ce qui bénéficierait tant aux consommateurs et à l'environnement qu'aux secteurs des pêcheries et du tourisme.

« Les particuliers pourraient détenir des ressources océaniques comme les récifs ou même des parts dans des titres de pêcherie, suggère l'analyste américain Jonathan Hiskes. Ces droits de propriété donneraient non seulement à leurs propriétaires une véritable raison de s'assurer de la croissance et du développement de ces ressources, mais aussi de défendre leurs droits. Ainsi, si des pêcheries ou des récifs étaient menacés par des installations pétrolières risquées, les propriétaires pourraient entamer une poursuite afin de minimiser ces risques. À l'heure actuelle, ce travail incombe aux gouvernements, mais ceux-ci ne le font pas correctement.» Ainsi, le fait que des personnes soient directement touchées par ces risques permettrait d'internaliser les coûts externes des forages pétroliers, à condition, bien sûr, que ces droits de propriété soient protégés par le système judiciaire.

À cet effet, le cadastrage maritime pourrait assurer un équilibre entre toutes les demandes d'exploitation de l'espace marin et baliser les limites juridiques, les droits et les restrictions de chaque exploitant. « Un système de droits de propriété, duquel un cadastre marin serait l’élément de référence pour l’emplacement et l’étendue physique (limites) de ces droits, sur un système commun de référence de positionnement, aurait un impact social et économique majeur pour les affaires extracôtières en simplifiant leur administration, en facilitant l’exécution des droits (minimiser les conflits) et en assurant la protection des droits de propriété», selon l'Association des arpenteurs de terres du Canada.

De plus, quand l’État est propriétaire du sous-sol, il a toujours le choix d'abaisser les redevances ou la protection environnementale pour attirer les investisseurs. En ce sens, c’est toujours pour son propre profit qu'il réduit ses exigences réglementaires. De son côté, l’assureur privé qui risque son propre argent a intérêt à faire des inspections pertinentes, contrairement à l’organisme réglementaire, qui risque l’argent des contribuables. En fait, pour protéger l'environnement, il faut mettre fin aux petits arrangements entre le politique et les affaires et instaurer un véritable climat de concurrence dans les marchés en tenant compte de la responsabilité, qui passe inéluctablement par la propriété.

Sylvie Dugas est journaliste et chercheuse associée à l'Institut économique de Montréal.

Commentaires

Le poids des gouvernements

Le poids des gouvernements face aux géants économique est de toute façon minime. Les lobbys et les grands groupes économiques dirigent nos pays, l'Etat a peu d'emprise sur eux et sur l'économie.

Pour vous entraîner au blackjack sur un casino en ligne, vous pouvez suivre les conseils donnés sur certains sites et mettre en place une stratégie.

bonjour, si j'ai bien

bonjour,

si j'ai bien compris votre article, vous dites que la propriété serait la clé du respect des océans...
je ne comprends pas trop votre logique :

BP est propriétaire de sa plateforme... il semblerait à la lecture de votre article , que la plateforme n'était pas en bon état... bref BP est propriétaire de son outil de travail, et semble t'il ne l'entretenait pas correctement si j'en crois votre article... bref ce fait contredit votre raisonnement...

car vous nous donnez l'exemple d'une entreprise privée qui n'a fait ni preuve de bon sens économique (entretien de son outil de travail), ni fait preuve de responsabilité civique (non prise en compte des conséquences écologiques du non entretien de l'outil)

et ensuite vous nous dites que la solution pour éviter de telles catastrophes serait de privatiser les océans....

paradoxe ? naïveté de votre part ? ou alors je ne comprends pas tout : il y aurait des entreprises responsables qui ne seraient pas aussi inconscientes que BP...? mais comment ferez-vous pour différenciez les bonnes entreprises responsables des autres ? que se passerait-il si une entreprise devenait propriétaire d'une infime partie de l'océean, et y déversait de l'uranium ? comment tout ceci serait-il géré, du fait qu'elle serait propiétaire ? même si les voisins propriétaires portaient plainte justement (car difficile de mettre des fontières physiques à un océan, si je verse de la merde sur une côte française, elle sera receptionné par des ours polaires).... on porte plainte, on punit la méchante entreprise, qui fait faillite, avec son assureur qui devrait payer la note, et puis quoi d'autre ?

les générations futures n'auront-elles que leurs larmes pour pleurer, des cartes de crédit à manger, et des titres de propriétés pour faire le feu dans la cheminée ?

un monde libre ? ou un monde néo-libéral ? libre d'assurer un futur, ou libre de foutre la merde légalement?

Bonjour, Le sénateur

Bonjour,
Le sénateur démocrate du Massachusetts, Edward J. Markey, a bien traduit le sens de mon article, lorsqu'il a dit que le climat des relations de grande proximité et de mélange d'intérêts unissant pétroliers et autorités de contrôle était propice à un accident grave.
En fait, j'ai écrit dans cet article que BP était locataire de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon (appartenant à la société suisse Transocean) et que le Mineral Management Service (MMS), organisme gouvernemental chargé de prélever des redevances sur l'exploitation pétrolière, l'avait autorisé à louer et à exploiter la plateforme. Par conséquent, la compagnie n'avait qu'à se conformer à la réglementation du MMS.
Cependant, pour satisfaire la politique pro-pétrolière du président Georges W. Bush, le MMS avait diminué ou supprimé dès 2004 les royalties en cas de forage gazier profond et très profond et avait réduit ses exigences sur les études d'impact et le contrôle des procédures de sécurité.
Selon le Washington Post, le MMS avait même exonéré BP par une «exclusion spéciale» de l'obligation de respecter la National Environmental Policy Act (Loi nationale sur l'environnement). En plus, 11 jours seulement avant l'explosion, BP faisait encore du lobbying pour élargir les exemptions dont bénéficient les pétroliers dans la région du Golfe.
Dans ce cas-ci, le gouvernement a clairement cédé aux pressions des pétrolières pour des impératifs énergétiques, ce qui ne serait sans doute pas le cas si les océans appartenaient à des actionnaires soucieux de protéger leur propriété, tout en la rentabilisant.

la solution qu'il faut pour

la solution qu'il faut pour empecher ces genres de catastrophes c'est promouvoir les enegies renouvelables ;solaire et eoliennes.
.Si ce n'est pas les eaux qui subissent les domages ,c'est les etres ou l'environnement qui en patissent.Stop à cette pollution du monde par les grandes puissances

Mêmes propos au

Mêmes propos au fond
Bonjour,
Je crois que l'on dit la même chose au fond et que votre différend est simplement une question d'interprétation. Tout d'abord, je n'ai pas fait de commentaires en tant que tel sur le nettoyage qui a été effectué par BP. Je vous donne donc raison sur le fait que le pétrole a plutôt été dispersé au fond de la mer par les équipes de nettoyage. Par ailleurs, quand j'écris que le gouvernement a envoyé la note à BP, c'est une autre manière de dire que c'est BP qui a payé les dommages. En fait, je suis tout à fait d'accord avec vous: cet article a justement pour objectif de démontrer que les politiciens sont de mise avec les grandes entreprises. La solution proposée dans l'article, soit la protection environnementale à l'aide de l'éco-libertarianisme ou du respect des droits de propriété d'actionnaires potentiels, pourrait nous permettre de sortir de cette ornière, à mon avis.

Le nettoyage n'a pas été

Le nettoyage n'a pas été effectué (le pétrole à été morcelé en fine particule par le Corexit500 et se trouve au fond de la mer). Parler des gouvernements et de leurs intentions, c'est du blabla: BP est un des plus gros bailleur de fond d'Obama pour la présidentielle. Que croyez-vous qu'il allait faire ? Que croyez-vous que nos pauvres gouvernements puissent faire face à des mastodontes qui brassent un argent fou ?
Nous sommes pieds et poings liés.

Eh puis dans l'article il est écrit que le gouvernement US a envoyé la note à BP ce qui est faux: tout le "nettoyage" a été pris en main par BP lui-même. Le gouvernement US n'a rien fait.

Bref, article à revoir.

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