Le poison de la croyance en la sorcellerie

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Kofi Akosah-Sarpong – Le 4 janvier 2011. La stupeur a gagné le Ghana après qu’une femme de 72 ans a été récemment brûlée vive dans la ville portuaire de Tema pour avoir prétendument été une sorcière. Les réactions à son assassinat révèlent comment la pensée des Lumières éclaire de plus en plus les questions culturelles qui sont des obstacles au progrès.

Il y a quelques années, un meurtre similaire aurait été considéré comme une chose normale. Aujourd’hui cependant, un tollé spectaculaire est suscité par les meurtres liés à la sorcellerie. On assiste aussi à un retournement intellectuel des ministres, des associations de femmes, des médias, des éducateurs, des avocats, des associations de droits de l’homme, des institutions publiques et privées, et des ghanéens ordinaires. La puissante Commission des droits de l'homme et de la justice administrative, entre autres institutions, a qualifié « ... les auteurs de ce crime atroce de vrais barbares » et leur crime « ternit considérablement la réputation de la nation en matière de droits de l’homme. »

La croyance en la sorcellerie est un véritable danger pour la survie de la civilisation africaine. Couplée à la pauvreté, elle pourrait être la fin des tentatives de progrès des africains. Les africains qui croient en la sorcellerie le font avec des règles arbitraires et une haine de la liberté et de la rationalité. Les facultés critiques sont affaiblies et cela permet à la sorcellerie de régner dans les affaires de l'Afrique.

L’assassinat de la vieille femme à Tema, une ville moderne censée « intellectualiser » ses habitants, comme le dirait le sociologue allemand Georg Simmel, révèle la lourde tâche éducative qui pèse sur les épaules des activistes, et ce, pour le progrès du Ghana et de l'Afrique. Comment justifier rationnellement une pratique culturelle inhibitrice telle que la sorcellerie, qui remonte à des milliers d'années et ne s'en ira pas? La ville qui est censée montrer plus de rationalité a cessé d' « intellectualiser ». Elle est devenue irrationnelle, d'où le fait que la prétendue sorcière a été « brûlée par un groupe de cinq adultes, dont l'un est sans doute un pasteur. »

L'incident de Tema renverse l’ observation du penseur et maître d'Athènes, Périclès il y a 2.500 ans selon qui « toutes bonnes choses affluent dans la ville ». Dans la mise à mort de la sorcière présumée par le feu, « toutes mauvaises choses affluent dans la ville » apparemment aussi. Si les gens instruits et les ignorants croient à la sorcellerie, qui va résoudre le problème de la sorcellerie?

La croyance en la sorcellerie est intellectuellement et moralement dangereuse. Elle brouille l'esprit africain, ce qui le rend ingérable. Mais les penseurs des Lumières ghanéens tentent d'intellectualiser la réflexion sur cette pratique de manière critique, par les droits de l'homme, l'égalité, la démocratie, les libertés et l’État de droit.

La condamnation à l'échelle nationale de l'assassinat de la femme 72 ans soulève la discorde entre ce qu’on pourrait appeler les « subjectivistes » (jujus et marabouts médiums, sorciers, éminences grises traditionnelles, spiritistes) et les objectivistes (police, tribunaux, la société civile, les médias de masse). Les subjectivistes croient que certaines personnes dans leur zone affirment posséder des pouvoirs qui permettent d'identifier les sorcières, encourageant ainsi la chasse aux sorcières. Les objectivistes, qui rejettent ce charabia, font valoir qu'ils regrettent que le système judiciaire au Ghana, comme en Afrique, ne poursuit pas les auteurs de tels crimes irrationnels, de manière à avoir un effet dissuasif sur les autres.

Au cœur du problème se trouve la bataille entre l'irrationalité et la rationalité. Les forces de l’irrationalité sont anciennes et pensent davantage avec la partie la superstition du cerveau. Les forces de la rationalité pensent davantage avec la partie objective du cerveau. Les « irrationnels », qui voient la sorcellerie au sein de l'âme de la culture ghanéenne ou de l’Afrique, sont la majorité. Les « rationalistes » (ou les réalistes), qui envisagent la sorcellerie du point de vue du système de justice pénale et identifient les sources de la sorcellerie dans les conditions de vie des gens, sont toujours en minorité.

Comment pouvons-nous résoudre le fiasco de la sorcellerie de la ville de Tema ? Dans l'esprit de la « solution africaine à un problème africain » chère à George Ayittey, nous devons examiner d'autres régions du Ghana pour résoudre la psychose de Tema. La petite ville de Bongo, dans la région Nord-Est du Ghana est l’exemple qui vient immédiatement à l'esprit. Pour résoudre sa menace liée aux suspicions de sorcellerie, l’Assemblée du district de Bongo a formé la des sous-comités de Justice et de Sécurité composés de l'Autorité de police, de la magistrature, et de l’autorité traditionnelle et de certains membres de l'assemblée afin de sensibiliser les gens aux dangers que la croyance en la sorcellerie a pour le progrès.

Bongo n'a pas demandé à des groupes religieux d’aider à résoudre ses problèmes de sorcellerie. Pourquoi? Parce qu’à peu près toutes les croyances de sorcellerie sont perpétuées par les groupes religieux, notamment les églises spirituelles qui se nourrissent de l'insécurité spirituelle des ghanéens superstitieux, dont la plupart vient de leur culture et de leur pauvreté. La petite ville de Bongo fournira, par conséquent, une bonne prescription intellectuelle pour la grande mais fragile Tema dans la manière de faire refluer la peste de la croyance en la sorcellerie.

Par Kofi Akosah-Sarpong, journaliste à l’Expo Times Independent en Sierra Leone. Article originellement paru en anglais sur AfricanExecutive.com.

Commentaires

Il est des réalités

Il est des réalités Africaines que l'on ne peut nier,la sorcellerie existe ou n'existe pas cela fait partie de la cosmogonie africaine. les africain comme les peuples indiens connaissent ces pratiques dans ce que l'on appelle la magie noire (appellation occidentale. mais le problème se pose à quel niveau? je pense c'est au niveau de la croyance d'abord et ensuite à l'acceptation de ceci comme pratique culturelle. la croyance simple n'exige rien en définitive, mais accepter cela comme partie intégrante de soi est une porte ouverte aux influences tant néfaste que positive. Souvent le sorcier c'est celui qui cause du tord ou qui possède des pouvoir d'envoutement voilà comment l'interprète le subjectiviste, par contre la positiviste pense que c'est une personne qui simplement possède des astuces lui permettant de manipuler les autres.c'est vrai que cette façon de vivre des africains leur cause beaucoup de problème dans leur épanouissement et pour le développement de l'Afique. Puisque le mal vient de l'autre l'oncle ou la tante ,s'il en était ainsi,l'Europe ne se serait jamais développé

En toute

En toute honnêteté,j'apprécie votre article; mais je souhaiterais vous faire remarquer que le problème de la sorcellerie est beaucoup plus complexe que cela. La question n'étant pas d'y croire, mais d'être averti de la présence et de la persistance de ce phénomène en Afrique. Bien des gens insoupçonnables et insoupçonnés font partie de ces redoutables associations de sèmeurs de mort et de désolation, ce qui rend le problème toujours aussi inextricable. N'est-ce pas justement parce que l'on explique mal aux gens comment s'en prémunir de manière efficace que des actes aussi atroces que le meurtre de Tema continuent d'avoir cours dans nos contrées africaines sans que cela en soit forcément médiatisé?
Sinon, je suis très souvent votre temps de passage sur la BBC tôt le matin.
I could have written my comment in english, but as a french speaking person, I feel more at ease in what I could also name my mother tongue to express my view. Take care!

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